Colère pour un vieux rural rasé au profit d’une Migros

LutryLa destruction d’une batisse inventoriée par l’Etat froisse les voisins, mécontents de voir débarquer le grand distributeur.

La maison de maître restaurée fera face à un bâtiment administratif et commercial, marqué ici par les gabarits.

La maison de maître restaurée fera face à un bâtiment administratif et commercial, marqué ici par les gabarits. Image: Odile Meylan

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Le Domaine de la Bernadaz s’apprête à achever sa mue. Situé à côté de la gare de La Conversion, sur les hauts de Lutry, cet ancien domaine viticole appartenait au préfet de Lavaux, un dénommé Foscale. L’espace de plusieurs milliers de mètres carrés comprenait notamment une maison de maître construite au milieu du XIXe siècle et, juste en face, un rural (photo du bas). Alors que les deux bâtiments étaient inscrits en note 2 à l’inventaire cantonal et qu’ils devaient être préservés, seule la maison a finalement été rénovée. Ses habitants s’en émeuvent aujourd’hui puisque le rural détruit devrait être remplacé par un gros bâtiment administratif et commercial, comprenant une Migros, et actuellement à l’enquête publique.

Image d'archive de l'ancien rural, détruit car délabré et de la maison de maître avant rénovation (derrière). Crédit : Philippe Maeder.

«Nous avons acheté en pensant vivre sur un site privilégié et il se retrouve dégradé, démarre Éric Solovici, l’un des habitants de la maison de maître. L’arrivée d’une Migros fait craindre différentes nuisances: lumineuse à cause de l’enseigne allumée jusqu’à 22 heures, sonore à cause du ballet des voitures et des camions de livraison à l’aube ou encore paysagère et esthétique à cause de l’emprise du futur bâtiment.» Sur place, les gabarits concrétisent déjà l’ampleur du projet (photo du haut).

Un projet aux oubliettes

Ce qui révolte aussi les riverains, en passe de déposer des oppositions, c’est l’abandon d’un premier projet qui intégrait le rural. Il faut rembobiner un peu et se souvenir qu’à la mort du préfet Foscale, le domaine avait été légué par sa famille à la Société vaudoise de la protection des animaux qui l’avait rapidement vendu à un promoteur. Il sera finalement repris par HRS Real Estate, actuellement propriétaire et qui ne souhaite pas s’exprimer à ce stade.

Le premier projet est mis à l’enquête en 2009 et prévoit de faire cohabiter le rural restauré avec un centre médical ou encore une garderie. «Mais rien ne s’est fait et tout à coup, en 2015, c’est la démolition du rural qui a été mise à l’enquête. Le propriétaire était tenu de l’entretenir car il était noté 2 par le Canton, mais rien n’a été entrepris. Sa destruction a permis d’augmenter la surface au sol et le volume constructible pour arriver avec ce nouveau projet», déplore Éric Solovici. Seul le classement oblige «Le propriétaire doit en effet entretenir son bien, confirme Maurice Lovisa, conservateur cantonal des Monuments et sites. Pour les bâtiments classés, le Canton peut subventionner des travaux d’entretien et de mise en valeur, la loi l’autorise aussi à se substituer au propriétaire si le bâtiment est mis en péril. Seul un classement en tant que monument historique représente une véritable contrainte au sens légal.» Or le rural, comme la maison, n’était pas classé mais simplement inventorié en note 2 qui qualifie un objet d’intérêt régional. Cette inscription à l’inventaire permet de veiller à la conservation d’un bien en imposant au propriétaire d’annoncer tous les travaux envisagés.

Pourquoi n’avoir pas classé le rural de la Bernadaz? «La section sauvegarde évalue la pertinence d’un éventuel classement pour sauvegarder un objet qui risque d’être démoli. Le préavis du 14 juillet 2017 portant sur les nouvelles constructions envisagées mentionne que le rural était en très mauvais état», répond Maurice Lovisa. Sa démolition a donc été autorisée en 2015.

Menacé depuis des années

«À une époque, la conservatrice Michèle Antipas a mis toute son énergie pour sauver les deux bâtiments, tient à rappeler Éric Solovici. C’était possible. La maison de maître a été transformée, pourtant les façades ont été conservées, la surface des balcons préservée et les angles en briques restaurés à l’identique.»

«La destruction d’un édifice comportant une valeur patrimoniale est toujours regrettable, admet Maurice Lovisa. Une pesée d’intérêt doit être faite entre l’état de conservation et la valeur de l’objet patrimonial, les coûts de restauration et la nouvelle construction proposée.» Les voisins ne sont pas convaincus. «C’était une propriété viticole vaudoise pour laquelle les Monuments et sites s’étaient engagés, mais les intérêts économiques ont été privilégiés par rapport aux intérêts culturels», conclut Éric Solovici.

Créé: 10.01.2019, 07h17

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