A Chexbres, les requérants émeuvent la population

AsileDepuis l’ouverture en décembre d’un abri pour 70 jeunes requérants d’asile, plus de 50 bénévoles se sont mobilisés

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Huit heures, mardi matin, devant le Collège de Praz-Routoz, à Chexbres. Des écoliers jouent au foot, crient, rigolent en attendant la sonnerie. Sous leurs pieds, un autre monde se réveille. Depuis le 22 décembre, une septantaine de requérants d’asile passent la nuit dans l’abri PCi situé sous la salle de gym, réquisitionné par l’EVAM (Etablissement vaudois d’accueil des migrants).

«Tout s’est fait en catastrophe (ndlr: l’EVAM compte 473 nouvelles arrivées en novembre contre 48 en avril 2015, d’où la réquisition en urgence de plusieurs abris), mais cela se passe bien, indique le syndic, Jean-Michel Conne. Des habitants me demandent même encore à quelle date les requérants arrivent!» Les plus inquiets ont pu venir poser leurs questions début janvier, lors d’une séance d’information menée par l’EVAM et le conseiller d’Etat en charge de l’asile, Philippe Leuba.

Cadre primordial

Il faut croire que les habitants sont sortis rassurés de cette séance. Dès lors, le secrétariat communal a été pris d’assaut par les bonnes âmes qui voulaient aider. Devant cet engouement, le syndic a appelé Eric Bornand, pasteur de la paroisse de Saint-Saphorin, en renfort. Finalement, c’est l’ABRAD (lire ci-contre) qui a pris en charge la coordination des bénévoles, en collaboration avec le pasteur.

Le cadre est primordial. L’EVAM demande aux bénévoles de signer une charte, qui rappelle notamment que la culture du requérant doit être respectée et que le prosélytisme est interdit. «Les bénévoles sont pressés, ils aimeraient intégrer les requérants en quinze jours, leur offrir le même confort que nous, témoigne Eric Bornand. Il faut les protéger contre eux-mêmes.» Le pasteur raconte le cas de ce jeune à qui il a dû expliquer, via deux interprètes de fortune, le concept de non-entrée en matière. «Il a mimé le fait de se trancher les veines. Les bénévoles ne sont pas formés pour accueillir cela.»

En effet, la visite dans l’abri de Chexbres, pourtant un abri «de luxe» destiné à accueillir un hôpital en temps de guerre, ne laisse pas insensible. On y rencontre pêle-mêle 68 destins en attente d’avenir. Ce sont des Afghans (31), mais aussi des Sri Lankais (10), des Syriens (4) et d’autres jeunes hommes d’Afrique et du Proche-Orient. Ils y resteront en moyenne six mois, avec le minimum vital.

En quête d’intégration

Parmi eux, Ali, journaliste irakien. Atteint dans sa santé, il souffre de ne plus écrire depuis qu’il est sur la route et raconte en anglais que sa famille a été exécutée. A côté de lui, Ange explique qu’il serait mort s’il rentrait aujourd’hui à Kinshasa (Congo). «Mais j’y retournerai pour restaurer la démocratie. Ici, je n’ai aucune chance d’être ni ministre ni président.»

Et puis il y a Barry, 18 ans, qui a fui la Guinée-Conakry. Il a enfin trouvé sa terre d’accueil, veut en adopter la religion et se rend au culte à Chexbres le dimanche. «Au Maroc, on m’envoyait dans un coin de la mosquée parce que j’étais Noir. Ici, les gens ne sont pas racistes.» Barry sort de sa poche un billet sur lequel une habitante de Chexbres a inscrit son nom et son numéro. Interdit, il ne sait pas ce qu’il va en faire. Mais le papier, conservé avec ferveur, a la valeur d’un sésame vers l’intégration.

Créé: 03.03.2016, 20h53

«C’est plus fort depuis cet enfant mort sur la plage»

Fausto Berto a créé l’Association des bénévoles auprès des requérants d’asile de l’abri PCi de la Damataire de Pully (ABRAD), à son ouverture en avril 2012. Il est responsable pour la région de Lavaux du programme d’écoute et d’aide Présence et Solidarité, mis en place en 2000 par l’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV). Aujourd’hui, l’ABRAL (Lavaux, pour englober Chexbres) compte plus de cent bénévoles. Cours de français, visite hebdomadaire à l’abri, matinée de foot ou petit-déjeuner grâce aux invendus d’une boulangerie font partie des activités organisées. Elles complètent ce qu’offre l’EVAM, notamment dans sa structure de jour de Crissier, mise à disposition des requérants entre 10h et 18h.

Chexbres et Pully font partie des communes prioritaires pour l’accueil de requérants, dans les tabelles de l’EVAM, vu leur faible proportion d’étrangers. Entre l’ouverture des deux abris, Fausto Berto a observé une différence: «La solidarité est plus forte aujourd’hui. Notamment depuis l’image saisissante de cet enfant mort sur une plage (ndlr: Aylan Kurdi, mort le 2 septembre en Turquie) et de tous ces gens lancés sur les routes.» De son côté, l’EVAM enregistre aussi depuis l’automne des propositions d’aide quotidiennes, auparavant diluées, et assiste à de grands élans de solidarité et à peu de méfiance.

Assemblée générale de l’ABRAD Ma 8 mars, 20h, Maison de paroisse et des jeunes de Lutry (pl. du Temple 3).

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