Le chemin de croix d’une Lausannoise pour se loger

HandicapAnne-Claude Gyger doit refaire ses cartons et ne sait pas où aller. Elle cherche un logement depuis six ans, désespérément.

Dans un mois tout juste, Anne-Claude Gyger devra quitter l’appartement qu’elle sous-loue au chemin du Devin 57.

Dans un mois tout juste, Anne-Claude Gyger devra quitter l’appartement qu’elle sous-loue au chemin du Devin 57. Image: ODILE MEYLAN

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«Je cherche un appartement à Lausanne depuis 2013… six ans d’échecs, de souffrance et d’indifférence.» Anne-Claude Gyger (35 ans) n’aura plus d’appartement dans un mois. Elle doit quitter celui qu’elle occupait en sous-location depuis l’été dernier au chemin du Devin 57. Le locataire officiel de l’appartement ayant dénoncé son bail, la régie n’est pas entrée en matière pour le louer à Anne-Claude Gyger. «Je suis certaine que c’est parce que je suis handicapée. La personne qui est venue faire l’état des lieux, il y a quelques semaines, a hésité à me serrer la main comme si j’allais lui transférer mon handicap.» Elle a appris que l’appartement allait être loué à une autre personne en septembre, après une phase de travaux.

«Vu les garanties qu’elle présente, c’est bizarre que la régie ne soit pas entrée en matière»

Pour Anne-Claude Gyger, c’est le retour à la case départ. L’exil, de solutions transitoires en hébergements de fortune, sans jamais avoir de chez-soi. Victime d’une attaque cérébrale «qui a brisé sa vie» à Noël 2011, cette Vaudoise touche l’assurance invalidité. «Je peux marcher grâce à une prothèse, mais je ne pourrais pas vivre dans un logement une pièce. Comme je suis hémophile, je ne peux pas sortir lors des grandes chaleurs ni quand il fait trop froid. Les associations d’aide pour les handicapés ne m’ont proposé que des studios, ce n’est pas assez. J’ai besoin d’espace et d’un petit atelier.» La régie lui a répondu qu’elle n’était pas solvable. «Faux, dit-elle, j’ai toujours payé ma sous-location sans retard, je n’ai pas de poursuites et j’ai les garanties nécessaires.»

«C’est très dur»

Que faire dans une telle situation? «Légalement on ne peut rien faire de concret pour aider Mme Gyger», regrette la conseillère nationale Brigitte Crottaz (PS), qui s’est penchée sur son cas. «Vu les garanties qu’elle présente, c’est bizarre que la régie ne soit pas entrée en matière, mais la sous-location ne donne aucun droit. J’ai consulté l’Asloca, qui me l’a confirmé. Je comprends que Mme Gyger se sente victime d’une injustice; c’est très dur pour elle.»

Pour l’avocat et député Jean-Michel Dolivo (SolidaritéS), «la situation du logement dans l’arc lémanique est difficile, par conséquent des personnes plus démunies peuvent être facilement discriminées à cause de leur handicap, de leurs origines ou de leur âge». Mais lui aussi, après étude du dossier, ne voit pas de moyen juridique pour aider Anne-Claude Gyger. «Il reste à en parler pour trouver une solution.»

Nombreuses demandes

La situation d’Anne-Claude Gyger est symptomatique «d’une frange de locataires en difficulté», observe Nadège Simon, cheffe du Service du logement de la Ville de Lausanne. Sans se prononcer sur ce cas, qu’elle ne connaît pas, elle rappelle que la Ville reçoit chaque année quelque 2500 demandes pour des logements subventionnés, soit cinq fois plus que le nombre d’appartements qui se libèrent. «La demande dépasse de loin l’offre.» Anne-Claude Gyger espère pouvoir en trouver un dans les trente jours. «Je ne sais plus quoi faire.»

Créé: 30.06.2019, 19h26

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