Dernière fresque avant destruction

Art Tami Hopf a achevé mercredi sa grande œuvre murale aux Saugettes, à la gare de Lausanne, dans le cadre du projet «Traces de passages».

L'oeuvre de Tami Hopf a pris forme en trois jours, au ras des quais.

L'oeuvre de Tami Hopf a pris forme en trois jours, au ras des quais. Image: SEBASTIEN FÉVAL

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Vous l’avez peut-être vue apparaître, ces jours-ci, tandis que vous regardiez par la fenêtre du train. Une femme à l’air un peu triste et à la coiffe remplie d’immeubles. La grande fresque réalisée au passage des Saugettes, côté sud des voies à Lausanne, est l’œuvre de Tami Hopf. L’habitante de Vevey venue de São Paulo a passé «en tout cas trente heures» en trois jours sur un monte-charge pour réaliser sa fresque. Son planning originel de cinq jours a été soudainement compressé pour des questions d’autorisations. «Nous avons aussi travaillé beaucoup de nuit, du coup.» Nous, parce que les artistes participant au projet «Traces de passages» sont venus y apporter une touche (lire encadré). «C’était important pour moi d’intégrer les autres. À la base, il était même prévu de faire une fresque collaborative. Mais je suis finalement seule, aussi parce que je suis la plus habituée à ce type de projets.»

Tami Hopf passe plus ou moins la moitié de son temps à tatouer les gens et l’autre à orner des murs. À Lisbonne ou à Montreux. Et maintenant sur un immeuble voué à une démolition prochaine, en raison des travaux d’agrandissement de la gare de Lausanne. «C’est dur, de se dire qu’elle va être détruite, commente l’artiste les yeux levés vers son œuvre. Mais je le sais depuis le début et je voulais rendre hommage à cet immeuble. Je n’ai en tout cas pas voulu la faire moins belle ou moins soignée!» Aucune chance de se dire ça en la voyant. Les détails et la délicatesse du geste ne trompent pas.

Introspection nocturne

Mercredi matin, il restait à lui donner un petit bateau, un nuage et des étoiles. «C’est la nuit, c’est important. Il y a aussi sa position, un peu en introspection.» Tami Hopf a été touchée par le destin de ce bout de ville et de ses habitants. «Il y a la mémoire de ce qu’on vit, ce qu’on laisse, ce qu’on prend avec soi. Trouver une place dans un quartier c’est assez difficile et tellement important. Alors devoir le quitter…»

La date de démolition n’est pas encore fixée et en attendant, des liens continuent de se tisser. «Les voisins ont été super avec nous. Et les gens dans le train nous faisaient signe, prenaient des photos.»

La fresque se fera aussi installation puisqu’une vraie porte a été fixée au dos de la femme peinte. De cette porte, des cordes d’où pendront des tissus peints seront tendues en direction des balcons voisins. Une façon de donner «un avant-goût» de ce que les curieux pourront découvrir dans les appartements. «Il y a ici une énergie bien particulière, dit Tami Hopf. D’habitude, avec des fresques, il y a un truc plus conquérant, qui en impose plus. Mais avec sa destruction certaine, je suis dans quelque chose de plus délicat et nostalgique.»

La belle inconnue n’a pas encore de nom. «L’oiseau s’appelle Cari Cari! Elle, je ne sais pas encore. On va la baptiser tous ensemble. Et quand elle sera détruite, on lui fera un enterrement en venant boire des bières à ses pieds!»

Créé: 28.08.2019, 20h57

30 oeuvres pour faire vivre l’esprit du lieu

Rayures de parquet, brûlures, mur jauni ou décrépi, sols marqués par les déplacements quotidiens… Ces empreintes liées à l’usure et aux habitudes des locataires de la rue du Simplon 26 seront rendues visibles par le collectif Traces de passages dès le 6 septembre. Il s’installe durant deux semaines dans le bâtiment centenaire – essentiellement composé de logements – qui sera démoli d’ici à quelques mois afin de permettre l’aménagement d’une place publique, celle des Saugettes.

«Par ce projet, c’est une réflexion sur la mémoire que nous proposons, avant que les résidants de ce quartier resté populaire ne quittent les lieux sans laisser de trace», explique Sébastien Martinet, habitant de l’immeuble pendant quinze ans. Sous son impulsion le groupe d’artistes s’est constitué au gré des réseaux personnels. Fondé sous sa forme actuelle en 2018 et soutenu financièrement par les pouvoirs publics, il réunit aujourd’hui une trentaine de créateurs de plusieurs générations, aux horizons multiples.

Les différentes interventions artistiques dans l’immeuble comprennent aussi bien des portraits d’une ancienne résidente que des témoignages – parfois fictifs, parfois véritables – narrés par des comédiens sur des faits survenus entre ces murs. Ou encore des installations sur des arbres alentour pour enregistrer les bruits du quartier du Simplon.

Si les créations sont conçues spécifiquement en fonction du lieu, l’idée, quant à elle, n’est pas neuve. On pense notamment à Wunderkammer, collectif curatorial fondé en 2013 et précurseur d’un dialogue éphémère à travers «des œuvres révélatrices de l’histoire d’un lieu», explique Natacha Isoz, l’une des membres de l’équipe. Leur dernier événement avait pris place à la Printanière, sur l’avenue d’Ouchy 51, avec une dizaine d’artistes invités, ainsi qu’une compagnie de théâtre et un ciné-club. Pour Sébastien Martinet, Traces de passages ne s’est pas directement inspiré de la démarche de Wunderkammer mais participe à un mouvement «dans l’air du temps».

À la rue du Simplon 26, l’incarnation de cette tendance qui croise art et architecture est à découvrir sur les 5 étages de l’immeuble. Les visiteurs pourront déambuler librement à travers des expositions, découvrir des cartes postales d’objets du lieu, des projections animées recréant l’appartement dans un univers onirique et même inscrire la trace de leur propre passage. Dans l’appartement No 13, au 1er étage, leurs allées et venues seront observées, répertoriées et gravées dans les matériaux mêmes du logement.

Sabrina Schwob




Traces de passage, rue du Simplon No 26, Lausanne.
Du 7 au 22 septembre (10h-19h), vernissage le 6 septembre, 17h. Entrée libre.
www.tracesdepassages.ch

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