Bientôt une helpline contre la radicalisation

VaudLes Vaudois pourront contacter un numéro gratuit de type 0800. La police répondra au public. Genève a fait un autre choix.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les autorités vaudoises recensent 650 informations annuelles concernant des craintes de glissement vers l’extrémisme politique violent ou la radicalisation religieuse. En particulier le djihadisme, très surveillé depuis les attentats qui ont frappé plusieurs capitales européennes. Une partie des cas sont des doublons, d’autres aboutissent à des fausses pistes. Béatrice Métraux, cheffe du Département des institutions et de la sécurité, estime à 150 le nombre de dossiers qui restent «sous les radars» vaudois. Des cas inquiétants mais qui n’aboutissent en général pas à un réel engagement. Rappelons que la Confédération estime à 90 le nombre de djihadistes partis au combat depuis la Suisse. Quatorze départs concernent le canton de Vaud.

Après Genève, qui s’est doté d’un dispositif de prévention et de sécurité en juin 2016, le Canton de Vaud se lance. Il a présenté mercredi ses options. Le Grand Conseil doit valider l’expérience, qui se déroulera sur trois ans avant d’être pérennisée ou modifiée. Pour le public, le point important sera la mise à disposition d’un numéro de téléphone gratuit de type 0800, encore à préciser une fois prise la décision parlementaire. Il fonctionnera 7 jours sur 7 de 6 h à 22 h, sans doute dès cet été.

Des agents de la police cantonale, spécialement formés, répondront aux inquiétudes et aux signalements. À eux d’aiguiller les demandes vers une intervention sécuritaire urgente. Ou vers la plate-forme opérationnelle chargée de la prévention, en coordination avec les services sociaux, médico-psychologiques ou scolaires, placée sous la direction du préfet du district de Lausanne, Serge Terribilini.

«On ne flique pas et on ne fiche pas»

Pourquoi la police? À Genève, le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC) est chargé de gérer la helpline Gardez le lien, mise en place au bout du lac (lire ci-dessous). «Les appelants ont besoin d’informations: ce qu’ils observent est-il normal ou pas? Ils cherchent à comprendre une situation qui peut toucher un proche ou un collègue, par exemple», relève Géraldine Casutt, doctorante à l’Université de Fribourg et à l’EHESS (Paris) sur la question du djihad féminin et collaboratrice au dispositif de prévention Gardez le lien. En 2017, la plateforme genevoise a traité 69 situations, 21 depuis le début de l’année 2018. Seuls six cas ont nécessité une prise en charge sécuritaire.

Le Canton de Vaud travaille également avec le CIC. Il aurait pu établir une collaboration lémanique par ce biais. S’il ne l’a pas fait et a préféré confier la helpline à la police cantonale, c’est au nom de l’efficacité, affirme Béatrice Métraux: «Nous collaborons avec le CIC et, d’ailleurs, nous le subventionnons. Mais il ne connaît pas forcément la situation des villes vaudoises. Nous voulons éviter toute perte d’information.» Face aux craintes d’une surveillance policière disproportionnée, la conseillère d’État se veut rassurante: «On ne flique pas et on ne fiche pas», assure-t-elle. Le traitement prévu des informations a fait l’objet d’un examen par la préposée cantonale à la protection des données. Les infos récoltées seront gardées pendant dix ans, sur le modèle qui prévaut dans le secteur médical, puis détruites ou versées aux Archives cantonales.

Connaissance du terrain

La police donne des exemples qui illustrent la nécessité de bien connaître le terrain: un habitant a constaté des réunions régulières, dans un garage de son immeuble, d’un groupe «au style vestimentaire de type djihadiste». «Si l’appelant nous avait signalé la présence de bonbonnes de gaz, par exemple, nous aurions envoyé un groupe d’intervention», explique le policier. Mais comme ce n’était pas le cas, une appréciation du risque sécuritaire a été menée par un simple contrôle. «Nous avons pu rassurer notre interlocuteur: il s’agissait d’un groupe de salafistes quiétistes qui se réunissent pour prier. Nous les connaissons, ils ne présentent pas de problème.» Toutefois, et conformément aux instructions fédérales, le groupe est signalé dans la base de données du Service de renseignement de la Confédération. «Qui nous a demandé de garder un œil», relève le policier vaudois.

Un autre exemple concerne plutôt la prévention. Il s’agit d’une famille qui a un souci avec un de ses jeunes. Il présente des signes de radicalisation. Inquiète, elle veut savoir s’il existe un risque de basculement et prendre d’éventuelles mesures afin d’éviter un engagement terroriste. L’affaire serait alors suivie par le Service de protection de la jeunesse, par exemple, qui irait à la rencontre de la famille, en collaboration avec les autorités scolaires.

À l’étranger, le Danemark a aussi tenté une expérience de helpline, à l’aide d’assistants sociaux dans les locaux de la police. «Nous disposons de peu d’expérience et nous restons humbles», déclare Béatrice Métraux, prête à remettre en question le dispositif vaudois si cela devait s’avérer nécessaire au bout de trois ans.


Le terroriste présumé ira voir un psy

Le terroriste présumé arrêté en compagnie de deux autres personnes dans le canton de Vaud en juin 2017 devra se soumettre à une expertise psychiatrique. Ainsi vient d’en décider le Tribunal fédéral (TF). Pour rappel, lors de l’arrestation des trois individus, dont une interpellation devant un centre commercial d’Aubonne dans une opération musclée, Éric Cottier, procureur général, avait évoqué

«une capacité de passer à l’acte relativement rapidement». Dans la foulée, le Ministère public de la Confédération (MPC), compétent en matière de terrorisme, ouvrait une instruction pour participation et soutien à une organisation criminelle, pour violation de la loi interdisant les groupes Al-Qaida et État islamique et pour actes préparatoires. C’est durant cette instruction que le terroriste présumé a recouru contre une expertise psychiatrique ordonnée par le MPC. Si le TF reconnaît que la dignité humaine doit être respectée lors d’examens de ce genre, il ajoute qu’une telle atteinte ne saurait se mesurer par la manière dont elle est reconnue par le principal intéressé.

Il s’agit de se baser uniquement sur des critères objectifs. En l’occurrence, le comportement de l’individu, qui a agressé des gardiens, encouru des sanctions disciplinaires et qui a systématiquement refusé de s’exprimer, amène le TF à s’interroger sur sa responsabilité. De plus, la Haute Cour doute que l’expertise psychiatrique envisagée puisse donner lieu à des mesures physiques intrusives. À noter enfin que les deux autres individus interpellés ont été remis en liberté. E.BZ (24 heures)

Créé: 02.05.2018, 19h27

La voie genevoise

Le dispositif genevois Gardez le lien est inspirant, en Suisse et à l’étranger, mais diffère du choix vaudois. «La principale différence, c’est la porte d’entrée des appels. Dans le canton de Vaud, ce rôle est assumé par la police, alors que dans le canton de Genève, c’est le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC). Nous avons constaté que, dans la majorité des cas, les appelants ont besoin d’un éclairage. L’optique sécuritaire ne s’impose pas forcément. Le CIC fonctionne comme un sas qui analyse l’inquiétude exprimée. Il est la première porte d’entrée, mais nous fonctionnons comme une plate-forme en complémentarité avec d’autres services», déclare Géraldine Casutt, doctorante à l’Université de Fribourg et à l’EHESS (Paris) sur la question du djihad féminin, collaboratrice au dispositif de prévention Gardez le lien. Dans la première année d’existence du dispositif genevois, les appels étaient gérés par la Main Tendue. Le CIC a repris cette fonction.

«Un premier bilan a montré qu’il y avait peu d’appels hors des heures de bureau. Les appelants ont en outre davantage besoin d’une réponse que d’une écoute. La Main Tendue les redirigeait au besoin vers le CIC mais nous en perdions certains qui ne voulaient sans doute pas réexpliquer la situation. Les autorités genevoises ont donc décidé de simplifier la procédure en enlevant un intermédiaire», explique Géraldine Casutt. PH.M.

Les entrées

Pour le public
Un numéro gratuit de type 0800 sera à disposition de l’ensemble de la population vaudoise. Un formulaire sera également disponible sur Internet. En dehors des heures de fonctionnement de la helpline, le 117 (urgences sécuritaires) et le 144 (urgences psychiatriques) seront à disposition. Les agents de la police cantonale répondront au public puis orienteront la demande: opération policière urgente ou action du groupe chargé de la prévention.

Pour les professionnels
Les employés des services publics, par exemple les enseignants, confrontés à des cas inquiétants n’auront pas besoin de passer par la helpline gérée par la police. Ils pourront trouver l’appui nécessaire auprès de la plate-forme de prévention ou du Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC).

Articles en relation

Face au djihadisme, les profs souhaitent du soutien

Prévention Une enquête auprès des enseignants des gymnases et des écoles professionnelles montre le besoin d’un appui face au risque de radicalisation des jeunes Plus...

«Contre le terrorisme, c’est nous qui avons failli»

Djihadisme Ancien haut responsable de la DGSE, Alain Chouet était récemment de passage à Yverdon. L’occasion d’interroger l’espion français sur sa vision de la menace terroriste. Plus...

Ce que Berne consacre à la lutte contre le djihadisme

Service de renseignement Le Conseil fédéral donne son feu vert à 6 nouveaux postes et à un crédit de 2 millions. Une goutte d’eau? Nous avons fait nos calculs Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

«Les agriculteurs sous pression et les vaches orphelines», paru le 26 mai 2018
(Image: Valott) Plus...