Un coffret pour comprendre le Dézaley en dix millésimes

DégustationLes Frères Dubois proposent un coffret de leur Dézaley haut de gamme de 2006 à 2015. L’occasion d’admirer son art du vieillissement.

Grégoire et Frédéric Dubois dans leurs vignes de la Tour de Marsens, en Dézaley, où ils élaborent une partie de la vendange dans une cuvée particulière. Les 2006 à 2015 se trouvent dans leur coffret Verticale.

Grégoire et Frédéric Dubois dans leurs vignes de la Tour de Marsens, en Dézaley, où ils élaborent une partie de la vendange dans une cuvée particulière. Les 2006 à 2015 se trouvent dans leur coffret Verticale. Image: PATRICK MARTIN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Il y a toujours un mystère dans les grands vins. «On ne sait toujours pas pourquoi certains mariages entre un cépage et un terroir donnent des couples mythiques. Le chasselas et le Dézaley en forment un, comme le nebbiolo et le Barolo, le sauvignon et le sancerre.» François Murisier, ancien responsable de la viticulture à Changins et ancien président de Vinea, explique que, pour faire un grand vin, il faut «trois conditions: une reconnaissance historique, un maintien de l’excellence même dans les millésimes difficiles et une capacité au vieillissement hors norme.»

L’occasion de vérifier cette dernière est donnée par les Frères Dubois, à Cully, qui vinifient depuis 2000 un Dézaley Marsens de gastronomie, le Vase No 4, qui remporte toujours de beaux prix aux concours auxquels il participe. Ils ont sorti ce jeudi un coffret avec dix millésimes de ce vin, de 2006 à 2015, en cent exemplaires numérotés.

Jeunes et vieux

Les Dubois font figure de nouveaux venus dans ce Lavaux où les vignerons accumulent les générations. L’arrière-grand-père est descendu de Mézières en 1827 pour travailler aux domaines de la Ville de Lausanne avant de racheter à la Tour de Marsens. Le grand-père (et son frère) a vinifié dès 1947. Et il a toujours conservé des bouteilles de son Dézaley. Avec le père, Christian, la tradition a continué. Malgré les difficultés de trésorerie que peut engendrer un tel stock, les fils Frédéric et Grégoire, et leur investisseur Daniel Rey, continuent de mettre de côté un gros contingent de ce Dézaley haut de gamme. Le chiffre est secret mais il avoisinerait le millier de bouteilles annuel et, «on l’augmente plutôt», explique Frédéric.

Chez eux, donc, la vente de vieux millésimes est donc une affaire qui marche. D’autres vignerons le font moins intensément (lire ci-contre). Le tout pour une clientèle de connaisseurs qui sait combien le chasselas, en vieillissant, joue au caméléon pour devenir un vin complexe, structuré, mais qui garde toujours sa fraîcheur.

Le Vase No 4 en tant que tel a commencé avec le millésime 2000, un chasselas parcellaire des plus vieilles vignes en Dézaley, élevé six mois sur lies avec remontage régulier, filtration puis passage de douze mois dans ce grand foudre de 6000 litres vieux de quarante ans.

On commence par le 2014, sauvé de la drosophile après une année chaude. Un nez de tilleul, de miel, encore un peu discret, une bouche en pêche de vigne avant une finale plus exotique. On y retrouve ce qu’on ne cessera de déguster tout au long de la série, ce gras qui enrobe sans adoucir, cette fraîcheur élégante et jamais acide, cette petite amertume finale qui signe les grands chasselas. Le 2013, année difficile, semble presque plus jeune que son cadet, entre thé fumé et acacia, mais il reste droit dans ses bottes, élégant. Le capricieux 2012 hésite entre mangue et épices, minéral, rond, avec une première touche d’arômes tertiaires. Le précoce 2011 l’est moins au nez, où il se montre encore un poil discret, avec des touches d’hydromel et de silex. La bouche est toastée, intense et longue.

Deux grandes années

Arrive ensuite le 2010, né d’une année changeante. Mais quelle jeunesse encore, un vrai gamin qui joue de sa richesse avec légèreté, qui sent les amandes et le pain grillé. Le 2009 est plus évolué, avec des arômes de coing, de miel et une bouche d’une immense complexité. Comme le dit Alexandre Truffer, rédacteur en chef adjoint de «Vinum», «il y a toujours cette cohérence entre le nez et le palais.»

«Quand ils m’ont fait goûter le 2008 à l’époque, avoue Daniel Rey, je m’étais dit que l’année serait à oublier. Mais Christian Dubois m’a dit d’attendre, qu’il serait extraordinaire avec les années.» Il est certes plus mince que d’autres millésimes, avec une touche pétrolée, mais il offre une belle longueur, des touches d’ananas, un caractère. 2007, plus humide, sent les champignons, le sous bois, le curry. La bouche est sèche, fraîche. Et 2006, menacé de pourriture noble, il en tire une amplitude, une race, une structure, avec son côté fruits confits et miel. Et on finit par 2015, «selon la tradition», disent les Dubois. Ou pour garder la surprise de ce grand millésime en devenir, élégant, complexe, fin. On se réjouit déjà de le retrouver dans quinze ans.

Coffret verticale 2006-2015 550?fr. www.lfd.ch

(24 heures)

Créé: 14.09.2018, 18h34

Trouver des vieux chasselas

Les Frères Dubois, donc, commercialisent leurs Dézaley et leurs Epesses (Braise d’Enfer) anciens, avec des tarifs qui tiennent compte de la valeur des millésimes. Comptez par exemple 124 fr. pour un Marsens de l’exceptionnel 1992 mais seulement 70 fr. pour un 1980.

En Dézaley, onze producteurs (donc les Dubois) réunis dans la Baronnie vendent à travers celle-ci des millésimes individuels et des coffrets de leurs vins d’un même millésime reconnu pour son potentiel de vieillissement. Là aussi, les prix vont de 179 fr. pour un 1971 à 34 fr. pour un 2008. Et les coffrets varient, 530 fr. pour 2002 ou 750 fr. pour un riche 2005.

Des vignerons comme Luc Massy, Louis-Philippe Bovard ou Louis Fonjallaz vendent aussi ces vins sans passer par la Baronnie, mais au même prix. Dubois Fils, à Epesses, offre sur son site internet son Dézaley Baronnie 2005 à 49 fr. 50 ou son Epesses Famille du même millésime à 42 fr. 90.

Du côté de la Ville de Lausanne, les vins anciens de ses cinq domaines sont disponibles sur demande pour les particuliers (limités à trois bouteilles) mais leur responsable Tania Gfeller préfère les placer en gastronomie où un sommelier saura les présenter. «On nous demande en général un millésime avant de demander un domaine en particulier:»

Chez Obrist, on conserve et on vend les domaines prestigieux comme le Clos du Rocher, le Château de Vinzel ou la Cure d’Attalens depuis 2011, comme le fait la famille Schenk avec le Château de Châtagneréaz.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Publié le 19 septembre 2018.
(Image: Bénédicte) Plus...