Il croit que le monde vaut encore la peine

PortraitLe jeune Vert Ilias Panchard se dépense pour les causes égalitaires locales et à l’international. Adepte de l’écologie positive, il a foi dans l’avenir.

"Au gymnase, les profs prétendaient être neutres, mais j’avais parfois une autre analyse. J’ai aimé débattre et défendre mes points de vue. J’ai découvert que la société est politique." Image: PATRICK MARTIN

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Le grand public commence à connaître ce nom qui s’invite dans les débats ou ose s’opposer frontalement à Daniel Brélaz. À 27 ans, Ilias Panchard a déjà derrière lui huit ans de militantisme, dont le premier accomplissement fut la création d’une association d’entraide pour la scolarisation des enfants du Népal. Lorsqu’il était coprésident des Jeunes Verts suisses, il s’est illustré avec quelques congénères sur la place Fédérale, déguisés en pingouins et en ours pour demander le classement du climat suisse au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Et depuis, il poursuit son parcours de politicien militant qui a même pris le pas sur ses études. Posé, alerte, le jeune homme au physique méditerranéen semble curieux de savoir où va mener notre entretien. Ce sera l’histoire d’un éveil à l’engagement.

Avant d’avoir quinze ans, le jeune Ilias était un garçon comme les autres. À l’école, il fait partie du gros de la troupe, «surtout intéressé par la récré». Mais les ferments familiaux font peu à peu lever en lui le germe du combat. Son père, monteur électricien originaire du Valais, est un ancien objecteur de conscience. Sa mère, algérienne de parents berbère et kabyle, vient d’une famille «de la ligne Aït Ahmed», du chef historique de la lutte pour l’indépendance.

«Au gymnase, les profs prétendaient être neutres, mais j’avais parfois une autre analyse. J’ai aimé débattre et défendre mes points de vue. J’ai découvert que la société est politique»

Attablé dans une arrière-salle de l’Alliance Sud (groupe de réflexion des organisations pour le développement), Ilias Panchard raconte comment il s’est ouvert, adolescent, à la conscience du monde. Au cours d’histoire, au gymnase, la classe lit des articles du «Courrier international»: «Les profs prétendaient être neutres, mais j’avais parfois une autre analyse. J’ai aimé débattre et défendre mes points de vue. J’ai découvert que la société est politique.»

Commence alors un intérêt pour la lecture. Il s’occupe du budget du gymnase pour les livres de la bibliothèque. Il fait des propositions, pense à l’écologie, à Jean Ziegler, l’une de ses idoles avec Anne-Catherine Menétrey, dont il a lu le dernier livre «Mourir debout» en une nuit.

Dans sa famille, son père est converti à l’islam. Les enfants sont musulmans eux aussi. «Mes parents pratiquent, complète Ilias Panchard. C’est un islam de la branche soufie, libre et spirituelle. Ça a été assez présent dans notre éducation.» Il pratiquera jusqu’à 18 ans, avant de se «poser des questions». Aujourd’hui, il ne renie pourtant pas sa religion.

Après une année en sciences de l’environnement à l’EPFL, il échoue. Il se relance pour refaire l’année, mais s’interrompt et part au service civil. Il bifurquera plus tard en sciences politiques, le temps d’un semestre. Mais il finit par décrocher, préférant s’engager à fond dans la politique concrète. «Les campagnes, c’est une formation en continu», estime-t-il. Il les enchaîne. L’initiative fédérale sur l’harmonisation des bourses d’études, celle contre l’obligation de servir ou encore celle sur le Gripen («la plus intéressante du point de vue stratégique») ou encore sur la sortie programmée du nucléaire: ces combats lui mettent le pied à l’étrier.

L’impact de la précarité

Ilias Panchard se dit allergique aux inégalités. Son profil «internationaliste de gauche», comme le décrit un collègue de droite au Conseil communal de Lausanne, s’enrichit au fil des ans. Sa fibre sociale va en outre prendre de l’épaisseur lors de son service civil.

À Eben-Hézer, il prodigue des soins aux usagers. Il les lave, les soigne, les aide à se déplacer: «C’était des grosses journées. Mais on s’entendait très bien dans l’équipe.» Il y a eu aussi la construction de murs en pierres sèches pour Pro Natura («Un travail très physique!») ou encore le travail comme commis de cuisine pour les crèches. Au Service social de la Ville de Genève, il est engagé la nuit dans les abris. «J’ai été à l’accueil des SDF pendant toute une saison.» Là, il prend conscience de l’impact «massif» de la précarité sur la santé des gens: «Ils ont une grosse perte d’espérance de vie, témoigne-t-il. Dormir dehors, ce sont des risques de se faire voler ou d’être interrompu dans son sommeil par la police. C’est un sujet encore délaissé aujourd’hui.»

Au Conseil communal, il met cette expérience à profit, s’engageant pour la cause. Chez les Verts, la Lausannoise Léonore Porchet salue la combativité d’Ilias Panchard: «Il a ses valeurs chevillées au corps, ajoute-t-elle. Il n’a pas peur de prendre des coups. Cela demande du courage et cela mérite du respect.»

Même au sein de sa famille politique, le jeune homme redresse les torts. Pour la campagne du National en vue des élections de ce printemps, il a lancé la charge contre son aîné, Daniel Brélaz, à qui il reproche de s’agripper à son fauteuil de conseiller national. L’occasion rêvée de demander à l’intéressé ce qu’il a pensé de cette audace. Lui en veut-il? «Non, surtout pas! s’exclame l’ancien syndic de Lausanne. Chez les Verts, nous avons parfois des appréciations différentes.» Joignant la parole à l’acte, le «géant vert» salue les qualités de «très gros travailleur» d’Ilias Panchard: «Il soutient de nombreuses causes en étant peu payé.»

Depuis bientôt un an, le jeune homme est marié avec Laura. Elle travaille à Paris pour Zero Waste. Pas de quoi inquiéter le couple: ils se rejoindront. «La priorité c’est d’être là où nous sommes utiles», explique le militant. Lecteur du collapsologue Pablo Servigne, il croit malgré tout dans un avenir fait de solidarité et de partage. Et si possible avec une famille: «Ne pas vouloir d’enfant, ce serait un aveu d’échec face au futur.» (24 Heures)

Créé: 21.05.2019, 09h20

Bio Express

1991 Naît le 21 décembre à Lausanne.

2009 Travail de maturité sur «les contestations politiques lors des Jeux olympiques de Mexico en 1968».

2013 Élu en septembre à la coprésidence des Jeunes Vert-e-s suisses.

2014 En mai, campagne victorieuse contre l’achat des Gripen.

2014 Voyage marquant en Palestine avec des jeunes de toute l’Europe.

2015 Forum social mondial à Tunis, avec des dizaines de milliers d’altermondialistes pour qui «un autre monde est possible!»

2017 Délégation internationale à Ankara, en juillet, pour suivre le procès de Figen Yüksekdag, députée et coprésidente du HDP (gauche, prokurde), poursuivie pour des motifs politiques.

2017 Entre au Conseil communal de Lausanne en octobre.

2018 En août, voyage de noces à vélo, du lac de Constance à l’océan Atlantique (Saint-Nazaire), le long du Rhin, du Doubs et de la Loire.

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