C’est l’automne avant l’heure pour les arbres

VégétationA cause de la canicule et du manque d’eau, le feuillage s’est réduit prématurément de 20% à 30% par endroits.

En automne, «les feuilles mortes se ramassent à la pelle», disait la chanson de Prévert. A Lausanne et en plein été, à l’entrée du cimetière du Bois-de-Vaux, c’est à la souffleuse que les employés de la Ville évacuent les feuilles lâchées par les arbres qui se sont allégés en raison du du temps sec en juin et juillet.

En automne, «les feuilles mortes se ramassent à la pelle», disait la chanson de Prévert. A Lausanne et en plein été, à l’entrée du cimetière du Bois-de-Vaux, c’est à la souffleuse que les employés de la Ville évacuent les feuilles lâchées par les arbres qui se sont allégés en raison du du temps sec en juin et juillet. Image: DOMINIC FAVRE

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Le promeneur déambule sur un tapis de feuilles mortes, les souffleuses sont au travail dans l’allée ombragée par des alignements de tilleuls à l’entrée du cimetière du Bois-de-Vaux, à Lausanne. A Vidy, un hêtre pourpre, un hêtre pleureur et un tulipier font triste mine alors qu’un charme, un peu plus loin au bord de la route, ne se porte vraiment pas comme un charme: il est tout desséché. Par endroits, les enfants jouent déjà avec les graines aux allures d’hélicoptère qui tombent des tilleuls ou des érables. On dirait l’automne…

«A la mi-août, de telles scènes sont normales. Mais là, à la fin du mois de juillet, c’est clairement une réaction à la sécheresse», relève Michaël Rosselet, responsable du patrimoine arboré de la Ville de Lausanne.

«Hibernation estivale»

Les observateurs et les amoureux de la nature ne sont pas les seuls à constater que l’allure des arbres s’amaigrit prématurément. De l’avis d’un spécialiste, entre 20% et 30% des feuilles sont tombées dans les endroits les plus touchés. En plein été, Etienne Balestra, chef de la Division de gestion des sols et des végétaux au Service des parcs et domaines lausannois, emploie la surprenante expression d’«hibernation estivale» pour décrire le phénomène.

Les végétaux font preuve d’astuce lorsque leurs conditions de vie sont péjorées par le manque d’eau ou la hausse des températures. Les véritables pompes à eau que sont les arbres, irrigués par leur sève, se mobilisent pour limiter leur «transpiration». Les tilleuls tournent la face claire de leurs feuilles vers le soleil afin d’absorber moins de chaleur. D’autres recroquevillent leur feuillage, le flétrissent. Acculés par la soif, ils finissent par lâcher leur parure. «Ils se protègent», commente Frédéric Bourgeois, garde forestier qui, monté au Suchet, a pu constater les couleurs «bizarres» dont se parent les forêts de plaine.

La chute prématurée des feuilles n’est donc pas forcément synonyme de mort. Certains arbres pourraient même connaître un «deuxième printemps» estival s’il devait prochainement pleuvoir davantage que cette semaine. Plusieurs jours d’arrosage naturel seraient toutefois nécessaires, ce qui ne semble pas prévu. D’autres individus végétaux, affaiblis ou enracinés dans un sol qui retient mal l’eau, auront pris «le coup de trop» cet été et seront condamnés à l’abattage. Comme après la canicule de l’été 2003, il faudra attendre quelques années avant de connaître l’étendue des dégâts. La sécheresse d’il y a douze ans avait ouvert la voie à la recrudescence du bostryche sur les épicéas. Cet été, les forestiers observent avec inquiétude la progression de la chalarose, mortelle pour les frênes.

Que faire au jardin?

Les champignons, les acariens et d’autres maladies, justement, prospèrent aussi dans les jardins secs. Nombreux sont les propriétaires qui contemplent avec dépit leur gazon brûlé. Reverdira-t-il? Pas de lui-même s’il a été atteint de la fusariose d’été, ainsi que le rappelle Stéphane Krebs, paysagiste à Blonay et président de l’association JardinSuisse Vaud: «C’est un champignon qui fait dessécher le gazon en formant des sortes de ronds. Un traitement phytosanitaire s’impose.»

Maladies mises à part, la plupart des professionnels sont confiants, à condition de ne pas s’accrocher à un gazon anglais «pur et dur»: «Il faut laisser faire la nature, ça va reverdir. Les dernières pluies aident à passer le cap», relève Eric Fazan, paysagiste et agriculteur bio à Apples, qui revendique sa tendance «écolo et sans chimie».

Si la sécheresse devait revenir en août, il conseille d’arroser les jeunes plantations, les arbustes et les jeunes arbres. Et aussi de «rester philosophe». (24 heures)

Créé: 01.08.2015, 11h10

Les légumes plombés par la sécheresse

Accroupi dans l’une de ses serres de Denens, lundi dernier, Hector Silva soupire tandis que racines et plantes craquent sous ses pieds. «Le mois de juillet avait bien démarré, puis les températures ont tout gâché», lâche le maraîcher bio tout en arrachant les salades qui sont parties en fleurs, les tomates brûlées et les haricots verts qui n’ont pas tenu le choc face aux températures caniculaires de ces derniers jours. «Tout est fichu! Heureusement que la pluie
et les températures sont enfin tombées.»

La tendance est nationale et le canton de Vaud n’y échappe pas. En juillet, la sécheresse a lourdement fait chuter la production de légumes, salades en tête. «Deux ou trois séries de salades y sont passées. Il y avait bien quelques survivantes, mais nous avons tout arraché. De même que pour plusieurs autres cultures», poursuit le producteur.

Dans la région de La Côte, le constat est unanime. «Lorsque les températures dépassent les 30 degrés, toutes les cultures se bloquent. Le vrai problème n’est pas la canicule, mais sa durée», explique Henri Blanc, à Denges, qui a lui aussi essuyé de grosses pertes. «Elles ne sont pas encore chiffrées», reprend le producteur, qui précise toutefois que toutes les plantes ne sont pas égales face au soleil: «Les tomates, plus sensibles, ont particulièrement souffert de la chaleur. A l’inverse, les aubergines et les poivrons, plus à l’aise avec de hautes températures, s’en sont mieux sortis», détaille le cultivateur, lui aussi ravi du retour des températures moins extrêmes.

Les branches inquiètent

Les jardiniers des parcs et forêts observent un phénomène inquiétant, surtout en milieu urbain: le syndrome de la rupture de branche estivale en raison de la sécheresse. Responsable des dizaines de milliers d’arbres de la Ville de Lausanne, Michaël Rosselet n’hésite pas à parler d’angoisse: «C’est un phénomène imprévisible. C’est comparable à l’embolie (ndlr: obstruction d’une artère) chez les humains: le flux d’eau n’est pas bon et on observe un manque de turgescence des cellules. Des branches dépérissent. A cause de cette évolution, certaines
se cassent entièrement sans symptôme précurseur. On observe cela surtout sur les arbres à croissance rapide, comme les peupliers.» Selon Etienne Balestra, à la tête du service lausannois chargé des sols et des végétaux, «les mêmes constatations ont été faites à Paris». En ville, les arbres plantés dans les rues souffrent d’une irrigation moins bonne qu’en milieu naturel.

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