L’avenue de France s’est «boboïsée» avec délices

Esprit des lieuxMulticulturelle, populaire, et depuis quelques années, un brin «arty», cette petite rue de Lausanne est un monde en soi.

Trois épiceries asiatiques en rang d’oignons animent l’entrée de l’avenue avec leurs étals colorés. Le reste
du quartier est toutefois bien plus calme.

Trois épiceries asiatiques en rang d’oignons animent l’entrée de l’avenue avec leurs étals colorés. Le reste du quartier est toutefois bien plus calme. Image: Vanessa Cardoso

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Pour s’extraire de la place Chauderon, on ne se contente pas de bifurquer sur l’étroite avenue de France. On s’y réfugie. On s’y engouffre. Enfin, si on peut. «Ce qui est drôle, c’est quand une voiture n’arrive pas à faire son créneau à l’entrée de la rue. Tout se bloque et ça se met à klaxonner», s’amuse Pierre Pittet. Depuis six ans, il habite un peu plus haut, dans l’un des immeubles pleins de cachet qui bordent cette petite artère de Lausanne. Pour lui, le quartier joue sur deux tableaux: créatif, voire arty, tout en restant populaire et multiculturel.

Le côté popu, on y goûte d’entrée de jeu, avec les trois épiceries asiatiques qui s’alignent presque en rang d’oignons à l’entrée de l’avenue. Suntharampillai Easwaramoothy est le patron de l’une d’elles depuis huit ans et il ne semble pas manquer de clientèle, malgré la concurrence toute proche. «Les débuts ont été un peu difficiles, assure-t-il pourtant. Les clients suisses ont dû s’habituer. Et pour ça, l’accueil est le plus important.»

«Il y a quelques années, une équipe de télévision est venue dans le quartier pour un reportage sur la gentrification. Mais depuis que je suis ici, je ne l’ai pas vu beaucoup évoluer. Il reste très diversifié»

À voir les étals chargés de fruits et légumes, le bal des clients et celui des livraisons, on pourrait croire que tout le quartier n’est qu’effervescence. Ce n’est qu’une impression, car la quiétude s’installe très vite en remontant l’allée. Au fil de la balade, on déniche ici et là le côté arty du quartier. Plusieurs petites arcades semblent avoir été reprises récemment par une nouvelle génération d’artisans. Parmi eux, Hélène Montero a créé il y a deux ans l’atelier de reliure Plein Papier avec le designer Raphaël Rehm. «J’ai repris les locaux d’une relieuse qui partait à la retraite. C’était une chance de pouvoir reprendre son matériel.» Pour ne rien gâcher, elle partage l’espace avec une jeune maison d’édition, ce qui favorise les collaborations. Pierre Pittet se souvient qu’il y a quelques années déjà, une équipe de tournage de la télévision était venue dans le coin pour un reportage. «Ils avaient choisi ce quartier pour parler de la gentrification! Mais depuis que je suis ici, je ne l’ai pas vu beaucoup évoluer. Il reste très diversifié. Pourvu que ça dure.»

Niché un peu plus haut dans la rue, le café-galerie L’Atelier illustre bien l’alchimie qui s’est créée ici. Jeune trentenaire, Cybèle Abdel s’est installée il y a quatre ans avec son amie et associée Laure Gasser, par passion de l’art. «Au début c’était seulement une galerie, mais on a vu qu’on n’arriverait pas à en vivre.» Alors le concept a évolué. À L’Atelier, un artiste différent s’expose tous les trois mois. Mais les gens du coin viennent aussi prendre le café et manger sur le pouce, armés d’un laptop, accompagnés de leurs enfants ou habillés en bleu de travail.

«On n’avait pas trop misé sur l’idée d’un café, mais on remarque aujourd’hui qu’il y avait un manque», analyse aujourd’hui la jeune femme, qui vit depuis 15 ans sur l’avenue de France. «Le quartier se «boboïse», si on veut être objectif. Il y a eu pas mal de trentenaires liés aux milieux culturels qui se sont installés, car les logements étaient modérés. Mais les familles et les personnes âgées sont restées.»

En face du café, une devanture à l’air suranné emmène illico dans un tout autre monde. Derrière la vitre, un apprenti s’affaire sur une machine à coudre, très élégant dans son gilet, le nez chaussé de lunettes rondes. Marina Portmann règne sur ce petit atelier depuis 2001 et propose des vêtements sur mesure. «Le quartier a connu un creux de la vague il y a quelques années, avec l’arrivée du deal, mais ça s’est amélioré. L’ouverture du café-galerie a vraiment changé la dynamique. Ça m’a aussi amené une nouvelle clientèle.» Comme Cybèle, elle ne cache pas qu’il faut se battre et se diversifier si l’on veut vivre de sa passion aujourd’hui. «Je suis toujours là parce que j’ai ce métier dans la peau. Il faut juste savoir être débrouille.» Pour sûr, elle n’a rien à envier à la nouvelle vague de créatifs qui eux aussi se sont entichés de l’avenue de France.

Créé: 27.10.2018, 20h07

Articles en relation

Une fête pour montrer le vrai visage du Maupas

Lausanne L’association France-Collonges-Maupas souffle ses 15 bougies ce samedi. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.