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Les commerçants baissent le rideau

Petit tour au centre-ville de Lausanne, lundi après-midi, juste après l'annonce de la fermeture des commerces «non essentiels».

Rencontre en ville où les commerçants commencent à fermer boutique.
Rencontre en ville où les commerçants commencent à fermer boutique.
Olivier Vogelsang

La nouvelle était attendue, mais au moment où le couperet tombe, ça fait mal. Comme chez Blondel, au bas de la rue de Bourg à Lausanne, où l’annonce de la fermeture des commerces «non essentiels» jusqu’au 30 avril prochain vient de sonner l’arrêt de mort de plusieurs centaines de lapins en chocolat. Au grand étonnement d’un client distingué à l’accent italien: «Comment? En Suisse, le chocolat n’est pas considéré comme un produit de première nécessité?» Manifestement accro aux oranges confites au chocolat noir, l’homme repart avec une réserve d’un kilo, pour lui et son épouse. Une exception. «Depuis une ou deux semaines, on sent que les gens n’ont plus le cœur à acheter du chocolat, rapporte le maître chocolatier Bastien Thibault. Ils sont occupés à faire des stocks de papier-toilette…»

Luc Polli, patron de Blondel avec son maître chocolatier Bastien Thibault et la responsable de la boutique de la rue de Bourg Katarina Gonçalves: «Nous sommes concernés par les mesures. Le chocolat n'est pas considéré comme un produit de première nécessité, même en période pascale... Je me fais surtout du souci à moyen terme. Comment la clientèle va revenir, est-ce que le tourisme va redémarrer comme avant?» CREDIT: Olivier Vogelsang

Le directeur de la chocolaterie, venait de préparer les documents de réduction du temps de travail pour sa dizaine de collaborateurs; il va devoir tous les mettre au chômage partiel. «Je me fais surtout du souci à moyen terme. Est-ce que la clientèle va revenir, le tourisme redémarrer? C’est ma grosse crainte.»

Telli Bekir, barbier, rue Centrale, Lausanne: «Je ne sais pas si je dois fermer ce soir, si les barbiers sont concernés par cette mesure. Ce n'est pas très clair. Ils disent dix personnes, et j'ai quatre fauteuils... De toute façon, les clients se font rares depuis le début de cette histoire. J'ai mis en congé deux de mes employés.» CREDIT: Olivier Vogelsang

Place Saint-François, les tulipes et les jonquilles exhibent leur air guilleret dans l’indifférence générale. D’ailleurs, la fleuriste a déjà disparu dans l’arrière-boutique, sans doute occupée à organiser la fermeture du magasin.

Agnès Boudry, styliste, Collection 66, Place Benjamin-Constant, Lausanne : «Je me prépare depuis une semaine en voyant ce qui se passe en Italie. Une de mes employées, couturière et modiste, habite en France voisine. Elle travaillera depuis chez elle. J'ai appelé mes couturières en Bulgarie pour leur dire de rester à la maison. On vit un moment extrême, mais j'ai confiance. Je vais en profiter pour faire plus de dessin et de création, m'intérioriser et réfléchir à ce qui est important.» CREDIT: Olivier Vogelsang

Idem pour les enseignes de la rue de Bourg, où les commerçants sont pour la plupart pendus au téléphone. Un peu plus haut, place Benjamin-Constant, la styliste lausannoise Agnès Boudry (Collection 66), s’apprête à fermer boutique: «Je m’y prépare depuis une semaine en voyant ce qui se passe en Italie. On ferme aussi à Rolle et à Genève. Une de mes employées, couturière et modiste, va travailler à distance. Quant à moi, je vais profiter de tout ça pour faire davantage de dessin et de création, réfléchir à ce qui est important.»

Diana Schaller, gérante de l'enseigne biennoise Nile à la rue de Bourg entourée de Vanessa Cruz et Sylvie Vuillamoz: «Toute la collection de printemps est condamnée. Tout ce que vous voyez ici finira dans les soldes. On espère que nos clients nous retrouveront après. Et qu'ils réaliseront le bonheur que c'est de faire du shopping dans de vraies boutiques. C'est aussi ça, la solidarité.» CREDIT: Olivier Vogelsang

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