A Bellefontaine, la nature reprend ses droits en terrain miné, sur un parking

L'Esprit des jardinsTout l’été, «24 heures» part à la rencontre des œuvres de Lausanne Jardins et raconte l’histoire des lieux qu’elles ont investis.

Exit, le tout béton et le gazon. La toiture du parking de Bellefontaine est métamorphosée. Au sol: des dalles fleuries et de la prairie. Contre la cheminée: des plantes grimpantes.

Exit, le tout béton et le gazon. La toiture du parking de Bellefontaine est métamorphosée. Au sol: des dalles fleuries et de la prairie. Contre la cheminée: des plantes grimpantes. Image: MARIUS AFFOLTER

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La visite de la terrasse de Bellefontaine réserve une double surprise. La découverte, d’abord, d’une création très réussie de cette édition de Lausanne Jardins. Celle, ensuite, d’un lieu ignoré de bien des Lausannois, y compris des habitants du quartier. Ceux qui ont déjà pique-niqué sur le toit du parking de Bellefontaine connaissent cet ersatz de jardin public. Une dalle en béton peu accueillante agrémentée de petites bandes de gazon, d’une fontaine poussive et d’arbres timides, comme nanifiés, faute de sol où s’étendre à leur aise.

Cette surface stérile n’offre que quelques centimètres de terre. Des étudiants en architecture du paysage de la Haute École HEPIA l’ont transfigurée en une semaine, pendant les vacances de Pâques. Prairie et plantes grimpantes ont envahi ces lieux au charme désuet avec une grâce champêtre.

Robin Ossent, 24 ans, est l’un des trois étudiants à l’origine du concept. «Nous voulions prendre le contre-pied de cette toiture avec ses plates-bandes très contenues et son gazon brûlé. Faire comme si ce lieu avait été abandonné par l’homme et que la nature avait repris ses droits.» Parmi ses inspirations: Pripiat, la ville ukrainienne fantôme, à côté de Tchernobyl.

Une centaine de dalles en béton ont été retournées, cédant à une effusion florale. Robin Ossent insiste sur le côté expérimental du jardin: «Ces dalles végétales ont constitué le gros morceau de la réflexion. Il a fallu trouver la méthode.» Semées en serre par le Service des parcs et domaines, elles reposent sur une couche de substrat et du géotextile.

Les pavés arrachés ont été judicieusement déposés en bordure du jardin, traçant un cheminement. C’est toute l’idée: l’homme observe, de loin, la reconquête du végétal. Le gazon a cédé la place à de la prairie fleurie composée d’avoine et de variétés annuelles choisies pour leur capacité à pousser très vite. «On avait peu de temps, rappelle Robin Ossent. C’était l’un des défis principaux, avec l’absence de terre et le budget (20'000 francs).» Des cardères sauvages ont été semées pour l’occasion. Une expérience, là encore: habituellement, cette variété apparaît toute seule, dans les friches.

Autour de la cheminée de ventilation du parking, les élèves de l’HEPIA ont fait pousser des plantes grimpantes arrimées dans des pots. «On savait que toutes n’allaient pas prendre. Les conditions sont extrêmes. Au final, le résultat correspond à ce qu’on avait imaginé. C’était génial, pour nous étudiants, de pouvoir réaliser un jardin de A à Z.»

Un point rouge attire l’œil tout en haut de la cheminée. Une voile est échouée là. Cette création de l’ECAL était censée s’agiter lorsque la ventilation du parking s’enclenche pour haranguer les passants et les inviter à découvrir le jardin caché. L’installation n’a pas résisté longtemps aux aléas de la météo et ne flotte plus.

La visite de Bellefontaine s’achève par un détour un étage plus bas, aux caisses du parking. Les racines des arbres poussant au-dessus ont crevé le plafond. «Le besoin d’aller chercher de l’eau et des nutriments en profondeur», expliquent les concepteurs, eux aussi étudiants à l’HEPIA.

Si ces «Racines» sont une illusion, le jardin «Inversion» qui les surplombe est bien réel. Un juste retour des choses? Au début du XVIIe siècle, la campagne Bellefontaine n’est qu’une succession de champs aux abords de la ville. En 1827, le nouveau propriétaire fait construire une grande maison de maître. La bonne société lausannoise se presse aux bals de Monsieur et Madame Lessert. Les maisons de Bellefontaine sont détruites vers 1916. On construit à la place les immeubles numéros 4, 6 et 8 de l’avenue de Rumine. Ce sont ces élégantes façades que l’on admire aujourd’hui depuis le toit du parking.

En 1949, pour juguler l’engorgement du centre-ville, les autorités construisent un parc à autos en surface. Un chroniqueur de la «Gazette de Lausanne» relève que l’appellation de «parc de Bellefontaine» évoque «un grand jardin, plein de mystère, de parfums et de chants d’oiseaux». Et déplore que «seuls pots d’échappements et claksons égrènent de tendres mélodies» dans «les domaines enchantés de notre époque fleurant le cambouis et le pétrole».

Il n’empêche: le lieu est immédiatement pris d’assaut par les véhicules. Il faut agrandir. Le parking souterrain actuel est mis en service en 1981 après treize années de réflexions, pour 10 millions de francs. Les autorités décident d’aménager la dalle-toiture de quelque 3000 m2 en zone de verdure à destination des habitants du quartier et des promeneurs. Ce minijardin public n’aura pas le succès escompté. Mais grâce à Lausanne Jardins, il fait bon pique-niquer sur la terrasse Bellefontaine.

La carte des installations: Cliquer ici pour agrandir

Créé: 17.07.2019, 10h53

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