Le Campus Santé pâtit de mauvais calculs cocasses

Ouest lausannoisUn nonagénaire et un conflit avec Chavannes-près-Renens ont poussé le Canton à adapter et retarder un projet phare.

Le premier coup de pioche du Campus Santé était prévu cette année à Chavannes-près-Renens. Il attendra 2020 au plus tôt.

Le premier coup de pioche du Campus Santé était prévu cette année à Chavannes-près-Renens. Il attendra 2020 au plus tôt. Image: DR

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Le Canton ne manque pas de grands projets d’infrastructure. Et en la matière, les retards au décollage ne sont pas rares. Le Campus Santé fait désormais partie du lot. Début 2016, on présentait le visage de ce futur quartier dédié à la formation des professionnels de la santé. L’architecte choisi, le chantier – devisé à 141 millions de francs – aurait pourtant dû connaître son premier coup de pioche cette année à Chavannes-près-Renens.

L’attente est d’autant plus forte que ce petit campus doit accueillir la Haute École de santé vaudoise (HESAV), aujourd’hui éparpillée sur cinq sites en ville de Lausanne (voir encadré). Il doit aussi comprendre 500 logements étudiants, alors que la HES en offre pour l’instant 160 seulement, et dans les locaux pour le moins vieillissants de la tour de Chantepierre. Finalement, le Campus Santé doit aussi comprendre un centre de formation partagé par l’HESAV, l’École la Source, le CHUV et l’UNIL.

Une maison sur le terrain

Force est de constater que le projet pâtit de contretemps peu ordinaires. Pour expliquer le retard, une drôle de rumeur a couru parmi les étudiants de l'HESAV. Le Canton aurait acheté le terrain, mais ne pourrait rien en faire tant que le locataire d’une petite maison construite sur la parcelle serait toujours en vie. Surprise, cette drôle d’histoire n’est pas un total canular. «Lorsque le Canton a acheté ce terrain il y a plus de vingt ans, la propriété conférait déjà au locataire un droit d’habiter valable jusqu’à son décès», explique ainsi Philippe Pont, chef du Service immeubles, patrimoine et logistique (SIPaL).

Aujourd’hui nonagénaire, le locataire en question est heureusement bien vivant. Le chef du SIPaL souligne toutefois que la situation n’a ni pénalisé ni renchéri le projet de Campus Santé: «Il était clair dès le début que nous ne pourrions pas détruire cette maison quand nous l’aurions décidé. Nous l’avons rappelé lors du concours d’architecture.» Il explique ainsi que la construction s’insérera dans l’un des espaces vides laissés par le projet et fera place à des espaces verts une fois détruite.

Du côté de la Commune, on ne se prive pas d’ironiser: «J’ai signalé au Canton que Chavannes-près-Renens compte plusieurs centenaires, relève le syndic, Jean-Pierre Rochat. Ils étaient loin d’imaginer que la parcelle ne serait pas disponible en temps voulu.» Lui aussi assure que cette histoire n’est pas la cause du retard. En revanche, il y aurait de l’eau dans le gaz entre le Canton et la Commune: depuis des mois, celle-ci refuse de signer une convention qui est pourtant indispensable pour que le Campus Santé puisse aller de l’avant.

La Commune ne signe pas

Mais pourquoi? Selon le syndic, dans une première convention-cadre signée en 2012, le Canton a mis à disposition de la Commune une partie du terrain pour y construire un complexe scolaire. «Il n’y avait pas de détails concernant le prix, mais aujourd’hui, on nous demande 7 millions de francs. Ce n’est pas imaginable.» Pour lui, la Commune est d’autant plus lésée qu’il s’agit de construire un collège pour faire face à l’arrivée de nouveau habitants. «Le Canton veut faire de l’argent comme un promoteur immobilier sur le dos de la Commune!»

«Le Canton travaille avec les deniers publics et se doit d’agir avec parcimonie et équité, défend, quant à lui, Philippe Pont. C’est pourquoi nous recourrons à la Commission cantonale immobilière, une instance indépendante qui définit une fourchette de prix du mètre carré constructible en nous laissant une petite marge de manœuvre. Ce prix fait l’objet d’une convention pour laquelle la Commune tarde à se décider.» Il précise en outre que le montant en discussion est inférieur à 6 millions de francs.

«C’est la première fois que nous rencontrons une difficulté de ce type. Nous cherchons toujours à trouver une issue convenant aux deux parties, mais lorsque nous mettons un terrain à disposition, cela ne veut pas dire que ce sera gratuit. Inversement, si le Canton veut construire sur une parcelle communale, celle-ci n’est jamais cédée gracieusement.»

Aux dernières nouvelles, les fronts n’ont pas bougé malgré une rencontre organisée la semaine dernière. «Nous espérons signer cette convention dans les jours ou les semaines qui viennent, espère Philippe Pont. Cela nous permettra de soumettre la demande de crédit d’ouvrage au Grand Conseil courant 2020 puis de commencer les travaux.» (24 heures)

Créé: 31.10.2018, 07h22

«Plus à une année près»

«Nous ne sommes plus à une année près», philosophe Inka Moritz, directrice de l’HESAV. «Nous visons une ouverture en 2022 ou 2023», avance-t-elle, tout en assurant notamment que l’attente n’a en rien remis en question le partenariat entre l’HESAV, l’École La Source, l’UNIL et le CHUV.

La directrice souligne en outre que l’installation de l’HESAV sur le Campus Santé implique plus qu’un simple déménagement, même si pas moins de 1700 étudiants devront faire leur rentrée à Chavannes-près-Renens. «C’est tout un processus qui vise à faire de nous la haute école vaudoise des professionnels de la Santé.»

En attendant que les bâtiments se construisent, l’école a ainsi plusieurs chantiers en cours, notamment préparer le regroupement sur un seul site des diverses filières de l’école, mais aussi organiser sa recherche académique en pôles afin de la renforcer et la faire mieux connaître.

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