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Une centaine d'Africains survivent en communauté à Lausanne

Dans un immeuble squatté à la Blécherette, un collectif de migrants vit l’exil européen entre solidarité, précarité et espoir. Reportage.

«J'ai été renvoyé de Suisse trois fois. Maintenant, je ne sors pas d'ici, de peur d'être arrêté.» Franck*, 34 ans, revient tout juste d'Espagne, où il a été expulsé après un énième séjour en détention, faute de papiers en règle. Cela fait 15 ans qu'il a quitté la Gambie, passant plusieurs années en Espagne entre chômage et logement précaire. «Si quelqu'un ne parvient pas à survivre ici, je ne sais pas où il peut survivre», dit-il de la Suisse. Arrivé en 2012, il a logé en hébergement d'urgence avant de rejoindre le collectif dès sa création, en 2015. «Il n'y a rien de semblable en Espagne. Ici, nous recevons un toit et à manger. Nous en avons besoin.»
«J'ai été renvoyé de Suisse trois fois. Maintenant, je ne sors pas d'ici, de peur d'être arrêté.» Franck*, 34 ans, revient tout juste d'Espagne, où il a été expulsé après un énième séjour en détention, faute de papiers en règle. Cela fait 15 ans qu'il a quitté la Gambie, passant plusieurs années en Espagne entre chômage et logement précaire. «Si quelqu'un ne parvient pas à survivre ici, je ne sais pas où il peut survivre», dit-il de la Suisse. Arrivé en 2012, il a logé en hébergement d'urgence avant de rejoindre le collectif dès sa création, en 2015. «Il n'y a rien de semblable en Espagne. Ici, nous recevons un toit et à manger. Nous en avons besoin.»
Odile Meylan
Fuloo*, 25 ans, a fui le Mali en 2012 lors de l'insurrection des rebelles touaregs. «Bien sûr que j'avais peur de traverser la Méditerranée. Je voulais sauver ma vie, mais il n'y a pas d'autre choix que d'y aller. Il faut être prêt à se sacrifier.» Comme beaucoup d'autres membres de Jean Dutoit, l'Italie lui a donné des papiers, mais aucune opportunité pour survivre. En Suisse, son ordinaire s'est amélioré: «Du moment que vous avez un toit sur la tête, vous pouvez vivre comme un être humain, trouver de quoi manger n'est pas difficile.» Il reste pourtant sans droit de séjour. «Je n'ai peur de rien. Qu'ils m'arrêtent s'ils le veulent. Je n'ai commis aucun crime.»
Fuloo*, 25 ans, a fui le Mali en 2012 lors de l'insurrection des rebelles touaregs. «Bien sûr que j'avais peur de traverser la Méditerranée. Je voulais sauver ma vie, mais il n'y a pas d'autre choix que d'y aller. Il faut être prêt à se sacrifier.» Comme beaucoup d'autres membres de Jean Dutoit, l'Italie lui a donné des papiers, mais aucune opportunité pour survivre. En Suisse, son ordinaire s'est amélioré: «Du moment que vous avez un toit sur la tête, vous pouvez vivre comme un être humain, trouver de quoi manger n'est pas difficile.» Il reste pourtant sans droit de séjour. «Je n'ai peur de rien. Qu'ils m'arrêtent s'ils le veulent. Je n'ai commis aucun crime.»
Odile Meylan
Victime de pressions policières, Nanding*, 25 ans, a fui la Gambie en 2014, sillonné l'Afrique de l'Ouest en quête d'un travail, puis abouti en Libye. «C'est la porte de l'Europe. Dans chaque pays africain où j'ai été, il n'y avait pas de paix. J'ai décidé de passer cette porte.» Aux mains de passeurs, il a fait l'expérience de la séquestration contre rançon avant de faire la traversée vers l'Italie, qui lui donne des papiers: «Le problème, c'est qu'il n'y a nulle part où aller, ni aucun travail pour nous.» Arrivé à Lausanne en quête d'hébergement, il a rapidement rejoint Jean Dutoit: «Ce collectif nous donne un toit. C'est la première priorité pour avoir une dignité.»
Victime de pressions policières, Nanding*, 25 ans, a fui la Gambie en 2014, sillonné l'Afrique de l'Ouest en quête d'un travail, puis abouti en Libye. «C'est la porte de l'Europe. Dans chaque pays africain où j'ai été, il n'y avait pas de paix. J'ai décidé de passer cette porte.» Aux mains de passeurs, il a fait l'expérience de la séquestration contre rançon avant de faire la traversée vers l'Italie, qui lui donne des papiers: «Le problème, c'est qu'il n'y a nulle part où aller, ni aucun travail pour nous.» Arrivé à Lausanne en quête d'hébergement, il a rapidement rejoint Jean Dutoit: «Ce collectif nous donne un toit. C'est la première priorité pour avoir une dignité.»
Odile Meylan
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Au beau milieu d’un quartier résidentiel de Lausanne, l’immeuble passe presque inaperçu. Les stores sont baissés et une vieille banderole pend au coin d’une fenêtre. Située à quelques encablures de la Blécherette, l’adresse paraît délaissée. C’est pourtant loin d’être le cas. Depuis plusieurs mois déjà, une petite communauté s’y est installée. Ils sont une centaine, tous venus d’Afrique de l’Ouest pour vivre leur rêve européen. À Lausanne, ils se sont trouvé à la fois un toit et un réseau de solidarité. «Dans le trois-pièces où je suis, nous pouvons être jusqu’à 13 à cohabiter. Cela dépend des moments.» Franck* pousse la porte d’un des appartements du deuxième étage. Dans le hall aux murs jaunis, un colocataire lui lance un salut, assis sur le coin de son lit. Son espace de vie, il le partage avec une petite épicerie bien ordonnée: des bouteilles de soda par dizaines et des conserves alignées sur les étagères. À tous les étages, des rythmes africains s’échappent de derrière les portes. C’est le début de l’après-midi. D’un appartement à l’autre, des groupes de jeunes hommes laissent couler le temps, rassemblés dans les chambres ou les salles de séjour. Ils sont originaires de Gambie, du Nigeria, ou encore du Mali. Tous sont membres du Collectif Jean Dutoit, qui rassemble les migrants locataires du squat ainsi qu’une poignée de personnes de la région, qui les soutiennent et militent en faveur de leur cause.

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