Le Canton accentue la pression sur Thévenaz-Leduc

IncendieJacqueline de Quattro s'est rendue sur place. L’entreprise d’Ecublens, théâtre d’un brasier début décembre, n’a plus le droit à l’erreur. La Commune, elle, veut lui voir les talons.

Lors de sa visite ce jeudi sur le site de Thévenaz-Leduc, à Ecublens, Jacqueline de Quattro a été très claire sur les conditions à remplir ces prochains mois, faute de quoi la décharge sera bouclée.

Lors de sa visite ce jeudi sur le site de Thévenaz-Leduc, à Ecublens, Jacqueline de Quattro a été très claire sur les conditions à remplir ces prochains mois, faute de quoi la décharge sera bouclée. Image: Patrick Martin

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Jacqueline de Quattro, cheffe du Département vaudois du territoire et de l’environnement, s’est invitée ce jeudi, dès potron-minet, sur le site de Thévenaz-Leduc, à Ecublens, là où un gigantesque amas de carcasses de véhicules a pris feu le 3 décembre.

Flanquée notamment de Sylvain Rodriguez, directeur de l’Environnement industriel, urbain et rural, et de Pierre Kaelin, syndic d’Ecublens, et accompagnée par la direction de l’entreprise de démolition, la conseillère d’Etat a commencé sa visite par une inspection de l’endroit où l’incendie s’est produit, toujours occupé, au bord de l’autoroute A1, par des amoncellements de centaines de cadavres de voitures en attente de passer dans un broyeur qui a connu une longue panne.

Après quoi, tout ce petit monde frigorifié s’est assis autour d’une table, dans une ambiance pour le moins tendue. Le discours de Jacqueline de Quattro a été sans ambiguïté: il n’est pas question, pour l’heure, de suspendre l’autorisation cantonale dont l’entreprise bénéficie. Il y a un seul broyeur en Suisse romande, quatre au total en Suisse, et il est exclu d’envisager d’exporter les problèmes ailleurs.

Néanmoins, en attendant les résultats de l’enquête sur les circonstances du sinistre, confiée à la police cantonale, le Canton, qui est aussi l’organe de surveillance, va subordonner cette autorisation à une série de conditions, parmi lesquelles un retour à la normale de l’entreprise.

Surveillance renforcée
Dès lors, le broyeur, qui fonctionne à nouveau depuis quelques jours seulement, doit poursuivre assidûment son travail: le stock de carcasses de voitures, dont deux tas jouxtent la halle centrale de stockage, doit diminuer considérablement d’ici à la fin de l’année. Les voitures entassées au bord de l’autoroute doivent disparaître également, comme l’a demandé l’Office fédéral des routes (OFROU) à Thévenaz-Leduc.

Fin janvier 2015, les stocks doivent être éliminés et, dans l’intervalle, la surveillance du site sera renforcée, tant par des rondes de nuit, par l’installation d’un éclairage permanent et par le recours à une entreprise privée de sécurité. Un nouveau bilan a été agendé au mois de février prochain.

Au cours de l’année qui vient, enfin, le Canton procédera à une analyse approfondie du risque industriel représenté par l’élimination, à Ecublens, des carcasses de voitures. «Si un nouvel incendie d’une telle importance se produit, précise la conseillère d’Etat en aparté, je n’aurai pas d’autre choix que de fermer l’entreprise.»

Dans ses petits souliers, Dario Balmelli, propriétaire du groupe Barec dont dépend Thévenaz-Leduc, n’a pas eu d’autre choix que d’accepter ces exigences, en assurant les représentants des autorités cantonales que le broyeur, qui connaît encore quelques légères défaillances, fonctionne néanmoins de 5 h à 22 h, en principe non-stop, que la majorité de ses collaborateurs ont été d’accord de travailler entre Noël et Nouvel-An, alors que l’entreprise avait prévu de faire le pont, et que les carcasses de voitures – 4500 tonnes parviennent chaque mois à Ecublens – continuent à être soigneusement dépolluées avant de passer dans le broyeur.

Le syndic Pierre Kaelin, sombre et déterminé, n’a pas semblé satisfait de la tournure de la réunion. A ses yeux, comme à ceux de sa population, la coupe est pleine: «D’une part, ce n’est pas le premier sinistre et, d’autre part, on oublie que le Service de défense incendie intervient quatre ou cinq fois par mois sur le site de l’entreprise, a-t-il martelé. Les risques qu’elle représente pour la santé publique et la sécurité sont trop grands: il faut, à long terme, que l’activité consacrée à l’élimination des carcasses de voitures soit définitivement délocalisée.»

Créé: 18.12.2014, 16h00

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Doute sur la pollution

Le gigantesque incendie qui a frappé Thévenaz-Leduc a révélé un problème d’importance. Non seulement le Canton ne dispose que d’une seule station mobile de mesure de qualité de l’air, mais il faut plusieurs heures pour la déplacer et la remettre en service. Du coup, les mesures réalisées à Ecublens et à Chavannes-près-Renens les 3, 4 et 5 décembre ne l’ont sans doute pas été, faute de moyens adéquats, avec toute la précision exigée en pareille circonstance. Sylvain Rodriguez, directeur de l’Environnement industriel, urbain et rural, tient toutefois à se montrer rassurant: «Au cours de la première nuit, nous avons utilisé des appareils de mesure individuels, et je peux vous assurer que nous n’avons pas détecté une concentration dangereuse pour la vie des habitants, dit-il. Le lendemain, nous avons fait appel à l’Institut de médecine du travail, et là nous avons constaté des concentrations de particules fines de 50 à 150 microgrammes par mètre cube, 50 microgrammes étant, il est vrai, la valeur que l’on ne peut dépasser qu’une fois par an. Et le 5 décembre, la baisse enregistrée se poursuivait.»
Sommité en matière de toxicologie, Jacques Diezi, professeur honoraire à l’Université de Lausanne, n’est pas convaincu: «Le communiqué du 4 décembre affirme qu’il n’y a eu «aucune concentration immédiatement dangereuse pour la vie». Soit, mais après? Les autorités ne font pas référence à la phase subaiguë, dans laquelle nous nous trouvons, et qui concerne l’exposition à des produits à plus longue durée de vie, comme les micropolluants. J’aimerais savoir quelles sont les mesures complémentaires prévues par les autorités: pourquoi n’assureraient-elles pas un suivi de la population exposée au nuage toxique?» Karim Boubaker, médecin cantonal, ne l’envisage pas: «L’évaluation du risque que nous avons faite ne l’impose pas: les personnes ont été exposées, pendant un peu plus de vingt-quatre heures, à ce qui s’apparente à un smog, au pic de pollution dans une grande ville, pas davantage, dit-il. En cas d’inquiétude, il faut qu’elles en parlent à leur médecin, qui ne manquera pas de les rassurer.»

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