Contrats suspects pour un chercheur du CHUV

LausanneLe spécialiste en immunologie a été viré avec effet immédiat. Il fait aussi l’objet d’une plainte pénale.

Un spécialiste en immunologie du CHUV a fait verser de l'argent de ses recherches sur un compte privé au lieu de celui de l'établissement hospitalier.

Un spécialiste en immunologie du CHUV a fait verser de l'argent de ses recherches sur un compte privé au lieu de celui de l'établissement hospitalier. Image: Keystone

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Le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) n’est pas seulement un lieu de soins. Des chercheurs y œuvrent dans des laboratoires. Et leurs travaux se déroulent en partie pour des institutions extérieures et des entreprises pharmaceutiques qui signent des contrats avec l’établissement basé à Lausanne.

C’est dans ce contexte que la direction du CHUV a découvert des transactions suspectes il y a huit semaines. Le collaborateur en cause, un cadre moyen, biologiste et chercheur en immunologie, a été licencié avec effet immédiat. «Il a violé les directives sur les contrats, l’enregistrement de brevets et les activités accessoires», explique l’établissement, qui a déposé une plainte pénale et ouvert une enquête administrative.

Les faits remontent à 2010. Le chercheur en cause, un employé de longue date avait passé, en solo, des contrats avec une entreprise du secteur pharmaceutique. Une grande partie de la valeur financière des travaux, facturée au nom du CHUV, a été versée au bon endroit. Une proportion de 10 à 20% de l’argent est toutefois partie vers une destination anormale, sur un compte privé. Le montant qui a ainsi échappé à l’établissement hospitalier est estimé à plusieurs dizaines de milliers de francs.

Par ailleurs, le chercheur avait pris un emploi à temps partiel au sein de l’entreprise pharmaceutique en question. N’avait-il pas le droit d’utiliser son taux de 20% hors du CHUV pour effectuer des travaux ailleurs ou en indépendant? «Il a besoin d’une autorisation pour travailler à côté de son emploi au CHUV en raison des risques de conflit d’intérêts. Or il n’avait pas reçu d’autorisation formelle. En outre, un chercheur n’a pas le droit de signer un contrat seul. Il est aussi étrange que l’entreprise ait accepté de signer le contrat avec un chercheur tout seul», explique Oliver Peters, directeur général adjoint du CHUV.

Entre le moment des faits et la découverte de l’affaire, près de huit années se sont écoulées. Comment est-ce possible? C’est en fait le chercheur lui-même qui a mis récemment les responsables du CHUV sur la piste de son méfait. «Dans le cadre de ses recherches, des demandes de brevet ont été déposées, au nom du chercheur et de l’entreprise pharmaceutique. Il a voulu régulariser la situation avec le CHUV, ce qui nous a intrigués. Nous avons ensuite pu dérouler la pelote», explique Oliver Peters.

Les contrats de recherche passés par le CHUV portent globalement sur un montant de 72 millions selon les chiffres de 2017. La partie dévolue aux entreprises privées est plus difficile à estimer: quelque 7 millions en 2015, 10 millions environ actuellement. Les contrats établis avec des entités extérieures doivent être validés par l’Office de transfert de technologie de l’Université de Lausanne et du CHUV (PACTT, pour Powering Academia-industry Collaborations and Technology Transfer) ou par l’Unité des affaires juridiques. Ils ne sont jamais signés par une seule personne. L’enquête administrative va déterminer s’il existe des failles à combler dans le domaine des contrôles. (24 heures)

Créé: 08.03.2018, 17h23

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