«Un départ dommageable pour l'agriculture vaudoise»

Swiss ExpoLe salon de l'élevage, qui fait défiler depuis 2003 l'avenir des vaches de Suisse et du monde, quitte Beaulieu pour Palexpo, faute de place. La profession est optimiste, mais divisée.

Le canton voit lui échapper une des plus grandes manifestations agricoles de Suisse. La branche est divisée par la nouvelle, rendue inéluctable par la réorientation du palais des expositions de Lausanne.

Le canton voit lui échapper une des plus grandes manifestations agricoles de Suisse. La branche est divisée par la nouvelle, rendue inéluctable par la réorientation du palais des expositions de Lausanne. Image: Keystone

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Tant pis. Les vaches seront tout aussi belles là-bas, et à entendre les éleveurs, ces quelques kilomètres ne changeront pas beaucoup la donne: «Il faudra faire en sorte que les bétaillères évitent les bouchons, c’est tout», sourient-ils. La portée de la décision, par contre, est tout autre.


Lire notre éditorial: La triste fin d’un amour vache


Swiss Expo, ont annoncé mercredi les organisateurs réunis à Bonvillars, quitte le site de Beaulieu Lausanne, où elle se développait depuis 2003. Ce véritable cœur, pendant une semaine, de toute la branche agricole suisse – juste derrière les foires de Berne, de Saint-Gall et de Bâle – est aussi la troisième rencontre mondiale des éleveurs, derrière Toronto (CA) et Madison (USA). Le canton de Vaud perd ainsi une manifestation emblématique du monde agricole – une foire et un concours bovin – au profit de Genève et de Palexpo, où la 24e édition aura donc lieu en janvier prochain. Y sont attendus 400 éleveurs, un millier de vaches et 130 exposants. À Lausanne, 24'000 visiteurs étaient venus en 2018.

Les motifs de ce départ de Beaulieu? Les organisateurs évoquent un site devenu trop exigu, inadapté et difficile d’accès pour le bétail, les exposants, les tracteurs et tout le matériel en démonstration. «Qu’on le veuille ou non, le milieu agricole se déplace encore beaucoup en voiture. Atteindre le centre de Lausanne devenait trop difficile. On doit toujours persuader les visiteurs, et les clients qui laissaient parfois leur exploitation, de faire le déplacement», explique Cédric Russi, directeur commercial romand de l’Union des fédérations agricoles, important participant de Swiss Expo. Si le public suit à Genève, espèrent les professionnels, la manifestation pourra prendre de l’ampleur et diversifier son volet para-agricole.

Aucun avenir à Beaulieu

En réalité, les organisateurs – qui ne cachent pas des relations «parfois difficiles» avec Beaulieu (le contrat avait été interrompu il y a deux ans) – savaient leur salon condamné à plus ou moins long terme. Le site lausannois est en pleine réorganisation et s’oriente sur le sport, la santé et la culture, surtout les congrès et les petites manifestations. Plus question, dans son nouveau modèle économique, de conserver de grandes surfaces inutilisées les trois quarts du temps. «Ce départ est logique eu égard à la mutation que va connaître le site de Beaulieu puisque les halles nord vont être démolies d’ici quelques années pour y développer des activités économiques, confirme Grégoire Junod, syndic de Lausanne et président de la fondation du site. Les travaux du théâtre et du Tribunal arbitral du sport ont sans doute accéléré ce départ. Cela dit, je suis heureux qu’une solution ait pu être trouvée à Palexpo et que cette manifestation importante pour l’agriculture suisse puisse se poursuivre en Suisse romande.»


À lire: Ces petits et grands salons qui fuient Beaulieu


Le déménagement était attendu par de nombreux professionnels: en réalité voilà plus de cinq ans que Swiss Expo cherchait un nouveau point de chute. Le milieu agricole oscille toutefois entre optimisme et résignation: «Au moins la manifestation pourra se développer et ne va pas en Suisse allemande, souligne Jean-Luc Chollet, agriculteur et député UDC lausannois, fervent défenseur de l’événement. Lausanne a fait ce qu’elle pouvait, mais on peut regretter que la Ville n’ait pas mieux perçu la valeur de Swiss Expo en termes d’image.» Même tonalité chez le conseiller national UDC Jean-Pierre Grin, qui parle de nouvelle dommageable pour l’agriculture vaudoise. Depuis son alpage, le président de la Fédération vaudoise des syndicats d’élevage, Daniel Martin, regrette également le départ de la manifestation d’une ville «encore à l’image campagnarde» pour la Cité de Calvin. «Mais restons positifs. La bonne nouvelle, c’est que Swiss Expo reste une manifestation organisée par des professionnels et pour l’agriculture.» Sous-entendu, elle ne deviendra pas un Salon de l’agriculture de Paris.

Nouvelle image

Du côté du Canton, qui a octroyé un soutien de 80'000 francs à la manifestation en 2019 et multiplié les déclarations fortes, le conseiller d’État Philippe Leuba n’a pas pu trouver mercredi le temps de répondre à nos questions. Reste qu’à Palexpo les génisses vont devoir trouver leur place à côté du Salon du livre et celui de l’automobile. Un défi logistique (des délais courts et 40'000 m2 à aménager) ainsi qu’un changement d’image assumé. «On a tout mis sur la table, on a essayé de trouver un concept et un style pour la jeune génération. Il faut rester à la hauteur, être convivial, se maintenir comme l’endroit où les gens du métier, souvent seuls dans leur cuisine, se rencontrent», explique Jacques Rey, président de Swiss Expo. «La Suisse reste un petit marché. En allant à Genève, nous souhaitons nous donner une aura plus internationale, avec un peu plus d’éleveurs étrangers et, surtout, avec plus de marques étrangères.» Au niveau du concours, l’augmentation du cheptel international accroîtra-t-elle la concurrence? «Oui, mais ce sera stimulant et à Palexpo nous pourrons travailler dans de meilleures conditions», se réjouit Alex Barenco, responsable de la génétique à Swissherd­book, plus grande Fédération suisse d’élevage.

À même pas six mois de l’événement, les organisateurs imaginent déjà la suite. «On réfléchit à un forum sur la génomique, on pourrait avoir également plus de place pour la présentation de la culture biologique, poursuit Jacques Rey. On veut donner à l’agriculture la place qui est la sienne.» (24 heures)

Créé: 13.06.2019, 06h45

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