La centrale téléphonique des guérisseurs a raccroché

CHUVOn appelait l'hôpital pour obtenir des contacts de coupeurs de feu. Il ne répond plus à ces demandes

«Nous recevions de nombreux appels directement aux soins intensifs. Nous avons été obligés de dire stop», explique la professeure Mette M Berger, coordinatrice des Brûlés au  Service de Médecine Intensive Adulte & Brûlés du CHUV.

«Nous recevions de nombreux appels directement aux soins intensifs. Nous avons été obligés de dire stop», explique la professeure Mette M Berger, coordinatrice des Brûlés au Service de Médecine Intensive Adulte & Brûlés du CHUV. Image: FLORIAN CELLA - A

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En 2008, la parution du premier guide des guérisseurs de Suisse romande braquait les projecteurs sur les faiseurs de secrets. Il était déjà de notoriété publique que le Centre des brûlés du CHUV disposait du numéro de quelques coupeurs de feu, censés aider à guérir et soulager la douleur à distance, par la prière.

Au fil des ans, les gens ont pris l’habitude d’appeler le CHUV pour obtenir leurs coordonnées. Une publicité dont l’hôpital se serait bien passé. En 2011, face à la fréquence des demandes, décision a été prise de ne plus y répondre. «Nous recevions de nombreux appels directement aux soins intensifs, raconte la professeure Mette Berger, coordinatrice au sein du Service de médecine intensive adultes et brûlés. Nous avons été obligés de dire stop. Il ne s’agit pas du tout d’un rejet, mais fournir ces listes ne fait pas partie de la mission du CHUV. Elles sont accessibles sur le web.»

Elle explique qu’aujourd’hui «les appels externes aux soins intensifs sont refusés, pour nous permettre de soigner nos patients critiques sans distraction.»

Question d’éthique

Répondre à ce genre de demandes n’est pas anodin, insiste la médecin. «Cela implique de prendre du temps et de poser des questions en lien avec la sévérité de l’accident. L’état de la personne nécessite-t-il qu’elle se rende à l’hôpital? Est-ce approprié de demander le secret? Les soignants sont auprès des patients et ce n’est pas leur mission de s’occuper de personnes à l’extérieur. Il y a aussi la question du guérisseur à qui on l’adresse. Comment valider ce contact que l’on donne? C’est du spirituel. Aucun contrôle qualité n’est possible. En donnant un nom, nous engageons notre responsabilité. Il y a donc une question d’éthique.»

La professeure rapporte aussi que, parfois, les collaborateurs qui prenaient ce type d’appels n’étaient pas des soignants et donc pas compétents pour y répondre. D’autres se disaient gênés par ces demandes. «Nos équipes viennent d’horizons et de cultures très différentes. Certains collaborateurs pourraient être choqués par cette culture locale du secret, voire y être opposés. Il faut protéger le personnel face à des situations qui ne relèvent pas de leur mission et qui peuvent les mettre mal à l’aise.»

Pour autant, le CHUV continue de tenir à disposition des patients et de leurs proches une liste de noms, transmise sur leur demande uniquement. Ce document a migré des soins intensifs au standard de chirurgie plastique et de chirurgie pédiatrique.

Sur le fond, la professeure Berger se dit incapable d’estimer si le recours aux guérisseurs s’est révélé efficace pour les patients hospitalisés dans son service. «Nous ne tenons pas de statistiques à ce sujet. Mais j’ai pu observer que les proches qui faisaient cette démarche se sentaient mieux, car ils aidaient. À titre personnel, je répondrai toujours favorablement à ce genre de demande. Je suis de culture chrétienne et, pour moi, prier ne peut pas faire de mal.»

«Ouverture et tolérance»

Par le passé, cette pratique a fait des vagues. En 2005, le CHUV a dû s’expliquer sur l’usage du secret au Centre des brûlés. L’occasion, pour les médecins, de préciser que les traitements délivrés sont protocolés et nullement influencés par les pratiques des guérisseurs.

«Mais que faire face à la demande des proches sollicitant l’intervention d’un guérisseur possédant le secret? s’interrogeaient à l’époque les spécialistes dans un article du «Courrier du médecin vaudois». Les équipes ont choisi la tolérance et l’ouverture. En pratique, cela signifie que nous mettons à la disposition des familles demandeuses une liste de numéros de téléphone. Il faut cependant souligner que ces demandes sont rares.» (24 heures)

Créé: 01.05.2019, 06h53

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