La campagne sur Malley-Gare a été électrique

PrillyAvant la votation du 27 novembre, le syndic prilléran croise le fer avec le porte-drapeau du non à ce projet urbanistique géant. Débat.

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A une semaine de la votation sur Malley-Gare, à Prilly, l’ambiance est électrique entre partisans et opposants au projet. Le 27 novembre, les urnes scelleront le destin de la revalorisation de Malley, dont ce plan de quartier est à la fois la clef de voûte et le premier à être présenté. Invités à débattre par 24 heures, le syndic Alain Gillièron, pour le oui, et Jean-Claude Péclet, de l’association Avenir Malley, pour le non, se sont livrés à une passe d’armes sur les thèmes qui divisent.

De la friche de Malley, on veut faire un petit centre-ville. Est-ce qu’on va trop loin?

Alain Gillièron: Nous pensons que non. A Malley-Gare, on parle d’une densité de 648 habitants/emplois par hectare, mais si on inclut le futur plan de quartier Malley-Gazomètre, la moyenne sera de 349 habitants/emplois. Suite à une lettre ouverte de M. Péclet au Conseil communal de Prilly, la Municipalité a demandé au Canton de confirmer que ces objectifs de densification étaient corrects. Il nous a donné raison.

Jean-Claude Péclet: 349 habitants/emplois, c’est quatre fois plus que la densité moyenne de Prilly et de Renens. C’est plus que le centre-ville de Lausanne. Malley-Gare sera en tout cas bien trop dense. Tant que les autres plans de quartier ne sont pas présentés, nous refusons de croire qu’il y aura un équilibre sur l’ensemble du projet.

La région manque de logements, pourquoi attaquer un projet qui va en créer?

J.-C. P.: Il n’en crée pas assez. J’admets que la question ne se pose pas à Malley-Gazomètre. En revanche, à Malley-Gare, on annonce entre 60 et 75% de bureaux et de commerces, et à peu près la même chose à Malley-Viaduc, alors que les panneaux «bureaux à louer» ne manquent pas dans l’Ouest lausannois.

A. G.: Ce qui est crucial, c’est la répartition de ces surfaces sur les différents plans de quartier. En prenant Malley-Gare, Malley-Gazomètre et Malley-Viaduc, on arrive à une moyenne de 60% d’habitations. Pourquoi y aura-t-il moins de logements à Malley-Gare? Nous nous basons sur une étude OPAM (ndlr: Ordonnance sur les accidents majeurs) qui dit que 40% est le maximum admissible en raison du risque que présentent les convois de matières dangereuses sur les lignes CFF. Nous ne l’avons pas inventé.

En attendant, pourra-t-on vraiment remplir 60% de bureaux et de commerces à Malley-Gare?

A. G.: Oui, cela correspond à une demande. Les CFF, qui sont propriétaires des terrains, ont déjà des contacts très poussés concernant l’occupation de ces locaux.

Du côté des opposants, on parle de Malley comme d’un futur «quartier d’affaires». Vous forcez le trait?

J.-C. P.: L’expression n’est pas de nous, mais de Grégoire Junod (ndlr: syndic de Lausanne), rencontré au début 2016. Je ne crois pas qu’à l’époque il mesurait bien les dimensions du projet proposé. Comment sommes-nous passés d’une proposition d’écoquartier à un projet doté de cinq tours? Un quartier durable, c’est un quartier à taille humaine, où l’on se sent bien pour vivre. Je ne crois pas que ce soit possible avec cinq tours. On peine à comprendre pourquoi il faut absolument les construire. Ce n’est ni écologique, ni le seul moyen pour densifier.

Alors quels sont les avantages des tours, Alain Gillièron?

A. G.: Construire en hauteur permet de densifier tout en dégageant des espaces publics généreux. Et contrairement à ce que disent les opposants, ils ne seront pas vides et minéraux. Pour atteindre la même densité, l’alternative serait de tapisser le sol de bâtiments, ce qui ne favoriserait pas la qualité de vie.

J.-C. P.: La région regorge de places «généreuses» et ratées: la Riponne, la Sallaz, le Tunnel… Le discours sur Malley me fait penser à Berlin-Est des années 70. J’ai moi-même travaillé dans une tour. Elles sont sans animation, les espaces à leur pied sont stériles.

D’autres projets de tours ont été rejetés en votation. La proposition est risquée…

A. G.: Pour nous, c’était le bon moment pour un tel projet à cet endroit. Les tours peuvent être parfaitement élégantes, fonctionnelles et avec une diversité d’activités. Je ne comprends pas pourquoi elles font l’objet d’une telle fixation.

J.-C. P.: Quand on prévoit des tours, la moindre des choses est de respecter les procédures qui s’appliquent. La «stratégie pour l’implantation des tours» du Projet d’Agglomération Lausanne-Morges impose de présenter, pour chaque projet, un dossier comprenant, entre autres, des maquettes, des simulations et des photomontages depuis différents points de vue. Nous avons demandé ces documents sans succès! Un pool d’experts a été créé. Il ne s’est jamais penché sur Malley.

A. G.: La «stratégie tours» a été respectée! Même s’il ne s’agit que d’un outil d’aide à la décision, contrairement à ce que vous avancez. Malley-Gare n’a pas à être soumis au pool d’experts. D’abord, ce pool n’avait pas encore été créé. Et ensuite, le plan de quartier a déjà été soumis à un jury d’experts dans le cadre du concours d’urbanisme. Par contre, le futur plan de quartier Malley-Viaduc et ses deux tours seront soumis au pool d’experts.

Autre sujet sensible: l’avenue du Chablais est déjà saturée. Cela va-t-il encore empirer?

A. G.:Le trafic augmentera de 18%, mais les solutions sont prêtes. Le trafic qui converge vers Malley est un trafic de transit. La Confédération vient de débloquer des fonds qui permettront de l’alléger de 50% en créant trois sorties autoroutières qui vont remédier à cette convergence. Cela permettra aussi d’absorber le surplus de trafic dû au nouveau quartier.

J.-C. P.: Nous contestons cette analyse. L’autoroute de contournement est déjà saturée et en travaux permanents. Je ne vois pas comment elle pourrait décharger miraculeusement l’avenue du Chablais. En plus, il n’y a pas qu’à Malley que la population va augmenter, mais dans tout l’Ouest lausannois. Nous demandons des études de trafic globales depuis un an, sans les obtenir.

Vous répétez que les citoyens ne sont pas assez écoutés. Comment faire mieux?

J.-C. P. : On pourrait créer des groupes de travail pour faire converger les idées de la Municipalité et de la population dans le développement d’un projet. A Malley, les démarches participatives ont été des alibis. On a organisé des tables rondes, mais à côté des experts et des urbanistes, il n’y avait qu’une poignée de citoyens dans l’assistance. Ce fameux bouquet de tours, on n’a jamais voulu le présenter clairement à la population. La maquette du quartier est exposée au centre commercial de Prilly depuis à peine quelques jours!

A. G.: On peut toujours faire plus et Monsieur Péclet a de belles idées. Mais on oublie qu’il existe un processus démocratique, qui passe notamment par le Conseil communal, et qu’il a été suivi de A à Z depuis dix ans. Depuis le début, le projet a été développé en toute transparence. Nous ne pouvons pas non plus aller chercher les gens un par un pour les informer.

Si ce projet essuie un non dans les urnes, qu’imaginez-vous à la place?

J.-C. P.: Je ne nie pas qu’il faut densifier Malley. Il y a des choses à conserver, l’implantation des constructions à Malley-Gare est assez logique. Mais ce socle, lui-même massif avec des émergences à treize niveaux, devra être redimensionné à la baisse.

A. G.: J’espère bien que le projet va passer. Mais si ce n’est pas le cas, il va falloir revoir toutes les conventions passées avec les propriétaires, remettre beaucoup de gens autour de la table. Après tout ce qu’on a fait jusqu’ici, un rejet serait simplement incroyable.

(24 heures)

Créé: 19.11.2016, 08h16

«On peine à comprendre pourquoi il faut absolument construire ces tours», Jean-Claude Péclet, Président de l’association Avenir Malley

«Après tout ce qu’on a fait jusqu’ici, un rejet serait simplement incroyable», Alain Gillièron, Syndic de Prilly

Dans la campagne, opposants et partisans n’ont pas économisé les coups bas et les tirs à boulets rouges

Sous la pluie battante, les «pro» et les «anti» Malley-Gare profitaient encore une fois du marché, vendredi matin, pour convaincre les indécis. Devant le centre Coop de Prilly, un stand tenu par le camp du oui rivalisait avec deux militantes du non, douchées par l’averse.

Plus high-tech, à l’intérieur du centre commercial, une arcade accueille depuis le début du mois un espace animé par les autorités prilléranes pour défendre le projet de plan de quartier. On y trouve une maquette lumineuse avec les cinq tours, dont deux sont soumises au vote de dimanche prochain. Autre nouveauté que peut découvrir le public, un ordinateur propose une simulation interactive permettant de visualiser les tours depuis n’importe quel point de vue en cliquant sur une carte de la région en trois dimensions.

Après des mois de bataille contre le projet, les militantes de l’association Avenir Malley ne font pas de pronostic sur l’issue du vote. Pour elles, quel que soit le résultat, leur action aura au moins contribué à plus de transparence des autorités. «Sans nous, elles n’auraient pas exposé la maquette et elles n’auraient pas proposé cette simulation», estime Maria Roma, membre du comité d’Avenir Malley. Sur une autre note, elle ajoute toutefois: «Nous pensons qu’il y a eu des abus de pouvoir et de la manipulation dans cette campagne. Par exemple, la Municipalité a réalisé des envois de courriers ciblés en utilisant ses listes d’adresses.»

La lettre en question est parvenue cette semaine aux Prillérans avec des mots très clairs: «Merci de dire ‘OUI’à ce projet très important pour votre ville de Prilly.» La formule n’a pas manqué d’interpeller, notamment une lectrice de 24 heures. Reste que la division Affaires communales et droits politiques du Canton de Vaud ne se prononce pas pour dire si une ligne rouge a été franchie. Elle précise tout juste que la loi vaudoise sur l’exercice des droits politiques «ne contient pas de dispositions relatives aux campagnes en cas de votations ou élections».

Mais les autorités ne sont pas les seules s’être trouvées sur le gril. Lors de la séance d’octobre du Conseil communal de Prilly, le syndic s’était indigné d’un tout-ménage distribué par le Mouvement pour la Défense de Lausanne, une association qui fait campagne aux côtés d’Avenir Malley. Le document avançait que les projets immobiliers de Malley sont une «expression de la banalité du mal», en référence au concept philosophique de Hannah Arendt appliqué au criminel nazi Adolf Eichmann. «Quel rapport avec Malley-Gare?», avait tonné Alain Gillièron, fustigeant un propos «honteux et insultant».

Entre les critiques incisives d’Avenir Malley sur les réseaux sociaux et une nervosité qui n’a fait que croître du côté des autorités, les deux bords s’accordent à regretter la tournure qu’a parfois prise la campagne. Dans le débat organisé par 24 heures, Alain Gillièron et Jean-Claude Péclet n’ont été d’accord que sur un point: ils ne poseraient pas ensemble sur la photo.

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