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La droite veut limiter le pouvoir de Pierre-Yves Maillard sur le CHUV

Le PLR propose de nommer un conseil d’administration sans politiciens à la tête de l’hôpital cantonal. Le but: faire des économies

Légalement, le CHUV est un simple service du Département de la Santé, dirigé par le conseiller d'Etat socialiste Pierre-Yves Maillard.
Légalement, le CHUV est un simple service du Département de la Santé, dirigé par le conseiller d'Etat socialiste Pierre-Yves Maillard.
Philippe Maeder

Qui est le big boss du CHUV? Si le professeur Pierre-François Leyvraz est son directeur général, le conseiller d’État Pierre-Yves Maillard est son supérieur direct. C’est donc bel et bien le ministre socialiste de la Santé qui a la haute main sur l’Hôpital cantonal. Car officiellement le CHUV est un simple service de son département.

Mais le Parti libéral-radical (PLR) ne veut plus de cette organisation. Il a déposé ce mardi une initiative parlementaire au Grand Conseil pour faire du CHUV un établissement autonome de droit public. Avec à sa tête un conseil d’administration sans politiciens. Le Grand Conseil en discutera dans les mois à venir.

L’idée du PLR aurait pour conséquence d’éloigner Pierre-Yves Maillard du centre de décisions du CHUV. Ce n’est pas surprenant, alors que le ministre a fâché médecins, hôpitaux et cliniques ces dernières années en voulant ajouter une couche de régulation dans le domaine. Principaux dossiers chauds: le salaire des médecins cadres et les équipements lourds.

«Dévoreur» de ressources

Officiellement, le but du PLR est d’assurer l’équité entre le CHUV et les autres établissements, tout en réalisant des économies. Marc-Olivier Buffat, président du PLR, dit d’ailleurs du CHUV qu’il est un «dévoreur» de ressources financières avec un budget de 1,7 milliard de francs par an et environ 11'000 employés.

«Nous voulons dépolitiser le CHUV», explique Grégory Devaud, chef du groupe PLR au Grand Conseil. «La gouvernance du CHUV est opaque. Notre but est d’aligner la pratique vaudoise sur les autres cantons. Les établissements privés ont parfois la volonté de faire avancer la situation, mais leurs investissements sont plafonnés. Notre but est de placer le CHUV sur la même ligne qu’eux.»

Exit donc le politique, pour le remplacer par des experts. «Sur les neuf membres du conseil d’administration, il y aurait un représentant des médecins, un représentant du personnel et un représentant de la Faculté de biologie et de médecine», explique la députée Florence Bettschart-Narbel. Six autres places seraient réservées à des «experts»: santé, ressources humaines, finances et «transfert technologique».

En Suisse romande, le lien entre Hôpital cantonal et politique n’est pas une spécificité vaudoise. À Genève, le conseiller d’État MCG Mauro Poggia siège au conseil d’administration des Hôpitaux universitaires (HUG). Et la conseillère d’État socialiste Anne-Claude Demierre fait de même à l’Hôpital Fribourgeois (HFR). Attention à la comparaison, prévient Florence Bettschart-Narbel: «À Genève, le conseil d’administration est pléthorique avec plusieurs représentants du Conseil d’État et du Grand Conseil.» Effectivement, sur 20 membres, on compte un ministre, sept députés et cinq représentants du gouvernement.

Une proximité assumée

Pour Pierre-Yves Maillard, l’idée du PLR n’apporte aucune plus-value. «Au contraire, cette idée pose des problèmes de gouvernance, commente-t-il. En cas de crise, financière par exemple, on ne sait plus qui en est responsable. Les électeurs n’élisent pas un conseiller d’État de la Santé pour qu’il passe son temps à répéter qu’il n’a rien à dire sur ce qui se passe dans le plus grand hôpital du canton.» Il ajoute qu’un conseil d’administration d’un tel hôpital coûterait «1 million de francs par an».

Pour lui, un hôpital de dernier recours comme le CHUV doit être réactif. «Comme il dépend directement du Conseil d’État, les décisions se prennent rapidement», ajoute le ministre. Lui et le directeur du CHUV se voient chaque semaine et discutent encore plus souvent au téléphone. «Avec un conseil d’administration, qui se réunit par exemple une fois par mois, cela ralentit la prise de décisions, ajoute Pierre-Yves Maillard. L’exemple des cantons voisins qui ont cédé à cette mode n’est pas tellement concluant.»

«Logique du marché»

Il n’a fallu que quelques heures au Parti socialiste pour réagir à l’idée libérale-radicale. Dans un communiqué de presse, le PS estime que «le PLR privilégie la logique du marché au détriment de la qualité des soins» et «démontre une nouvelle fois sa volonté de démantèlement du service public». Il annonce même un référendum en cas de besoin.

On imagine que la Fédération des Hôpitaux Vaudois (FHV) se réjouirait de voir le CHUV logé à la même enseigne. Pour l’instant, la FHV ne prend pas position, indique sa présidente, la députée libérale-radicale Catherine Labouchère: «Mais je souligne que les 12 hôpitaux membres de la FHV ont une gouvernance bicéphale, avec un conseil d’administration et une direction générale.»

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