La belle région du Jorat veut exister politiquement

RéflexionsLes discussions autour du projet de parc naturel ont créé une prise de conscience. Des élus veulent poursuivre le travail, sans parc.

Les villages du Jorat (comme ici Villars - Tiercelin, localité de la Commune de Jorat-Menthue) sont dépourvus d'organe politique défendant leurs intérêts communs.

Les villages du Jorat (comme ici Villars - Tiercelin, localité de la Commune de Jorat-Menthue) sont dépourvus d'organe politique défendant leurs intérêts communs. Image: Marius Affolter - archives

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Mais qui défend les intérêts des habitants du Jorat? La question s’est matérialisée en marge des discussions, parfois animées, autour du projet de parc naturel périurbain du Jorat. Si ce dernier a finalement été rejeté par les Communes joratoises concernées et poursuit son chemin sur la seule Commune de Lausanne, son processus a engendré une prise de conscience. «Dans le Jorat, nous avons clairement une identité commune, mais pas de structure qui nous représente», confirme André Jordan, vice-président de l’Association Parque pas mon Jorat, opposée au projet de parc.

Jutavaq en fédératrice?

À plusieurs reprises, dans les conseils généraux ou communaux appelés à se prononcer sur ce projet de réserve, des élus ont regretté qu’il ne soit pas possible de rester membre de l’association Jorat, une terre à vivre au quotidien (Jutavaq) menant le projet, mais sans soutenir la création du parc. Les deux premiers buts de l’association prévoient en effet de «représenter et défendre les intérêts de communes territoriales du Jorat (…)» et «de promouvoir et soutenir des projets de développement durable sur le territoire».

«Ces deux buts conviennent à tout le monde, constate le député-syndic de Froideville, Jean-François Thuillard. J’en causais encore récemment avec des collègues syndics; nous sommes tous d’accord de travailler ensemble et de mettre des fonds à disposition pour gérer l’accueil en forêt ou créer des parcours. Mais c’est le principe d’interdire l’accès à certaines zones qui ne passe pas!»

«Nous sommes tous d’accord de travailler ensemble et de mettre des fonds à disposition pour gérer l’accueil en forêt ou créer des parcours. Mais c’est le principe d’interdire l’accès à certaines zones qui ne passe pas!»

Alors que l’association Jutavaq vient d’écrire à ses 13 communes membres pour leur demander de se positionner face au nouveau destin exclusivement lausannois du parc, la question se pose: est-ce que cette association pourrait gérer le rôle de fédératrice des communes joratoises? «Pour l’instant, notre priorité est de terminer les travaux préparatoires du projet de parc, rappelle toutefois la présidente, Anne Marion Freiss. Mais ces réflexions sont intéressantes. Et elles rejoignent l’intérêt de certains producteurs locaux, qui voyaient bien l’avantage de disposer d’une marque «Jorat» forte.»

La perspective séduit le député syndic de Corcelles-le-Jorat, Daniel Ruch. «Comme son nom l’indique, Jutavaq est la solution idéale. D’ailleurs, elle se fait déjà contacter par des clubs ou des organisateurs de manifestations, c’est la preuve qu’elle répond à un besoin.» Line Gavillet, sa collègue syndique de Jorat-Menthue, approuve aussi l’idée de poursuivre la collaboration commencée. Mais elle souligne que, sans parc, les futurs projets communs ne bénéficieront pas des subventions.

Plusieurs intercommunales

Patrice Guenat est nettement moins convaincu. «Nos communes se côtoient déjà au sein de plusieurs associations intercommunales, constate le syndic de Jorat-Mézières. Serait-il vraiment utile d’en ajouter une supplémentaire? Sans compter que les limites du Jorat varient pour chaque interlocuteur!»

Cela n’empêche pas Jean-François Thuillard de vouloir prendre les choses en main. «Il y a désormais un malaise avec cette association de Communes autour d’un projet purement lausannois. Je pense qu’il faut rompre avec ce qui existe. Comme on a été les premiers à s’opposer au parc, après l’été, on sera les premiers à reprendre des contacts pour essayer de construire quelque chose.»

Créé: 10.06.2019, 15h48

Une identité, mais pas de frontières

Le Jorat n’a pas de limites territoriales officielles. Il regroupe une vingtaine de communes au centre d’un losange reliant Thierrens, Moudon, Lausanne et Échallens. Cette région abrite le plus grand massif forestier du plateau vaudois, ce qui a justifié l’implantation première du projet de parc naturel périurbain du Jorat.

S’il n’existe pas de district du Jorat – la région est au contraire à cheval sur quatre districts depuis le 1er janvier 2008 (Broye-Vully, Gros-de-Vaud, Lausanne et Lavaux-Oron) –, la dénomination «Jorat» apparaît dans le nom de deux villages: Peney-le-Jorat et Corcelles-le-Jorat. Elle a aussi été introduite il y a quelques années dans les noms de deux nouvelles communes issues de fusions: Jorat-Menthue (2011) et Jorat-Mézières (2016).

Enfin, le Jorat est l’accroche géographique de la compagnie des Brigands du même nom et de l’association Jorat, souviens-toi! faisant vivre la ferme-musée des Troncs, à Mézières.

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