Dix ans de prison pour avoir importé «150'000 rails de poison»

ProcèsUn Nigérian est condamné pour avoir livré des kilos de cocaïne à Lausanne. Il disait chercher des voitures d'occasion.

L'accusation portait sur 22 trajets entre Amsterdam et Lausanne pour un total de 45 kilos de poudre brute.

L'accusation portait sur 22 trajets entre Amsterdam et Lausanne pour un total de 45 kilos de poudre brute. Image: Keystone

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C’était le 22 octobre 2018. À partir de 14h30, une grosse opération antidrogue mobilisait près de 180 policiers dans un squat du Mont-sur-Lausanne où venait de s’installer la centaine de migrants africains du Collectif Jean Dutoit. Quelques heures plus tôt, en lien avec cette affaire, un homme originaire du Nigeria était interpellé sur l’autoroute à proximité d’Yverdon-les-Bains. Sur lui: quatre téléphones portables et 4000 euros.

Jugé cette semaine par le Tribunal criminel de l’arrondissement de Lausanne, ce père de famille de 46 ans vient d’être condamné pour infraction grave à la loi sur les stupéfiants. Il écope de 10 ans de prison et de 15 ans d’expulsion du territoire pour avoir acheminé des dizaines de kilos de cocaïne entre les Pays-Bas et la capitale vaudoise. C’est ce qu’avait requis le Ministère public.

Il lui est reproché 22 trajets entre le 29 avril 2018 et le jour de l’opération policière du 22 octobre 2018, pour un total de 45 kilos de poudre. Celle-ci était livrée à un intermédiaire chargé ensuite d’alimenter les différents grossistes de la région. L’analyse de l’un des échantillons ayant indiqué un taux de pureté moyen de 39,45%, le Ministère public estimait la quantité totale de cocaïne pure à 17,7 kilos.

Le lundi à l’aube

D’après l’accusation, «l’organisation de ce réseau d’approvisionnement était typique des structures dites nigérianes». Rémunéré en moyenne 1850 euros par transport, le prévenu quittait son domicile allemand «à une fréquence hebdomadaire», récupérait la drogue à Amsterdam puis roulait toute la nuit jusqu’en Suisse. Il entrait sur le territoire le lundi à l’aube par la douane «peu surveillée» de Biaufond (NE) et transmettait la drogue à son contact lausannois, généralement entre 5h30 et 6h du matin.

Le prévenu conteste en bloc cette lecture des faits. Mardi, il expliquait au tribunal n’être venu que quelques fois en Suisse, pour son business automobile, dans le but d’inspecter ou d’acquérir «des voitures d’occasion» qu’il aurait ensuite pu envoyer au Nigeria. Ses avocates demandaient d’ailleurs que la plupart des trajets recensés par l’enquête soient écartés «par manque de preuves»: pas identifié sur les écoutes téléphoniques, pas d’ADN sur la drogue, pas en contact avec les trafiquants identifiés comme étant les organisateurs du réseau ou encore bornage du téléphone trop imprécis pour certifier de sa présence sur les lieux des livraisons.

«Notre client admet depuis le début de l’enquête avoir, à trois reprises, transporté des paquets dont il ignorait la contenance pour rendre service à une connaissance. On peut lui reprocher d’avoir été très naïf, mais il ne doit pas porter toute la responsabilité de ce vaste trafic. Il a été utilisé puis remplacé après son arrestation. Celle-ci n’a d’ailleurs pas fait diminuer le trafic à Lausanne, ce qui prouve bien que son rôle était insignifiant.» La défense demandait l’acquittement ou, à défaut, une peine n’excédant pas 3 ans et partiellement couverte par le sursis.

Passages express

En face, le procureur Arnaud Bregnard disait n’avoir «aucun doute sur l’implication du prévenu dans ce trafic», le qualifiant même de «maillon essentiel». Selon lui, avec la quantité livrée, «il est possible de faire 150'000 rails de ce poison» à cause duquel «continuellement, des personnes se retrouvent toxico-dépendantes». Par ailleurs, il estimait qu’il n’était pas envisageable de «rouler plus de dix heures pour venir inspecter un véhicule d’occasion pendant quelques minutes, en pleine nuit et au bord d’une route». Car les investigations ont mis en évidence que l’homme ne s’attardait presque jamais plus de 30 minutes à Lausanne avant de repartir vers son domicile allemand.

«En faire un exemple»

«On veut en faire un exemple parce que l’opération policière du 22 octobre 2018 a été très largement médiatisée», déplorait son avocate, Élodie Surchat, coupures de presse à l’appui. Elle regrettait au passage que «la collaboration ait été mise à mal d’entrée par un interrogatoire mené à l’Hôtel de police» en son absence.

Peine perdue puisque les juges ont dit «balayer d’un revers de la main les explications du prévenu», se disant convaincus de sa «culpabilité écrasante». Pour eux, il «occupait un rôle central dans une bande organisée et bien rodée», et ses trajets permettaient aux activités délictueuses de se dérouler en Suisse. Tout cela pour «des motifs égoïstes et par appât du gain, sans scrupules pour la santé des consommateurs».

Créé: 14.02.2020, 06h44

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