La drogue dicte toujours sa loi à la Riponne

LausanneLes commerçants du quartier avaient crié leur désespoir en 2016. Malgré les mesures prises par la Ville, la situation reste «lamentable».

Les riverains sont excédés par les seringues abandonnées dans les WC publics, mais aussi sur le chemin de l'école et devant les commerces.

Les riverains sont excédés par les seringues abandonnées dans les WC publics, mais aussi sur le chemin de l'école et devant les commerces. Image: DR

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Des seringues qui jonchent le sol, dans les WC publics et sur le chemin de l’école. Des beuveries dans les entrées d’immeuble. Des dealers qui brandissent des couteaux, quand ils n’ouvrent pas leur pantalon devant des mères de famille. Depuis des années, ces scènes sont une réalité dans le quartier du Tunnel et de la Riponne. Et elles le restent, à en croire ses habitants et commerçants. Jeudi soir, une trentaine d’entre eux sont venus dire leur désespoir lors d’une rencontre organisée par la Ville de Lausanne.

«La situation est lamentable», a tonné un chef d’entreprise du coin, ouvrant une séance de questions-réponses qui a duré plus de deux heures. Un tir nourri de critiques avec, en première ligne, Pierre-Antoine Hildbrand, municipal en charge de la Sécurité et de l’Économie, accompagné d’Oscar Tosato, municipal en charge de la Cohésion sociale, du chef des opérations de la police municipale, mais aussi de représentants du service social de la Ville et de la Fondation ABS, qui assure une distribution gratuite de seringues aux toxicomanes du coin.

Deal persistant

Les commerçants du quartier étaient montés au créneau à l’été 2016 déjà pour dénoncer une véritable scène ouverte de la drogue. Depuis, trois rencontres ont eu lieu avec les autorités, mais le constat reste implacable: «Rien n’a changé, tranche Lella Toth, qui tient l’épicerie-traiteur Chez Mamma Elisa, à la rue des Deux-Marchés. Depuis l’été, on a même vu revenir un groupe de vendeurs de drogue maghrébins qui sont vraiment dangereux.»

La question a été posée mardi par l’assistance comme un cri du cœur: «Combien de temps va-t-on être pris en otage par les dealers?» Plusieurs voix ont dénoncé la présence continue de revendeurs africains qui ne semblent pas inquiétés par la police. «Éradiquer le deal n’est pas réalisable en raison du cadre légal qui nous limite, a admis Pierre-Antoine Hildbrand. Si la justice considère que transporter dix grammes de drogue n’est pas condamnable, la police peut faire le meilleur travail du monde, cela ne changera rien.»

Après la levée de boucliers de 2016, la présence policière avait été renforcée. Elle n’a pas faibli depuis, a assuré l’élu, relevant qu’une partie du deal de rue s’est déplacée temporairement dans les bus, avant d’en être chassé, signe d’une situation en perpétuelle évolution: «La police adapte son dispositif de semaine en semaine», a-t-il relevé.

Des espoirs quand même

«Je comprends les explications de M. Hildbrand, concède Lella Toth. La police n’est pas suivie par les procureurs. On devrait inviter les dealers dans leur salon. Dans les quartiers où ils habitent, il n’y a pas ce genre de problème! Ici, les petits commerçants n’intéressent personne.»

«Dès l’ouverture de l’espace de consommation, l’objectif est de pratiquer une tolérance zéro face à la consommation de drogue dans d’autres lieux»

À côté d’une situation qui paraît bloquée sur le front du deal, l’encadrement des toxicomanes cristallise lui aussi le mécontentement. L’offre gratuite de seringues à la Riponne par le Distribus a été sous le feu des critiques: «Partez d’ici avec votre camion!» a lancé une commerçante au représentant de la Fondation ABS. Quant aux espoirs, car il y en a, ils se portent sur l’ouverture annoncée d’un local d’injection à Lausanne. Question du public: «Quand va-t-il enfin ouvrir?» La structure doit s’installer dans le quartier du Vallon et vise à sortir les toxicomanes de la rue en leur offrant un lieu sécurisé et du matériel stérile pour se droguer. La date d’ouverture n’est pas arrêtée, mais Oscar Tosato l’annonce pour la fin de l’été, une fois que les aménagements nécessaires auront été réalisés.

«Dès l’ouverture de l’espace de consommation, l’objectif est de pratiquer une tolérance zéro face à la consommation de drogue dans d’autres lieux», a promis Pierre-Antoine Hildbrand. Les gens du quartier, eux, attendent de voir: «Cela va régler une partie du problème, espère Lella Toth. Mais je crains qu’en attendant, les gens prennent les choses en main par eux-mêmes et ça fait peur.» (24 heures)

Créé: 19.01.2018, 18h47

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