Béatrice Schaad analyse avec passion la relation entre soignants et soignés

PortraitAncienne journaliste, la cheffe de la communication du CHUV est désormais aussi professeure titulaire à la faculté de médecine de l’UNIL.

Image: Patrick Martin

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Déformation professionnelle sans doute – ses premières amours dans la vie active ont été journalistiques –, Béatrice Schaad peine à employer le «je». Loquace, pour ne pas dire prolixe, elle n’a de cesse de rendre des hommages appuyés, voire carrément passionnés, à toutes sortes d’être humains incroyables dont la rencontre a jalonné son parcours. «On a parfois une fausse idée des professionnels de la communication, tempère la cheffe de ce service au CHUV. On les soupçonne d’aimer occuper le devant de la scène. Je me sens plus à l'aise dans l'écoute. Cela dit, je m'exprime volontiers pour donner à connaître un domaine de recherche et d'enseignement dans lesquels je crois. Et quand un sujet me passionne, c’est vrai, j’ai tendance à m’emballer...»

On a parfois une fausse idée des professionnels de la communication. On les soupçonne d’aimer occuper le devant de la scène. Je me sens plus à l'aise dans l'écoute.

Le 9 décembre dernier, c’est donc sur elle qu’étaient braqués tous les regards. Un auditoire César-Roux lausannois plein comme un œuf, avec notamment Ruth Dreifuss parmi les 400 professionnels et amis venus assister à sa leçon inaugurale intitulée «Écouter l’insatisfaction des patients pour améliorer la médecine». Le cadre illustre sa position actuelle – le 1er août, Béatrice Schaad a été nommée professeure titulaire à la Faculté de médecine de l’Université de Lausanne, chargée de l’étude des relations entre patients et professionnels à l’hôpital –, le thème étant son cheval de bataille depuis de nombreuses années déjà.

Telle une sportive, cette passionnée de peau de phoque et de montagne ne perd jamais son but de vue et ne lâche rien avant de l’avoir atteint. Elle aime les parallèles, aussi, et n’a pas manqué d’en faire entre son premier métier de journaliste, où l’on écoute les gens, et cette volonté de laisser les patients comme les professionnels du CHUV exprimer leurs doléances. Son équipe, issue de la gestion de conflits, travaille à collecter l'expression de ces vécus hospitaliers, ces mots, ces «vérités subjectives», et accompagne les personnes qui ont rencontré des problèmes durant leur prise en charge pour qu'ils retrouvent un lien de confiance avec les soignants. Béatrice Schaad, elle, fait de la recherche et de l'enseignement sur la base des données collectées par l'équipe de médiateurs.

«Sans des personnes comme Pierre-François Leyvraz (ndlr: le directeur général du CHUV, qui prendra sa retraite le 31 décembre, mais aussi un chirurgien orthopédiste qui a choisi de beaucoup s’intéresser au vécu des patients et à leur perception de leur séjour hospitalier), avec lequel j’ai travaillé pendant douze ans, jamais l’Espace Patients & Proches (EPP) n’aurait pu exister. Si ce lieu a un rôle aujourd'hui au sein de l'hôpital, c'est grâce à l'ouverture des professionnels qui acceptent de revoir des patients avec lesquels la relation est devenue plus difficile, aux usagers qui prennent le temps de venir y témoigner.» Le développement de projets d'amélioration de la prise en charge sur la base des insatisfactions exprimées vient dans un deuxième temps. «Sur plus de 50000 hospitalisations l’an dernier, nous avons enregistré 585 plaintes. Le CHUV recueille donc un pourcentage minime de doléances, ce qui n'empêche en rien les services concernés de modifier et d'améliorer leur organisation.»

Déshumanisation des services

Quand on écoute la très humaine et bonne vivante – «Je passe une grande partie de ma vie à table!» – Béatrice Schaad parler de déshumanisation possible de la médecine de demain, des algorithmes amenés à ne plus seulement assister le personnel soignant mais, à terme, à interroger leur rôle, leur place, on est immédiatement convaincus du rôle central de sa mission. «Étudier le témoignage peut sembler dérisoire au vu des progrès technologiques fabuleux de la médecine, concède celle qui est aussi bénévole pour SOS Méditerranée Suisse. Cela dit, nous avons observé avec les années à quel point ceux-ci peuvent aussi constituer un champ de recherche et d'enseignement riche de réflexion sur ce qu'il faut préserver dans la relation thérapeutique malgré la fragmentation des soins, les pressions économiques ou temporelles.»

Encore un parallèle entre sa vie d’avant et celle de maintenant. «Je suis arrivée au journalisme par hasard. Je voulais devenir comédienne et suis partie à Paris. L’été, je suis rentrée chercher un petit boulot parce que j’avais besoin de sous et j’ai décroché un poste de secrétaire de Jacques Pilet à «L’Hebdo». Mais Antoine Duplan (ndlr: journaliste culturel), qui était assis à côté de moi, s’est vite rendu compte que je ne savais pas vraiment taper à la machine et s’est dit que j’avais sans doute plus d’avenir comme journaliste. Dès mon premier article, j’ai su qu’il avait raison. D’autant plus que, comme comédienne, j’étais une vraie calamité!»

La science l’a aimantée

Dans un premier temps, elle n’a pas suivi la voie scientifique tracée par son biochimiste de père comme ses frères aînés, tous deux scientifiques. «J’ai voulu tracer mon propre chemin, mais ça m’a vite aimantée.» Elle commence par écrire des articles sur le sujet. Puis les circonstances de la vie — elle venait de perdre son mari — l’encouragent à se plonger dans un univers où tout est à recommencer. En 2006, elle quitte la Suisse avec ses deux filles et sa mère pour Boston, où elle reprend des études en santé publique. Une décision qui témoigne de la ténacité de cette originaire de La Chaux-de-Fonds. Aujourd’hui, elle a trouvé son équilibre entre sa passion pour son travail, la découverte de l’opéra avec son compagnon et la course à pied: «Je pars souvent avec un problème et rentre avec sa solution.»

Créé: 17.12.2019, 09h20

Bio Express

1967 Naît le 30 septembre. Elle grandit à Nyon.
1989 Licence en sciences politiques à l’Université de Genève.
1992 Formation de journaliste, elle écrit notamment pour «L’Hebdo», dont elle occupe le poste de rédactrice en chef adjointe.
1997 Master en santé publique à l’UNIGE.
2007 master en santé publique à Harvard (Mass.)
1999 Naissance de sa fille aînée Clara, Zoé arrivera en 2002.
2007 Devient cheffe du Service de communication du CHUV.
2012 L’Espace Patients & Proches (EPP) voit le jour.
2019 Nommée professeure titulaire à la Faculté de médecine de l’UNIL, chargée de l’étude des relations entre patients et professionnels.

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