Il y a 10 ans, une voiture folle tuait 3 jeunes femmes au Grand-Pont

LausanneLe conducteur a finalement été jugé irresponsable. Une décennie après, le drame suscite toujours des interrogations.

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Coup de folie ou acte intentionnel? Dix ans après le drame, la question reste ouverte. Le seul à pouvoir y répondre clairement ne l’a jamais fait. Il est toujours incarcéré aux Etablissements de la plaine de l’Orbe dans le cadre d’une mesure d’internement.

Le 8 juillet 2003, à 12h30, une voiture folle monte sur le trottoir à la rue du Grand-Pont, en plein centre-ville de Lausanne. Le bolide fauche dix passants avant de se jeter dans le vide depuis la plate-forme qui sert actuellement de terrasse à la boutique Nespresso. L’Opel Vectra rouge emporte plusieurs victimes dans sa chute et s’écrase quelque 10 mètres en contrebas, sur la rue Centrale.

Dix victimes

Ce drame a fait trois morts. Trois jeunes femmes: Cindy Foglia, 22 ans, Rose Marie Leao Maia Cretegny, une Brésilienne enceinte âgée de 34 ans, et Kimberly Hilquist, une Américaine de 40 ans. Sept autres personnes ont été blessées à des degrés divers, dont une fillette âgée de 2 ans.

Au volant de l’Opel Vectra, un Algérien âgé de 37 ans, connu dans les milieux de la course de fond. Les services de police connaissent aussi l’individu. En octobre 2001, il est resté sept heures sur son balcon en menaçant de se jeter du quatrième étage. Ce qu’il a finalement fait. M.B. s’en est tiré avec une cheville esquintée. Un parasol a amorti sa chute. Mais cet épisode sonne le glas de sa carrière sportive.

Dialogue de sourds

Au procès, en novembre 2005, les chroniqueurs de l’époque décrivent le prévenu comme froid, sans remords et sujet à des délires de persécution. «Ce n’est pas moi, je n’ai pas fait ça volontairement», se borne-t-il à répéter.

L’ancien coureur de fond est condamné en première instance à 10 ans de réclusion. Il est interné en raison de sa dangerosité. «Avec succès, au nom de parties civiles, j’ai soutenu à l’époque que l’accusé n’était pas irresponsable», se souvient Me Jacques Barillon.

Mais, six mois plus tard, les juges cantonaux cassent le verdict. M. B. est jugé «irresponsable». Il ne peut être reconnu coupable d’assassinat. Il doit être interné. Lors de cette nouvelle audience, le prévenu reprend son dialogue de sourds avec la justice. «Je ne sais pas, moi, j’ai expliqué que c’était une perte de maîtrise, j’ai été condamné, c’est comme ça.»

«Il est responsable»

Dix ans plus tard, l’opinion de Me Barillon sur le conducteur n’a pas changé: «L’écoulement du temps n’a pas altéré ma conviction sur sa responsabilité», souligne-t-il.

Maintenant âgé de 47 ans, M. B. ne retrouvera pas la liberté tant que la Commission interdisciplinaire consultative, qui évalue les délinquants nécessitant une prise en charge psychiatrique, n’aura pas la certitude qu’il ne représente plus un danger pour la société.

Retrouvez le témoignage de Michel Foglia, le père de Cindy, l'une des victimes, dans l'édition papier du journal de samedi 6 juillet. (24 heures)

Créé: 06.07.2013, 09h02

La barrière

«C’est toujours la même barrière qui est sur le Grand-Pont», note Olivier Français, municipal des Travaux. Après le drame, un long processus a été lancé pour remplacer la rambarde. Une barrière capable de retenir une voiture devait être installée.
Mais le projet a finalement été abandonné en raison de la fragilité des structures portant le pont. Pour éviter qu’un drame de ce genre ne se reproduise,la bordure des trottoirs a été rehaussée. Les éléments en fonte des garde-corps ont, eux, été solidarisés. En 2017, le tablier du Grand-Pont sera refait.