Les citoyens de l’Ouest lausannois boudent l’isoloir

CivismeDepuis 2011, le district affiche le plus faible taux de participation aux votations et élections dans le canton. Explications.

Image: Keystone

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Les partis politiques s’en inquiètent depuis des années. Les citoyens suisses sont de moins en moins nombreux à voter. De ce point de vue, les dernières élections cantonales vaudoises, en avril dernier, n’ont pas fait exception, avec un taux de participation d’un peu moins de 41%.

Dans une interpellation récente au Grand Conseil, la députée socialiste de l’Ouest lausannois, Myriam Romano-Malagrifa, a mis le doigt sur un autre phénomène: avec une participation de 36,52%, son district a affiché le plus mauvais score de tout le canton. «Ce chiffre confirme ce que l’on soupçonnait déjà», commente l’élue, qui a demandé au Conseil d’État de livrer son analyse. Elle ne croit pas si bien dire. En effet, selon Statistique Vaud, qui réalise des pointages annuels lors de scrutins importants, cela fait depuis 2011 que les citoyens de l’Ouest lausannois sont systématiquement les moins zélés dans l’isoloir.

Ville contre village

Comment l’expliquer? Politologue à l’UNIL, René Knüsel commence par nuancer, relevant que la participation de l’Ouest lausannois est certes la plus basse, mais pas massivement par rapport à d’autres districts vaudois. De fait, avec des taux de 37,77% à Lausanne et de 38,31% dans la Broye-Vully lors des dernières cantonales, d’autres régions peuvent prétendre au bonnet d’âne.

L’Ouest lausannois a toutefois des caractéristiques qui le distinguent, et notamment le poids de Renens dans le taux de participation du district. Lors des cantonales de 2017, avec Chavannes-près-Renens (32%), le chef-lieu a en effet affiché le plus faible taux de participation des huit communes (34%). Ayant la plus forte population, Renens emmène la statistique du district vers le bas, même si un petit village comme Saint-Sulpice est beaucoup plus assidu dans les bureaux de vote, avec une participation de 48%.

«Avec plus de 20 000 habitants, Renens est une commune où l’on se connaît moins. Il est plus difficile de susciter une mobilisation politique et sociale que dans une petite localité», remarque René Knüsel. Le professeur relève aussi qu’un faible taux de participation entraîne généralement une concentration des votants autour des élus: «Plus le débat politique se fait dans des cercles restreints, moins les gens se reconnaissent dans les votes.»

Trop de mobilité

Dans les statistiques du canton, les scores de l’Ouest lausannois tranchent avec ceux de Lavaux-Oron, qui affiche régulièrement les plus forts taux de participation. Lors des dernières cantonales, ses citoyens ont été plus de 45% à se déplacer. «Globalement, on a là une culture politique assez rurale, qui repose sur une population bien ancrée dans le district, analyse René Knüsel. Les gens qui s’y installent sont eux aussi plus stables, car ils ne choisissent pas la région pour y faire leurs études ou pour y trouver un logement bon marché.»

La situation est bien différente dans des communes d’agglomération de l’Ouest lausannois. «Il y a pas mal de mouvement dans la population, et pourtant, jusqu’à ce que les gens s’identifient et se sentent concernés, cela peut prendre du temps», observe Germain Schaffner. Élu au Communal d’Écublens, il a coordonné la campagne du Parti socialiste dans le district lors des cantonales et en garde un souvenir mitigé: «On a bien senti une certaine démobilisation.»

«Écart grandissant»

Municipal à Bussigny, Jean-Daniel Lüthi, qui a coordonné la campagne du PLR, dresse un constat encore plus lapidaire: «Il y a un écart grandissant entre le citoyen moyen et les acteurs politiques.» Pour lui, dans l’Ouest lausannois, une partie de l’explication se trouve dans l’urbanisation que connaît la région: «Du moment qu’on est en plein développement, les politiques sont mal aimés. Des communes comme Bussigny répondent à un besoin réel de créer des logements et de densifier des zones pour accueillir de nouvelles industries, mais cela crée une incompréhension chez les citoyens. C’est un thème qui est revenu régulièrement dans les conversations.»

Créé: 23.11.2017, 15h52

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