Le boulot et le dodo réunis dans le même quartier au Mont

HabitatUn promoteur propose aux particuliers d’acheter des logements avec local d’activités.

Image de synthèse du projet.

Image de synthèse du projet. Image: CCHE

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C’est nouveau, et c’est sans aucun doute une tendance. Au Mont-sur-Lausanne, un ensemble de quatre bâtiments dénommé Parallèle est en train de sortir de terre. Particularité de ce projet: il propose à ses futurs locataires et propriétaires de prendre en même temps un appartement et un local pour travailler. Les deux sont répartis dans deux immeubles juste séparés par une cour, et on ne peut pas avoir l’un sans l’autre. Le premier des deux «Parallèle», qui ne contient que des locations, est déjà presque terminé, «et nous avons tout loué», affirme Paul Vezin chef de projet commercialisation chez Steiner SA, le maître d’ouvrage. Tout loué, oui, mais avec des «surprises», selon ses propres mots, puisque Steiner s’attendait à voir débarquer des petits artisans ayant besoin par exemple d’un établi ou d’un local de fabrication. C’est d’ailleurs l’image qui figure sur le site Internet de Parallèle, où l’on aperçoit un menuisier. Or les occupants sont plutôt des travailleurs du secteur tertiaire, autrement dit des cols blancs. «Nous avons par exemple un psychologue qui aura son cabinet, ou un agent d’assurances retraité qui veut un local pour garder ses dossiers et qui continuera à y travailler pour gagner un peu d’argent, détaille le chef de projet. On a aussi une pianiste professionnelle qui voulait un local de répétition. Que nous transformons un peu par rapport au plan de base pour qu’il soit insonorisé…»

Il précise que n’importe quelle activité ne sera pas acceptée: pas de bar, par exemple, pour éviter les éventuels conflits dus aux nuisances en soirée. Le deuxième ensemble de deux bâtiments sera entièrement consacré à de la PPE (Propriété par étage), et il inclura une petite arcade commerciale classique.

«Quand ils nous ont présenté leur projet, nous l’avons soutenu, parce que ça va dans le sens de ce que nous voudrions voir se développer au Mont, commente le syndic Jean-Pierre Sueur. Maintenant, j’avoue que j’ai des doutes sur la demande réelle pour ce genre d’offre. Je ne sais pas si cela correspond à la mentalité des Romands. Mais on verra bien.»

«En Suisse romande, effectivement, c’est un concept totalement neuf.»

Paul Vezin n’a pas ce doute: «En Suisse romande, effectivement, c’est un concept totalement neuf. Mais on le retrouve depuis un certain temps dans des pays nordiques.» Et aux Etats-Unis. Ainsi, sous une forme un peu différente du Mont, ce sont les autorités municipales de la petite ville de Haddon, près de Philadelphia aux Etats-Unis, qui ont mis en place une politique d’aide à la propriété pour les personnes qui travaillent à Haddon et veulent y acheter une maison.

«Ce type de mixité entre lieu d’habitation et lieu de travail est bien novateur, commente quant à lui Patrick Rérat, géographe, professeur à l’Institut de géographie et durabilité de l’Université de Lausanne. Par contre, l’idée de quartiers mêlant logements et activités, pour réduire les déplacements entre lieu de domicile et lieu de travail, n’est pas nouvelle, on la prône depuis plusieurs années. Seulement on constate en observant l’évolution des modes de vie qu’il se produit un phénomène inverse.»

Il cite quelques chiffres: en 1960, sur l’ensemble de la Suisse, quelque 23% de la population changeait de commune pour se rendre à son travail. Aujourd’hui, la proportion est d’environ 68%. On constate aussi que les gens vont en moyenne de plus en plus loin pour travailler. Une tendance qu’il estime important d’inverser, pour des raisons environnementales et de coûts d’infrastructures. Vu comme ça, Parallèle apparaît comme une ébauche de solution, qui pose cependant plusieurs questions sur le long terme (lire ci-contre). Et il pourrait donner des idées aux futurs investisseurs du projet d’écoquartiers Métamorphose à Lausanne.

«Ce que propose le promoteur de Parallèle au Mont s’adresse à mon sens à deux catégories de personnes, continue-t-il. Celles qui ont adopté le télétravail, et celles qui ont une activité indépendante, dans le secteur tertiaire. On parle depuis une vingtaine d’années de la croissance du nombre d’indépendants, d’autoentrepreneurs hautement qualifiés, travaillant seuls ou en réseau en tant que consultant, graphiste, designer, etc. Il est intéressant de voir que cela se concrétise dans un concept de bâtiment. Ces catégories restent largement minoritaires dans la société, mais le nombre de personnes qui en font partie grandit.»

Créé: 15.10.2015, 15h07

Bientôt dans les écoquartiers de Lausanne?

La Ville de Lausanne s’apprête à lancer un appel d’offres aux futurs investisseurs des écoquartiers prévus dans le projet d’urbanisme dit Métamorphose. Au bas mot, quelque 17'000 nouveaux habitants et emplois, dont le mode de vie devra correspondre aux critères du développement durable. Le miniquartier Parallèle au Mont, avec son mode particulier de mixité entre habitation et travail, pourrait représenter un des modèles à suivre. «La mixité est un des éléments clef du projet d’écoquartier aux Plaines-du-Loup, explique Patrick Minet, nouveau chef de projet de Métamorphose. En effet, le projet ambitionne de créer une place de travail pour chaque habitant actif venant s’installer dans le nouveau quartier. Il n’est cependant pas possible de garantir à ce stade que le nouvel habitant actif travaillera effectivement dans le quartier.» Il estime cependant que certains parmi les futurs investisseurs, qui pourront être des sociétés immobilières en mains de la Ville, des coopératives d’habitants, des sociétés immobilières poursuivant un but social ou des investisseurs plus classiques (fonds de pension, etc.), proposeront des concepts assez proches. «Dans une coopérative d’habitants, on peut imaginer des personnes qui veulent implanter leur activité professionnelle dans leur nouveau quartier, continue le chef de projet. Par exemple un médecin, ou même un groupe de médecins, si leurs familles vivent en bonne entente.»

Un projet qui suscite des questions

Un projet comme Parallèle, par sa nouveauté, pose de nombreuses questions. «On se demande bien sûr comment cela va fonctionner, analyse le professeur Patrick Rérat, de l’Institut de géographie et durabilité de l’UNIL. Le monde du travail est perçu comme de moins en moins stable, ce qui va à première vue à l’encontre de la tendance à la relocalisation exemplifiée par ce projet. Et il y a des questions pratiques. Nous avons de plus en plus de ménages où les deux partenaires du couple travaillent. Comment se fera l’arbitrage dans ce cas, probablement avec l’un qui travaillera sur place, et l’autre qui devra se déplacer peut-être sur de longues distances. Et que se passe-t-il en cas de divorce? Il serait intéressant de lancer une recherche afin de suivre ce projet.»

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