Bons pour l'image et le moral, les moutons du Dézaley apportent peu à la vigne

ViticultureSix moutons désherbent les vignes de la Ville depuis 2016 pour le bonheur des passants et des vignerons. Le bilan agri-viticole est, lui, «techniquement neutre»

Cinq femelles et un jeune mâle, né au domaine, paissent sur les terrasses argileuses du Clos des Moines depuis fin octobre. Habiles dans les escaliers viticoles, les ovins parcourent les 1,5 hectares clôturés. Ils repartiront en ville pour l’été.
Vidéo: Patrick Martin

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«Viens les belles! Viens les belles!» C’est par ces mots affectueux, et le bruit d’un seau rempli de pain sec, que Gérard Guex convoque ses bêtes dans les rangs serrés du Dézaley. «Il faut leur causer, les ovins voient mal», explique le moutonnier de la Ville de Lausanne.

C’est un comble qu’ils voient mal, tant la vue est belle depuis leur villégiature d’hiver (fin octobre à début mars). Ces moutons miroirs, race Pro Specie Rara reconnaissable aux ronds noirs qui encerclent ses yeux, ont été placés au Clos des Moines en 2016 à l’initiative de Gérard Guex et de Luc Dubouloz, vigneron de la Ville à Lavaux. D’autres vignerons vaudois s’y étaient mis avant eux: Gilles Wannaz, à Chenaux, ou Raoul Cruchon, à Échichens, en faisaient déjà paître en 2014. Du côté du Clos des Moines, on est à l’expansion. De quatre la première année, on est passé à six moutons sur 1,5 ha. Et la Ville, qui possède une centaine de bêtes, compte élargir le troupeau et les hectares sur ces terrasses idéalement départagées par des murs de pierres, dont il suffit de clôturer les rares issues.

Le bilan viticole, qualifié de «techniquement neutre» par Luc Dubouloz, ne justifie pas l’expansion à lui seul (lire encadré). «L’aide à la vigne est assez nulle, mais les moutons ne nous donnent pas de travail non plus», détaille le vigneron. La santé des bêtes est l’affaire du moutonnier, qui les visite une fois par semaine, leur apporte du pain, de l’eau et du foin. L’équipe viticole passe, elle, «tous les deux jours, voire un peu plus, indique Luc Dubouloz. Chaque fois que les gars passent dans le coin, ils vont voir les moutons!» C’est que malgré leur «mémoire de chou-fleur», dixit Gérard Guex, les ovins les reconnaissent. «C’est un vrai plaisir!»

Capital de sympathie

Et le plaisir est largement partagé. Durant notre reportage, plusieurs promeneurs s’arrêtent au bruit des clochettes, prennent des photos, s’exclament. «C’est magnifique! Ils sont à qui?» interroge une randonneuse. «Ils sont à la Ville de Lausanne», s’empresse de répondre Gérard Guex.

Le capital de sympathie du chef-lieu vaudois est illico regonflé! La naissance au domaine d’un petit mâle début novembre a encore fait monter sa cote de popularité. Et si un abri couvert a été aménagé, «c’est un peu pour rassurer les passants, explique Gérard Guex. En ville, c’est aussi pour l’image qu’on les rentre l’hiver. Les gens l’ont oublié, mais les moutons, c’est fait pour être dehors!» Les six du Dézaley ont donc de la chance, selon lui, car au printemps, quand la vigne fera ses bourgeons, elles rejoindront les talus lausannois sans passer par la case bergerie. «Regardez-les, elles sont rondes, magnifiques! On juge le bien-être de l’animal à son aspect.»

Créé: 26.01.2018, 07h19

Vers plus de pluriculture

Vigneron et moutonnier estiment le bilan agricole et économique de l’opération «neutre»: elle ne représente ni surcoût ni réelle économie. Du côté des sols, la fumure des moutons engraisse un peu la terre, mais sans eux l’herbe fauchée décomposée aurait un effet similaire. Les déjections des ovins apportent toutefois un peu plus de vie microbienne dans les sols, par ailleurs stimulés par leur piétinement. Mais rien de révolutionnaire. «On sait que la pluriculture est meilleure pour les sols que la monoculture, mais on est quand même beaucoup dans l’empirisme», résume le moutonnier, Gérard Guex. Si la Ville persiste, c’est que l’opération fait partie d’un programme écologique plus vaste, qui vise à l’abandon des produits désherbants. Une recherche sur les plantes couvrantes de type plantain ou achillée, qui entrent peu en concurrence avec la vigne, est en cours au Clos des Abbayes voisin. Et un réseau se constitue à Lavaux sur le sujet par le biais de Prométerre.

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