L’antenne du galetas qui rend malades deux familles

PullyDepuis l’installation d’un dispositif dans le toit du bâtiment, des locataires se battent en vain contre une nuisance sonore tenace.

Gavriel Pinson (à gauche), avec Jacqueline et Jean-Claude Mégroz devant l'antenne Sunrise qui est, selon eux, à l'origine d'une insidieuse nuisance sonore.

Gavriel Pinson (à gauche), avec Jacqueline et Jean-Claude Mégroz devant l'antenne Sunrise qui est, selon eux, à l'origine d'une insidieuse nuisance sonore. Image: ODILE MEYLAN

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Jean-Claude Mégroz et Gavriel Pinson sont deux citoyens de Pully qui ne demandent pas mieux que de couler des jours tranquilles. Des nuits, surtout. Or ces dernières sont perturbées depuis près d’une décennie par des nuisances sonores au-dessus de leur tête, dues, selon eux, à la présence d’une antenne de télécommunication Sunrise, installée dans le galetas.

Ma femme et moi subissons un acouphène et des douleurs dues à l’inflammation du trijumeau

Ancien fonctionnaire aux Service cantonal des eaux pour le premier, assistant social, président du POP-Vaud et du Parti suisse du travail pour le second, les deux locataires ne sont pas les plus démunis pour se battre contre le système. Pourtant, leur bataille administrative et juridique ne débouche sur rien, hormis la continuation désespérante de ce bruit fantôme qui finit par les rendre malades. «Ma femme et moi subissons un acouphène et des douleurs dues à l’inflammation du trijumeau ( ndlr: nerf du visage )», se plaint Jean-Claude Mégroz. Gavriel Pinson souffre lui aussi d’un acouphène. Il précise que, lorsqu’il part en voyage, ce bruit intérieur se calme peu à peu. Les époux Mégroz font le même constat lors de leurs vacances.

De retour à la maison, le malaise revient lentement mais sûrement. Faut-il parler d’un bruit ou d’une vibration? C’est, disent les locataires, une nuisance sonore que l’on ressent seulement après une période d’exposition de plusieurs jours. Gavriel Pinson rappelle qu’une ancienne voisine, handicapée dans ses facultés auditives, était elle aussi dérangée par le bourdonnement nocturne.

Les dégâts sur leur santé ont été constatés médicalement par un ORL. «Mais ces maux sont envisagés comme des troubles subjectifs», soupire Jean-Claude Mégroz. Infrasons? Basses fréquences? Bruits solidiens rayonnés? Bruits solidiens immiscés? Ou encore bruits aériens ou harmoniques en lien avec l’électricité, bruit sourd ou bourdonnement, bruit ondulatoire? Impossible pour nous de décrire précisément ce son fantôme, ni d’entrer dans les détails de la vaste querelle technique qui traverse toute cette histoire.

Une chose est sûre: les maux des locataires sont réels. Ils ont commencé quelques années après que l’antenne Sunrise a été installée dans le galetas de leur immeuble, où tous trois habitent le dernier étage.

Depuis le temps que sévit cette nuisance, Jean-Claude Mégroz n’est pas resté les bras croisés. Ses démarches auprès de la gérance Yteqam (société en lien avec de Rham), de l’opérateur Sunrise, de la Direction générale de l’environnement, de la Commune de Pully, en passant par le Tribunal des baux, ont été multiples. Elles ont émaillé son quotidien durant toutes ces dernières années, produisant des kyrielles de classeurs fédéraux.

Plusieurs avocats se sont cassé les dents sur le dossier. Ils l’ont abandonné, notamment à cause de sa trop haute technicité. Des experts cantonaux, fédéraux, ont prêté l’oreille, ont rendu des rapports, se sont contredits. Mais le couperet est tout de même tombé l’an dernier au Tribunal des baux: la cause n’a pas été entendue. Pour la justice, il faut prouver que les bruits existent bel et bien. «Les seules allégations des locataires (…) ne suffisant évidemment pas à rendre vraisemblables les faits litigieux», assène-t-il dans son jugement du 1er février 2017.

Avant ce verdict, les acteurs interpellés par Jean-Claude Mégroz ont pourtant tenté de trouver des remèdes. Des analyses ont été conduites pendant la nuit par différents experts, dont les spécialistes de l’EPFL, les équipements de l’antenne ont été changés, la gérance a tenté des compromis.

Pas responsables

Mais rien n’y a fait. Les époux Mégroz et la famille Pinson continuent d’être incommodés. Jean-Claude Mégroz s’est mis à chercher de son côté et a produit ses propres études, ce qui lui a valu une certaine méfiance des experts. Il est allé jusqu’à couper l’alimentation électrique des antennes… Pour lui, les spécialistes, en particulier ceux de l’État, sont partis sur de fausses bases scientifiques. Contactés, les différents protagonistes ne se sentent en rien responsables. Tous oscillent entre compassion et déni, chacun faisant état de son impuissance.

Sunrise annonce que tous les rapports sur le cas pulliéran ont été examinés. «Nous nous sommes beaucoup investis. Le dossier n’a pas été laissé au hasard», plaide la porte-parole, Therese Wenger. À l’État, Dominique Luy, chef de la section Bruit et rayonnement non ionisant, rappelle que plusieurs bureaux d’acoustique sont intervenus pour mesurer ce bruit. «Aucun n’a pu affirmer que le bruit basses fréquences, dont les niveaux sonores sont très faibles, provenait des antennes.» Quant à la gérance, elle se refuse à tout commentaire. En aparté, les interlocuteurs évoquent une affaire douloureuse et déplorent l’opiniâtreté de Jean-Claude Mégroz, qui souffrirait simplement d’être «ultrasensible». Le fait que son voisin entende la même chose? Certains l’interprètent comme un «effet de contamination», accompagné d’une «fixation» sur le problème.

Au fond, ces bruits n’existeraient pas pour une oreille humaine ordinaire et la science ne peut rien pour ceux qui l’entendent. En l’état, il n’y a pas de preuve d’une réelle nocivité.

Aujourd’hui, les Pinson et les Mégroz ne peuvent qu’espérer un miracle. L’envie de déménager a parfois été évoquée au cours de ces années. Pour ne rien arranger, la 5G sera installée tôt ou tard. Mais les locataires habitent là depuis très longtemps et ils n’ont pas envie de quitter l’endroit. Pas à cause d’une antenne du moins.

Créé: 11.06.2018, 17h21

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