Bourg-en-Lavaux a forcé le Canton à mettre son mur à l'enquête

RoutesLa réfection du mur de soutènement en Calamin allait se faire sans possibilité de s’y opposer. La loi sur les routes le permet.

Le nouveau mur de soutènement sera plus robuste donc plus imposant. Les escaliers d'autrefois seront remplacés par des rampes pour chenillettes.

Le nouveau mur de soutènement sera plus robuste donc plus imposant. Les escaliers d'autrefois seront remplacés par des rampes pour chenillettes. Image: Odile Meylan

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Un mur de soutènement massif en plein périmètre de protection de Lavaux a failli se faire en catimini. Mais la Municipalité de Bourg-en-Lavaux ne l’entendait pas de cette oreille. Surpris par l’absence de mise à l’enquête, dans une région ultraprotégée où toute intervention visible doit passer par les étapes de validation habituelles, l’Exécutif communal a saisi le Tribunal cantonal et forcé le Canton à soumettre son projet de réfection à la population. Les cinq oppositions déposées début avril – une de la Commune, quatre des propriétaires des parcelles concernées – ont été levées, mais des modifications ont été apportées au projet.

«En effet, nous n’avions initialement pas prévu de mise à l’enquête, car il s’agit de travaux d’entretien», explique Pierre Bays, responsable de la Division infrastructures à la Direction générale de la mobilité et des routes (DGMR). Le règlement d’application de la loi cantonale sur les routes indique en effet que «les travaux d’adaptation et d’entretien sur le domaine public ne sont pas soumis à l’enquête publique», pour autant qu’il n’y ait pas d’expropriation et que l’ouvrage soit similaire.

Plus qu’un simple entretien

Or, il s’agit d’interprétation, estime Jean Christophe Schwaab, municipal des Travaux et Infrastructures de Bourg-en-Lavaux: «Dès le moment où l’on construit un mur beaucoup plus grand que le précédent, qui a un fort impact sur le paysage, on est au-delà du simple entretien.» Il ajoute que «le signal est assez mauvais pour tous ceux qui se donnent la peine de faire les choses dans les règles». En outre, cette possibilité d’agir sans consulter la population semble réservée au Canton – les lois communales et fédérales n’indiquent en tout cas pas cette exception.

«Le signal est assez mauvais pour tous ceux qui se donnent la peine de faire les choses dans les règles»

Les vignerons de l’appellation Calamin ont aussi exigé une enquête publique, par une lettre commune, à la suite de la première rencontre entre le Canton et certains d’entre eux à la fin du mois de novembre. À cette occasion, ces derniers demandaient que les escaliers d’accès aux vignes prévus soient remplacés par des rampes. «On nous a répondu que c’était impossible, que les soumissions étaient déjà parties, qu’ils ne pouvaient pas construire autre chose que ce qui existait déjà, témoigne Antoine Bovard, un des vignerons qui s’est opposé. C’est insensé: on ne va plus dans les vignes avec des brantes sur le dos, mais avec des chenillettes!» Deux rencontres supplémentaires ont permis de modifier le projet cantonal selon les indications des exploitants, tenant compte de l’évolution de la viticulture.

Dans son opposition, Antoine Bovard parle toutefois de projet «non abouti». Il déplore qu’aucune place de parc viticole ne soit aménagée pour la sécurité des exploitants. Il estime aussi qu’on ne prend en compte «que l’urgence sans voir la globalité» d’un glissement de terrain connu depuis plus de vingt ans. «C’est un emplâtre sur une jambe de bois!» Si le Canton ne prévoit pas d’intervenir en amont, c’est que les terrains appartiennent soit à des privés soit à la Commune de Bourg-en-Lavaux. «La responsabilité du Canton est de protéger la route, pas tout le territoire», justifie Pierre Bays.

Risque pour la route et le rail

Reste que les autorités ont conscience de la globalité du glissement de terrain. On apprend, dans la demande de crédit du Canton au Grand Conseil, que la zone de glissement actif dite des Luges fait l’objet d’un suivi des déplacements depuis 1987. Fin 2012, un bureau d’ingénieurs a été mandaté pour étudier le phénomène et présenter des variantes de reconstruction de l’ouvrage de soutènement en Calamin. La variante la plus robuste a été choisie et coûtera 1,47 million, entièrement à la charge du Canton.

«Le mur au bord de la route a glissé de plusieurs dizaines de centimètres ces trente dernières années, toutefois sans risque d’effondrement, confirme Pierre Bays. Mais l’aménagement de soutènement ne remplit plus sa fonction aujourd’hui, il y a donc un risque pour la route cantonale et pour les voies CFF, juste en dessous.» L’actualité lui donne raison: dans la nuit de mardi à mercredi, un «léger éboulement, heureusement sans conséquence» s’est produit sur le chantier, à la suite des fortes pluies de ces derniers jours. «Si le Canton n’avait pas été stoppé dans ses travaux pour des questions de procédure, l’éboulement n’aurait probablement pas eu lieu», ajoute-t-il.

«Si le Canton n’avait pas été stoppé dans ses travaux pour des questions de procédure, l’éboulement n’aurait probablement pas eu lieu»

Pour éviter de futurs dangers, le mur sera plus robuste que le précédent. Il sera du coup aussi plus imposant. Les opposants au projet ont donc questionné son impact sur le paysage protégé. Pierre Bays se veut rassurant: «Oui, le mur sera plus visible, mais il sera aussi mieux intégré, car recouvert de «pietra rasa» (ndlr: où le mortier de chaux est apparent entre les pierres nues), dont l’aspect minéral est très proche des murs de Lavaux.»

Des discussions avec la Commission consultative de Lavaux ont permis d’éviter une opposition prévisible de l’association Sauver Lavaux. Et si les ancrages déjà visibles aujourd’hui le resteront, c’est qu’ils doivent être accessibles pour des contrôles réguliers.

Créé: 15.06.2019, 09h04

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