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Le bateau échoué sur un giratoire est une star du Léman

Le «Poopy Express», voilier aux multiples trophées a un joli trou dans la coque, mais son équipage a foi en son rétablissement.

Au chantier naval de Vidy, William Moody et Richard Milliquet sont au chevet de leur bébé, bien mal en point. Le chantier devrait débuter mi-mai jusqu’à l’automne.
Au chantier naval de Vidy, William Moody et Richard Milliquet sont au chevet de leur bébé, bien mal en point. Le chantier devrait débuter mi-mai jusqu’à l’automne.
Florian Cella

A travers la coque défoncée, on peut voir la lumière filtrer d’un hublot à l’intérieur de la cabine. Près d’une semaine après l’accident, Richard Milliquet attend l’expert de l’assurance au chantier naval de Vidy. Une visite qui scellera le sort de son bateau chéri, le Poopy Express. Ironie du sort, l’esquif ne s’est pas échoué sur les rochers après une mauvaise manœuvre. Ce n’est pas le genre de l’équipage. C’est sur le bitume du rond-point de la Maladière qu’il a fait naufrage, samedi passé, en tombant de sa remorque lors d’un transport. «L’expert doit nous dire s’il s’agit d’un dégât total, ou si c’est réparable. Au pire, je ne sais pas ce qu’on fera du bateau. Du petit bois pour la cheminée?» Richard Milliquet garde le sourire, mais cette idée a de quoi lui donner le vertige. C’est que le Poopy Express n’est pas n’importe quel voilier. Depuis sa mise à l’eau il y a presque 38 ans, il est de toutes les régates du Léman, et son tableau de chasse est impressionnant: sept victoires au Bol d’Or dans la classe TCF3, huit trophées de champion du Léman et deux de champion de Méditerranée en autant de participations.

Construit par deux amis

«Dans sa catégorie, c’est le bateau qui a gagné le plus souvent, j’en suis persuadé», tranche William Moody. Il est le compagnon d’armes de Richard Milliquet depuis 1977, quand celui-ci a eu l’idée un peu folle de construire un bateau sorti tout droit de son imagination. «A cette époque, je régatais déjà avec mon père, sur un de ces bateaux lourds, larges et profonds, se souvient Richard. Mais on a commencé à voir un nouveau genre de voilier se construire. Je me suis dit, moi aussi je peux en faire un, alors que je n’y connaissais rien en architecture navale!»

C’est le départ d’une véritable épopée. Richard l’ingénieur en mécanique s’occupe des plans, vite rejoint par son copain architecte, William, qui réalise les maquettes. «Les toutes premières, on les posait sur un gros duvet pour se représenter le bateau sur les vagues», se souvient Richard. Par la suite, des modèles réduits un peu plus gros sont testés en bassin de carène.

Près de 40 ans à voguer

En avril 1980, le Poopy Express sort du chantier naval d’Yverdon au bout de quatre mois de construction: «On lâchait les outils à minuit, et à 7 heures du matin, on était au travail!» rigole Richard. Mais où a-t-il trouvé ce nom de baptême? «Poopy est le surnom de ma fille, qui avait trois ans à l’époque. Et Express, c’est la marque de l’optimisme qui nous habitait à l’époque.»

Soudé comme une famille, l’équipage d’origine – cinq marins – n’a pas bougé tout au long de ces années et, surtout, il n’a jamais cessé de voguer. Et les vieux loups de mer ne s’en laissent toujours pas conter: «Le bateau est encore au top, car on a l’a fait évoluer sans cesse, lance Richard Milliquet. Sa vitesse est passée de 5,3 nœuds à l’origine à 6,4 nœuds aujourd’hui.» Le sexagénaire avoue tout juste se sentir parfois dépassé par la jeune génération de navigateurs. «Mais nous, on a la niaque!» repart William Moody avec un large sourire.

La niaque, c’est ce qui leur permet d’espérer que le Poopy Express pourra voguer à nouveau dès la saison prochaine: «Si tout va bien, le chantier démarrera mi-mai, et durera jusqu’à cet automne. Mais on y mettra le temps qu’il faudra», avance Richard Milliquet. Et si le Poopy Express ne s’en sortait pas? «Ce serait une sérieuse catastrophe. Avec lui, toute une partie de ma vie s’en irait», conclut le navigateur.

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