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Cent mille prières tibétaines ont résonné face aux Alpes

Le centre bouddhiste du Mont-Pèlerin est un bout d’Himalaya en terres vaudoises, rythmé par la vie du monastère et des célébrations qui attirent loin à la ronde.

Du 16 au 24 décembre 2019, le centre de hautes études tibétaines du Mont-Pélerin,  le monastère Rabten Choeling, a fêté le 600e anniversaire de la mort du grand Maître Djé Tsongkhapa Losang Dragpa.
Du 16 au 24 décembre 2019, le centre de hautes études tibétaines du Mont-Pélerin, le monastère Rabten Choeling, a fêté le 600e anniversaire de la mort du grand Maître Djé Tsongkhapa Losang Dragpa.
Chantal Dervey
Dans la salle du temple, les moines et les résidents laïcs du monastère ont récité un total de 100000 prières en tibétain, sous les yeux de fidèles de passage.
Dans la salle du temple, les moines et les résidents laïcs du monastère ont récité un total de 100000 prières en tibétain, sous les yeux de fidèles de passage.
Chantal Dervey
Sur l'esplanade devant le temple, des guirlandes de drapeaux de prière tibétains.
Sur l'esplanade devant le temple, des guirlandes de drapeaux de prière tibétains.
Chantal Dervey
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Sur l’esplanade du temple, des guirlandes de drapeaux de prière s’agitent dans le vent. Les sommets enneigés percent les nuages comme sur le toit du monde. Le chant des moines résonne dans un bourdonnement sourd. Nous sommes au Mont-Pélerin, au centre bouddhiste Rabten Choeling. En pleine période de l’Avent, ce petit bout de Tibet en terres vaudoises célèbre le Ganden Ngamtcheu avec une ferveur particulière. Cet important festival revient chaque année, mais cette fois, cela fait exactement 600 ans que le grand maître Djé Tsongkhapa Losang Dragpa a atteint l’éveil. Sur plusieurs jours, les moines, les résidents laïcs du monastère et les fidèles de passage prononceront 100'000 prières en tibétain pour apaiser les souffrances du monde.

Une vie pour l’étude

Dans la grande salle du temple, l’imposante statue dorée du Bouddha Shakyamuni observe la cérémonie qui vient de commencer à ses pieds et durera tout au long de l’après-midi. Assis au sol devant de petites tables basses, une dizaine de moines et une poignée de nonnes répètent les mêmes paroles à un rythme étourdissant, et n’interrompent leur marathon que pour boire en silence du thé salé au beurre. Le murmure sourd d’une trentaine de laïcs accompagne ce chœur d’hommes et de femmes, reconnaissables à leurs crânes rasés et leurs lourdes robes rouges et jaunes.

Martin Engstler connaît bien le centre pour y avoir vécu les vingt-cinq dernières années de sa vie. Dans le temple, il désigne une statue placée aux côtés du Bouddha derrière une grande vitrine. «Djé Tsongkhapa Losang Dragpa est ce personnage qui porte un bonnet pointu jaune. Il est le fondateur de l’école bouddhiste que nous suivons.» Il explique encore que les victuailles disposées sur deux longues tables sont des offrandes qui accompagnent les prières. Pour l’occasion, plusieurs personnes se sont relayées en cuisine pour préparer 100'000 petits pains pour autant d’invocations.

«C’est en visitant les monastères au Tibet que j’y ai reconnu quelque chose de familier»Martin Engstler, Résident laïc du monastère depuis vingt-cinq ans

Ce cinquantenaire à la voix douce était encore jeune quand il a quitté son Autriche natale pour changer complètement d’existence. Il fait partie de la trentaine de laïcs qui vivent en permanence au centre du Mont-Pèlerin, tout comme les moines, à la différence qu’ils n’ont pas fait vœu de chasteté. Jour après jour, il se consacre à suivre les enseignements dispensés par les maîtres de la communauté. «Je viens d’une famille chrétienne et j’étais pratiquant, mais il me manquait quelque chose», se souvient-il. Le basculement est venu d’un voyage au Tibet, qu’il parcourait alors «pour l’aventure», sans rien connaître du bouddhisme. «C’est en visitant les monastères que j’y ai reconnu quelque chose de familier.»

De la Mongolie à la Russie

Comme Martin Engstler, ceux qui scandent les prières, ou viennent les écouter, sont parfois issus d’horizons qui n’ont rien à voir avec le Tibet. Dans le réfectoire du centre, une femme venue de Zurich explique qu’elle a prévu un séjour d’environ une semaine spécialement pour assister aux célébrations. «J’ai visité plusieurs temples, mais c’est ici que j’ai trouvé un enseignement qui me convient.» Pour cette Malaisienne d’origine chinoise, peu importe que le centre soit de culture tibétaine.

Helmut Gassner, l’un des premiers moines du monastère à sa création en 1977, est un Autrichien qui a découvert le bouddhisme alors qu’il étudiait à Zurich. Il égrène les nationalités qu’il a vues converger au Mont-Pèlerin au fil des années. «Il y a des Tibétains vivant en Suisse, des Français, des Roumains, des Mongols, des Tchèques...» Il glisse que des visiteurs d’Europe de l’Est arrivés récemment sont originaires de Russie, où la religion majoritaire d’une petite république des bords de la mer Caspienne est le bouddhisme tibétain.

Si l’ancrage du bouddhisme en Suisse doit beaucoup à l’accueil de réfugiés dans les années 60, les Tibétains ne se taillent pas la part du lion, ni parmi les visiteurs ni parmi les résidents. En cuisine, Yu Den se raconte un peu tout en préparant des petits pains. Installée à Berne depuis des années avec sa famille, elle est venue vivre au centre dès sa retraite. «Mes enfants? Oui, ils viennent au temple de temps en temps, mais c’est compliqué. Ils travaillent.»

Les maîtres qui dispensent les enseignements, ainsi qu’une partie des moines, ont néanmoins leurs origines au Tibet, comme le directeur du centre, Gonsar Rinpoché. Malade ce jour-là, le trône qu’il occupe en principe dans la salle du temple durant les prières reste vide. Mais un autre trône, un peu plus élevé, lui fait face, occupé par un homme d’une trentaine d’années. Martin Engstler explique cette hiérarchie: «Il est la réincarnation du fondateur du centre, qui était lui-même le maître de Gonsar Rinpoché. Il est destiné à prendre sa suite.» Sur le site internet du centre Rabten Choeling, l’on apprend qu’il a donné ses premiers enseignements au Mont-Pèlerin dès 10 ans. «Je le connais depuis qu’il est tout jeune», sourit Sylvie, une Suissesse vivant au monastère depuis vingt ans. «Il a un savoir impressionnant, mais ça ne l’empêche pas d’avoir des amis et d’aller au cinéma.»

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