Le colosse a transformé son corps pour sortir du moule

PortraitStéphane Grand ne passe pas inaperçu avec son look maori. Le musculeux guitariste au look maori, qui sort un nouvel album avec son groupe, Science Of Disorder.

Image: Christian Brun

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On lui fait régulièrement la remarque: «J’aimerais pas prendre une claque!» À écouter le colosse dégainer les anecdotes, sourire aux lèvres, la perspective d’une mandale semble peu probable. Notre interlocuteur confirme: «Si tu ne me donnes pas de raison de t’en donner, faut pas avoir peur!» Même dans le décor de cette pizzeria de Romanel-sur-Lausanne où le bonhomme a ses habitudes, Stéphane Grand ne passe pas inaperçu. Biceps comme des cuisses, striés de tatouages qui se prolongent jusque sur son crâne rasé: comme look, on fait plus passe-partout.

Les noctambules l’ont forcément remarqué, lui qui a été videur au D! ou aux Docks. Les fidèles des sketches de 26 minutes aussi: il y campe occasionnellement une brute sans cervelle. Mais le plus souvent, c’est sur une scène, guitare entre les mains, qu’on peut le croiser.

Son physique hors norme, Stéphane Grand le cultive et le travaille. Il lui vaut davantage de questions que de sarcasmes: «Ça tient sûrement aux choix de mes tatouages, de style polynésien: ils évoquent plus facilement le dernier voyage dans les îles de Monsieur et Madame que le délinquant qui sort de taule. C’est un élément qui facilite le contact.» On lui demande s’il est Polynésien ou Maori… «Je réponds que je suis de Cheseaux.

Personne n’a jamais deviné ma vraie origine: je suis né d’une mère coréenne et d’un père afro-américain.» Quand on lui fait remarquer que son nom colle peu à ces origines, il s’esclaffe: «Ça fait même produit du terroir! J’ai été adopté à l’âge de 13 mois. J’ai aussi une sœur, originaire du Bangladesh. Mes parents étant de Pully, ils n’ont pas vraiment pu nous faire croire que nous étions à 100% à eux! Dès qu’on a été en âge de comprendre, ils nous ont expliqué d’où on venait.» Ce sont eux qui poussent Stéphane à renouer avec sa famille biologique, en 1993. «Un jour, mon père m’a annoncé que Terre des hommes avait retrouvé de la famille à moi.» La nouvelle ne suscite pas un grand enthousiasme: «Je n’y voyais pas beaucoup d’intérêt: mes parents m’avaient donné tout ce dont j’avais besoin. Mais j’ai pris l’adresse qu’on m’a donnée.» Après quelques échanges épistolaires, il décide d’aller voir cette personne à Maastricht. «Arrivé sur le quai, j’ai su que c’était ma sœur… En gros, c’était moi, mais sans moustache et avec des seins.»

Corée, USA, Pays-Bas

Lors de ce voyage, Stéphane découvre non pas une, mais deux sœurs, placées ensemble dans les années 70 dans une famille néerlandaise. En 2004, l’aînée de la fratrie lui propose d’aller rencontrer leur mère en Corée. Hésitant, il s’envole, animé par la curiosité. «Je ne lui en voulais pas. Elle nous avait laissé une lettre nous expliquant pourquoi elle ne nous avait pas élevés. Mon père était militaire; il a été rappelé aux États-Unis. Il a essayé d’épouser ma mère qui a refusé: apparemment, c’était un homme violent. Ma mère s’est dit que si elle voulait un avenir pour nous, elle devait nous laisser partir. Je pense que, pour elle, c’était important de nous voir et de réaliser que nous étions devenus des gens biens.»

Celui qui se décrit comme un adolescent turbulent semble avoir trouvé une stabilité. L’employé de Securitrans a aujourd’hui deux enfants, de 11 ans et de 4 mois, issus de deux relations. «Je ne me voyais pas avoir des enfants. Mais je suis aujourd’hui très complice avec mon aîné, Gael. Et je constate que ce qui était difficile avec lui quand il était bébé me paraît plus évident avec Lenny.»

En marge de sa vie de famille, Stéphane Grand cultive ses passions. La musique y figure en bonne place. Son père, metteur en scène de théâtre, lui a peut-être transmis le virus des arts de la scène. Un cadeau d’anniversaire de ses parents fera le reste: «Je m’étais fabriqué une guitare, avec une règle et des élastiques. Un truc vachement bien! Je la planquais pour que ma mère ne la voie pas. C’était mon univers, je voulais garder ça pour moi. Mais elle a dû la trouver: le jour de mes 14 ans, j’ai reçu ma première guitare.»

L’adolescent prend des cours et se découvre une nouvelle passion. Il fonde son premier groupe, Soulless, en 1989. Puis enchaîne les passages dans des formations reconnues de la sphère metal: Eversince, Furia, Sybreed ou encore MXD (au côté de Duja, le déjanté animateur de la RTS) et «son» groupe, Science Of Disorder, qui a accouché il y a quelques jours de son 2e album.

Narcissisme assumé

Il pratique avec la même opiniâtreté le bodybuilding: «C’est parti tout simplement. Avec un copain, on a réalisé qu’on devenait gros et qu’il fallait faire quelque chose. Je me suis inscrit dans un fitness. Mes potes m’ont dit que je tiendrais six mois. Mon copain a arrêté après trois mois; j’ai continué.» Un jour, de passage dans une autre salle de muscu, il tombe sur un magazine et des clichés de Dorian Yates, une légende du culturisme. «Je me suis dit: c’est ça que je veux faire avec mon corps.»

Thomas Betrisey l’a côtoyé au sein de MXD et de Sybreed et produit le nouvel album de Science Of Disorder. «C’est un excellent musicien. J’ai été bluffé par sa rapidité à apprendre nos titres. Mais c’est surtout un passionné: tout ce qu’il fait, il le vit à fond, comme le bodybuilding. Un type en or, gentil et généreux, pas du genre à se mettre en avant.» Ses passions semblent pourtant dénoter d’un côté narcissique. Stéphane Grand assume. «La plupart des mecs qui font de la muscu ont ce trait de caractère. Au début, je pense que j’aimais aussi qu’on me regarde. Avec l’âge, j’y prête moins attention. Mais toutes les transformations que j’ai fait subir à mon corps ont toutes eu le même but: qu’on me repère, qu’on m’accepte sans que j’aie à me fondre dans un moule. Je me suis fait une gueule et un physique qui font que lorsque tu m’as vu, tu ne m’oublies pas.» (24 heures)

Créé: 05.06.2018, 08h59

Bio

1973 Naissance le 24 février à Séoul. Il est adopté par un couple pulliéran quelques mois plus tard.

1987 Première guitare.

1989 Fin de scolarité – «le soulagement ultime!» – et formation du groupe Soulless.

1993 Rencontre ses deux sœurs biologiques, Eugenie et Ulrike.

2004 Rencontre sa mère biologique en Corée du Sud. Elle est décédée depuis.

2007 Le 6 juillet, naissance de Gael, son premier fils.

2011 Premier album de Science Of Disorder. Le 2e, «Private Hell», vient de sortir.

2014 Le 27 septembre, mariage avec Marie-Anne. Leur premier enfant, Lenny, naît le 25 janvier 2018.

2015 Participations aux championnats suisses Wabba de bodybuilding, avec une 3e place l’année suivante.

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