«Crissier n’a jamais eu d’objectif de densification»

Ouest lausannoisUn nouveau plan de quartier suscite des critiques sans précédent contre l’urbanisation de la commune. Le syndic y répond.

Plusieurs jours avant la mise à l’enquête du plan de quartier des Uttins, la Commune a fait installer des gabarits. Les opposants n’ont pas tardé à manifester leur point de vue

Plusieurs jours avant la mise à l’enquête du plan de quartier des Uttins, la Commune a fait installer des gabarits. Les opposants n’ont pas tardé à manifester leur point de vue Image: Philippe Maeder

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La mise à l’enquête du lotissement résidentiel des Uttins a sonné le réveil d’une fronde anti-urbanisation à Crissier. Avec neuf quartiers en projet, la commune pourrait voir sa population augmenter de plus de 40% ces douze prochaines années. Le syndic Stéphane Rezso revient sur les questions qui font grincer des dents.

3800 habitants de plus d’ici 2030. La commune en a-t-elle vraiment besoin?

Crissier n’a besoin de rien. Nous sommes tributaires de la volonté de propriétaires, et nous accompagnons leurs projets, mais nous n’avons jamais eu d’objectifs de développement. Nous sommes en revanche à l’intérieur du périmètre compact d’agglomération, ce qui veut dire qu’il faut densifier, sachant que nous avons beaucoup de terrains à disposition, dont des friches industrielles à requalifier.

Quelles seront les retombées de cette densification?

Pour chaque projet, nous faisons une évaluation afin de savoir si le rapport entre les investissements nécessaires et le bénéfice est intéressant pour la commune. Si un quartier n’est pas planifié avec la juste densité de population, il y a le risque que ce ne soit pas tenable sur le long terme. Ensuite, Crissier a pour particularité d’avoir 9000 emplois pour un peu plus de 8000 habitants. Si les pendulaires trouvent davantage de logements de qualité et abordables près de leur lieu de travail, ils auront tout intérêt à s’installer ici, avec pour effet de diminuer les transits.

Peut-on vraiment réaliser cet équilibre?

C’est vrai que ce n’est pas quelque chose que l’on maîtrise. Mais il faut aussi pouvoir éviter d’être dans une monoculture de surfaces d’activités.

Comment garantir que le trafic ne s’aggrave pas encore?

On ne peut rien garantir du tout. En matière de mobilité, nous avons planifié les axes forts de transports publics, des sorties d’autoroute ou encore une route cantonale, mais tous ces projets attendent encore d’être réalisés. Le tram est symptomatique. Il est attendu par certains quartiers de Crissier, et on n’arrive pas à le construire. Les entrées et sorties d’autoroute d’Écublens et de Chavannes sont aussi très attendues pour désengorger le trafic, mais les travaux ne commenceront pas avant trois ou quatre ans. On a de la peine à réaliser rapidement les infrastructures publiques qu’il nous faut.

Les Uttins sont critiqués pour leurs bâtiments à quatre étages. Pourquoi densifier ainsi près de villas?

Le quartier se trouve d’abord tout près d’axes de transports publics. Ensuite, les parcelles appartiennent au Canton et à la Commune. Nous nous devons d’être exemplaires en proposant du logement à des coûts abordables. Construire des villas serait difficilement justifiable.

Le souci de rentabilité économique pèse-t-il au moment de fixer la densité d’un quartier en projet?

Plus la densité de logement est forte, plus cela satisfait les promoteurs, mais ce n’est pas l’élément déterminant. La Commune intervient pour assurer que le quartier offre une bonne qualité de vie et soit vivant.

Les riverains disent ne pas avoir été consultés. En fait-on assez en la matière à Crissier?

Pour chaque quartier, afin de garantir une certaine qualité, nous imposons aux propriétaires un concours d’urbanisme ou d’architecture. Les différentes étapes du processus sont communiquées à la commission d’urbanisme du Conseil communal. Il faut dire que ces règlements de plans de quartier sont assez complexes. C’est une matière qu’il faut s’approprier. Chaque fois que nous aboutissons à un projet, nous le présentons ensuite à la population.

Les démarches participatives sont en vogue. Pas à Crissier?

Je sais que la nouvelle LPPPL (Ndlr: loi sur préservation et la promotion du parc locatif) qui n’est pas encore en vigueur, impose d’organiser de telles démarches. Mais comment réaliser cela avec des gens qui veulent préserver le statu quo et ne rien construire? C’est le mariage de la carpe et du lapin. Je ne sais pas comment nous allons faire. (24 heures)

Créé: 02.05.2018, 17h30

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Branle-bas de combat des opposants

La Commune avait plutôt bien fait les choses, le 17 avril dernier, en organisant une séance publique sur le projet des Uttins. Celle-ci préludait à la mise à l’enquête du plan de quartier, qui court du 21 avril au 22 mai prochain. De quoi informer en détail la population sur un lotissement conçu pour accueillir quelque 485 habitants et des commerces de proximité. Le conseiller d’État Pascal Broulis représentait le Canton, qui possède une partie des terrains à bâtir, et plusieurs experts se sont relayés pour défendre le plan de quartier. Cerise sur le gâteau, la modération était confiée à un journaliste de la RTS qui a ouvert la séance en promettant «un réel débat démocratique».

Les opposants au projet n’en ont pas moins donné de la voix, poussant des huées et interpellant à plusieurs reprises le syndic Stéphane Rezso sur les questions qui fâchent. En ligne de mire figurent en particulier la hauteur des bâtiments et la crainte de voir la circulation augmenter aux alentours. Au fil d’une soirée animée, les riverains sont allés jusqu’à faire une offre d’achat d’une partie des terrains de la commune. Depuis cette séance, les opposants aux Uttins ont annoncé la création d’une association pour «modérer la densification et la croissance de la commune». Ils ont également lancé une pétition demandant entre autres de limiter l’augmentation de la population à 2,5% ou à 200 habitants par an.

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