Ils ont la délicate mission de sécuriser les campus

UniversitésEntre gestion de crise, santé au travail, prévention des incendies et lutte contre les délits, les services de sécurité académiques gèrent des territoires grands comme des villes.

Le service de sécurité de l’UNIL a l’obligation légale de former chaque année 5000 personnes aux dangers liés aux incendies. Reportage.
Vidéo: ALINE ECUYER

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En quelques années, avec leurs commerces, leurs restaurants, leurs parkings et leurs logements, les campus des hautes écoles, qui s’étendent désormais sur plus de 200 hectares au bord du lac, sont devenus de véritables villes. Avec 20'000 personnes à l’UNIL et 15'000 à l’EPFL, les deux universités et leurs 35'000 personnes représentent même virtuellement la deuxième ville du canton. Partant, dans de telles proportions, assurer la sécurité, atteignable en composant le 115 sur les deux campus, n’est pas une mince affaire.

«Ici, il n’y a pas un jour de calme. Nous comptons au minimum un accident par jour et l’intervention d’une ambulance par semaine», lâche d’emblée Pascal Baehler. Solide gaillard à la carrure imposante, instructeur fédéral sapeurs-pompiers, barbe fournie, tatouage à un bras et doctorat en biologie en poche, c’est le Monsieur Sécurité de l’UNIL. Mais, sur un campus, comment la sécurité au sens large est-elle gérée? Par qui, avec quels droits et quels moyens? Et quelles sont ses missions?

Entre les petits bobos, les incivilités ou les véritables drames, le Service sécurité, environnement et prévention (UniSEP), que Pascal Baehler a mis sur pied il y a une vingtaine d’années en lui définissant ses tâches, ne chôme pas. Sécurité et santé au travail, sûreté des personnes, identification des dangers, notamment dans les labos de recherche, gestion de la circulation et relation avec les forces de l’ordre, pour n’en citer que quelques-unes, comptent parmi les tâches qui incombent au service. Qui est ainsi chargé d’établir les directives, les règles et les consignes pour assurer la sécurité de milliers de personnes. Son cahier des charges dépasse donc de loin l’anodine traque aux affichages sauvages.

Gérer les premiers instants

Il y a quelques jours, au nord du campus, où UniSEP a son quartier général, Pascal Baheler jette un œil aux nombreux écrans qui retransmettent les images des caméras de vidéosurveillance de l’uni. Sous ses fenêtres, Yvan Burnier, ancien pompier désormais membre du groupe feu d’UniSEP, vient de donner une heure de cours sur les incendies et les explosions à une dizaine de personnes. La petite troupe sort ensuite pour les exercices pratiques, où il s’agit de savoir comment se comporter face aux flammes et d’apprendre à maîtriser un début d’incendie. «Nous avons l’obligation légale de former 5000 personnes par année à la prévention incendie, collaborateurs de l’UNIL et étudiants confondus», explique Pascal Baheler.

À peine le temps de constater qu’en ce début d’après-midi tout est calme que le chef de service adresse un salut de la tête à deux hommes en noir qui passent derrière lui. Talkie-walkie à la main et spray au poivre à la ceinture, ils sont chargés de la sécurité et de la sûreté des personnes et des biens. À pied, en voiture ou à vélo (photo ci-dessous), ils sillonnent les allées de l’alma mater de 5h30 à 23 heures. «Ils n’ont pas le droit de fouiller les gens mais peuvent intervenir, s’ils constatent un flagrant délit de vol par exemple. En attendant l’arrivée de la police, ils ont le droit d’immobiliser l’indélicat pris sur le fait», explique leur chef.

Cette gestion des premiers instants est au cœur de la mission du service, qui compte une petite trentaine de collaborateurs, parmi lesquels des scientifiques, des pompiers, d’anciens flics, des professionnels de la santé et des travailleurs sociaux. Une équipe éclectique qui en dit long sur la variété de ses tâches. «Nous devons assurer les dix à quinze premières minutes avant l’arrivée des secours, pompiers, policiers ou ambulanciers, à qui nous transmettons les cas», ajoute le chef d’un service récemment ébranlé par un drame.

Début mars, ses secouristes ont dû prendre en charge une étudiante violemment fauchée par un parasol. Un accident qui a coûté la vie à la malheureuse. L’enquête étant en cours, Pascal Baheler, dont tous les collaborateurs concernés ont été interrogés, ne s’attardera pas sur le sujet. «Elle était consciente après l’accident, mais présentait des symptômes inquiétants. Nous avons donc tout de suite appelé les secours.»

Le spectre de la fusillade

Pour assurer ces premières minutes aussi délicates que cruciales, les équipes de Pascal Baehler suivent des formations avec des pompiers professionnels, des médecins ou encore des agents de police. Mais UniSEP ne se contente pas de parer au plus pressé. «En 2009, en pleine épidémie de rougeole, nous avons dû vacciner 4000 personnes en trois jours. Quelques années, plus tard, nous avons aidé la police à démanteler des bandes françaises qui volaient des sacs dans les réfectoires», se souvient le chef de service, qui évoque encore les problèmes d’alcool, d’isolement social ou encore la gestion des parkings comme autant de tâches à remplir. Ce dernier point cache une curieuse subtilité, imposant de bien connaître la loi. «L’Université est un territoire privé à usage public. L’institution est donc légitime pour réagir… mais pas partout. Si un véhicule volé est retrouvé sur une place verte, c’est à nous de gérer ça. S’il est en revanche retrouvé sur une place pourvue d’un horodateur, on est sur le domaine public et c’est à la police de s’en charger», sourit Pascal Baehler.

Mais le chef de service de retrouver tout son sérieux lorsqu’on l’interroge sur l’éventualité d’une fusillade telle qu’en ont connu nombre d’universités américaines. «Nous y avons évidemment réfléchi, il y a des procédures.» Lesquelles? Pas de réponse…

Créé: 30.04.2019, 06h44

Fédérale, l’EPFL est soumise à d’autres règles



Sur le campus de l’EPFL, l’organisation de la sécurité et ses missions sont peu ou prou les mêmes qu’à l’UNIL. Les deux établissements, liés à la police cantonale par la même convention, collaborent d’ailleurs étroitement sur ces questions. Mais il est tout de même une différence, et de taille, qui tient au statut fédéral de l’école d’ingénieurs. L’EPFL se trouve sur un site fédéral privé. «À ce titre, si la situation l’exige, la société de sécurité privée que nous engageons et à qui nous fixons un cadre bien précis a le droit de procéder à des contrôles d’identité. Dans les faits, les agents peuvent demander une pièce d’identité, mais en cas de refus ils doivent fait appel à la police», annonce Éric Du Pasquier (en photo ci-dessus), délégué à la sécurité de l’EPFL.

Si les règles en matière de contrôle d’identité ne sont pas encore des plus claires, cet ancien commissaire de police, à la tête du service de sécurité de l’EPFL depuis une dizaine d’années, compte sur la révision de la loi sur les EPF proposée par le Conseil fédéral pour lui conférer une base légale formelle. «Comme la police des transports, notre personnel aurait le droit d’interpeller et de contrôler l’identité de personnes prises en flagrant délit d’actes répréhensibles, mais il ne porterait pas d’arme», poursuit le chef de service, qui a également noté «le changement de dynamique» induit par l’urbanisation croissante du campus. «L’EPFL est devenue une ville. Une situation avec des avantages et des inconvénients, tels que des vols et des incivilités en hausse.» Un phénomène aussi observé sur le campus voisin. Et comme leurs confrères de l’UNIL, les chargés de sécurité de l’EPFL sont aussi formés au feu, aux dangers chimiques ou encore aux premiers secours. «Mais, contrairement à l’Université, nous n’avons pas l’intervention d’une ambulance par semaine. En tout, nous comptons environ 1000 interventions de secours divers par année.»

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