«On ne choisit pas de décoller en fonction du paysage»

LausanneResponsable de la Blécherette, Bertrand Mayor précise le point de vue des aviateurs face au vent de contestation des riverains.

La piste de la Blécherette monte en direction du nord. Une dizaine de mètres d’altitude séparent le haut et le bas de cette rampe.

La piste de la Blécherette monte en direction du nord. Une dizaine de mètres d’altitude séparent le haut et le bas de cette rampe. Image: Patrick Martin

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La Municipalité de Lausanne semble s’être ouverte récemment aux plaintes des riverains de l’aéroport de la Blécherette. Les statistiques montrent en effet que les aviateurs sont plus nombreux à décoller vers le sud, vers le Léman, soit en survolant le territoire lausannois, dont la densité d’habitants est supérieure à celle de la campagne, au nord de la piste.

Il n’existe pas de statistique des vents soufflant sur l’aéroport. Mais les courants dominants sont connus: soit ils soufflent du nord-est, soit du sud-ouest. Alors pourquoi privilégier le survol de la ville plutôt que celui de zones moins densément peuplées? Chef de l’aéroport, responsable de la sécurité, Bertrand Mayor répond à nos questions.

Bertrand Mayor
Chef de l’aéroport de la Blécherette




Pourquoi le site de la Blécherette vante-t-il la beauté d’un décollage vers le sud, avec sa vue sur le lac et le vignoble de Lavaux?

C’est une page de présentation de l’aéroport et, vous savez, c’est surtout destiné à faire joli. Dans la réalité, aucun pilote ne choisit de décoller dans une certaine direction pour la vue qu’elle offre.

Les statistiques montrent tout de même que, depuis 2010, davantage de mouvements sont enregistrés au sud de la piste qu’au nord.

Oui mais la vue sur les vignes n’a rien à voir dans cette évolution. Nous avons environ 38'000 mouvements chaque année et on constate qu’environ 55% sont orientés au sud. Il y a deux facteurs essentiels dans cette évolution. D’abord la direction des courants, puisqu’un décollage ne doit se faire que face au vent. Le deuxième facteur est au moins aussi important: à Lausanne, nous avons depuis toujours une piste qui descend du nord au sud. C’est un point essentiel dans le choix de la piste d’envol.

Pour quelle raison?

C’est tout simplement une question de physique. Il y a 10 mètres de différence d’altitude entre l’extrémité nord de la piste et son point le plus bas. Cette pente fait toute la différence puisqu’elle permet aux avions une accélération bien plus performante que s’ils doivent décoller en montée, de surcroît face au vent. C’est particulièrement vrai pour les avions peu puissants ou ceux qui sont chargés.

Mais pourquoi est-on passé d’une époque où l’on décollait plus volontiers vers le nord à une majorité de vols au sud de la piste? Les avions sont-ils moins puissants ou plus chargés qu’il y a dix ans?

Non. En réalité l’écart est de quelques pour cent seulement et l’explication tient, en plus du régime des vents et la pente de la piste, à nos outils statistiques qui ont été affinés au fil des années.

On entend dire que les pilotes ont le choix de la piste de décollage. Qu’en est-il exactement?

C’est vrai, mais beaucoup plus nuancé que cela. Chaque jour, nous choisissons entre la piste 18 (vers le sud) et la 36 (vers le nord) en fonction de la météo. Il n’est pas question de changer de direction toutes les cinq minutes, au bon vouloir des pilotes. Par contre, ils peuvent faire une demande provisoire de décoller au sud afin de profiter de la descente. Cela pour des raisons de sécurité. Par exemple, s’il estime que l’option nord présente un risque supérieur. De plus, en cas d’avarie après le décollage, la déclivité de Lausanne permettrait éventuellement de planer pour tenter un atterrissage d’urgence au sud de la ville. Le nord de la piste ne permet pas cela.

Et l’aéroport ne peut pas s’y opposer?

Nous sommes un aéroport non contrôlé. Nous n’avons pas de tour de contrôle, ni de radar et tout ce que nous pouvons faire, c’est fermer la piste en cas de manque de visibilité. Dans ces conditions, c’est le pilote qui est au final responsable de la sécurité, s’assurer qu’il peut voir et être vu des autres. Les messages radio émis dans le ciel ne sont pas destinés au bureau de la Blécherette mais aux autres pilotes. La sécurité prime et je ne peux pas m’opposer à un décollage sud si les motifs d’un pilote sont justifiés.

Vous n’ignorez pas que Lausanne s’apprête à construire une véritable ville, de plus de 10'000 habitants/emplois, aux Plaines-du-Loup, à deux pas de l’aéroport?

Ce n’est pas un problème nouveau. La Blécherette existe depuis 1903. C’était l’un des tout premiers aérodromes de Suisse et la ville se rapproche constamment de l’aéroport. Les politiques en sont conscients. Ils connaissent le cadastre du bruit que 24 heures a d’ailleurs publié dernièrement. Pour ce qui nous concerne, notre concession de l’Office fédéral de l’aviation civile court jusqu’en 2036, en limitant le nombre de mouvements à 45'000 par an, atterrissages et décollages confondus. Nous avons en outre un droit de superficie sur ce terrain de la Ville. Il court jusqu’en 2069. Jusque-là, les promoteurs et ceux qui viennent habiter à proximité doivent le faire en connaissance de cause. (24 heures)

Créé: 07.05.2017, 08h18

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