L’eau lausannoise contient encore trop d’herbicides et de médocs

PollutionSelon un test romand, c’est à la sortie des robinets de la capitale que les traces de micropolluants sont les plus nombreuses.

La rénovation de la Step de Vidy, prévue à l’horizon 2015, devrait améliorer la qualité de l’or bleu de Lausanne.

La rénovation de la Step de Vidy, prévue à l’horizon 2015, devrait améliorer la qualité de l’or bleu de Lausanne. Image: ODILE MEYLAN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

On trouve de tout dans le verre d’eau tout juste sortie du robinet. Des herbicides, des fertilisants, des médicaments comme le paracétamol, cet analgésique bien connu, ou encore un agent anticorrosion au doux nom de benzotriazole présent dans les produits destinés aux lave-vaisselle et employé dans l’industrie. Sans oublier les cosmétiques. On appelle ces substances chimiques, rejetées dans les lacs par les simples citoyens et par les usines, des micropolluants.

L’eau lausannoise n’est pas exemplaire dans ce domaine. Selon un test réalisé pour l’émission télévisée de la RTS A bon entendeur, diffusée mardi passé, le liquide distribué dans la capitale vaudoise contient le plus grand nombre de traces de ces micropolluants: quatorze, dont dix herbicides, un fertilisant, du benzotriazole et deux médicaments, l’un qui sert au traitement du diabète et l’autre destiné aux épileptiques. Un autre prélèvement analysé à Renens, une des septante communes approvisionnées par le réseau lausannois, aboutit au même résultat. A l’autre bout du classement, on a trouvé au maximum une substance à Genève et aucune en Valais.

Quantités minimes

Les scientifiques ont récolté l’échantillon lausannois à la rue du Petit-Chêne. Les habitants doivent-ils s’inquiéter? «Non, et je suis prêt à aller en boire», répond le chimiste cantonal vaudois, Bernard Klein, qui ajoute: «Il ne faut pas s’affoler pour ce problème. Il y a davantage de micropolluants dans l’air que l’on respire.» Il explique que les substances découvertes sont «infinitésimales». Elles se mesurent en nanogrammes, des milliardièmes de grammes.

«On se situe même à la limite du seuil de lecture par les instruments d’analyse», relève Olivier Français, le municipal lausannois chargé de l’eau. Interrogé pendant l’émission, le chimiste cantonal genevois, Patrick Edder, donne l’exemple du paracétamol: si on trouve des traces dans l’eau, le buveur en absorbe au maximum 300 nanogrammes par an, ce qui n’équivaut même pas à la pastille que l’on avale en cas de mal de tête. Rénovation nécessaire

Il n’empêche que la communauté scientifique est divisée sur l’impact à long terme de ces micropolluants pour la santé humaine (lire ci-contre). Certains craignent qu’on en ressente les effets dans plusieurs décennies, lorsqu’il sera trop tard pour agir. La question n’est pas anodine si l’on songe qu’un Romand sur deux boit de l’eau du lac, ainsi que le relève A bon entendeur. Cela concerne 900 000 personnes.

Le principe de précaution doit dès lors s’appliquer. Pourquoi Genève obtient-elle des meilleurs résultats que Lausanne? «Parce qu’ils ont déjà rénové leurs installations», admet Olivier Français. La Ville de Lausanne, qui se présentait il y a quatre ans comme une pionnière dans le traitement des micropolluants, a encore du pain sur la planche. Dans la décennie à venir, la station d’épuration des eaux (STEP) de Vidy sera rénovée, de même que l’usine de pompage de Saint-Sulpice.

Une question de budget

Au centre de production d’eau de Lutry, les installations ont déjà été modernisées. Tout y est prêt pour améliorer le filtrage des micropolluants. «On peut mettre du charbon actif pour absorber ces substances», explique Henri Burnier, chef d’Eauservice. Pour l’instant, cette opération n’est pas réalisée. Pourquoi? «La norme de tolérance est fixée à 100 nanogrammes par litre. Nous voyons des mesures à 20 ou 30 nanogrammes, mais ce sont des pics. Nous avons de la marge», explique Henri Burnier. Le principal obstacle est financier: la mise en œuvre du filtrage au charbon actif représenterait 600 000 à 700 000 francs par an à ajouter au budget. En attendant une décision politique, Eauservice surveille de près l’évolution de la quantité de micropolluants à l’aide d’appareils ultramodernes. Le dernier vient d’être livré.

Créé: 03.11.2012, 09h03

L'usine de pompage de saint-Sulpice sera rénovée afin d’améliorer sa capacité de filtrage.  (Image: Philippe Maeder)

Des effets mal connus

Les micropolluants sont-ils dangereux pour la santé? Interrogée par A bon entendeur, une écotoxicologue de l’Université de Lausanne, Nathalie Chèvre, relève que l’impact humain de 90% de ces substances est inconnu. Des expériences montrent que la faune et la flore aquatiques ne sont pas insensibles à ces rejets polluants. Un médicament anticancéreux nuirait par exemple à la reproduction d’une espèce de crevettes d’eau douce. Cela n’ébranle pas le chimiste cantonal, Bernard Klein: «On ne peut pas transposer la réaction d’une crevette à l’être humain», affirme-t-il, en répétant qu’il n’y a rien à craindre. Tout le contraire d’un scientifique parisien interrogé par A bon entendeur, qui dénonce des normes remontant aux années 60 et souligne l’impact de certaines substances sur le cancer du sein, par exemple.

Palmarès

17 communes sous la loupe

Le test d’ A bon entendeur portait sur l’ensemble des cantons romands. Le laboratoire chargé des analyses devait détecter 69 substances micropolluantes dans les eaux du robinet de 17 communes.

Voici le classement, de l’eau la plus chargée à la plus pure:

1. 14 traces de micropolluants: Lausanne (rue du Petit-Chêne) et Renens (rue de Crissier).
2. 6 traces: Yverdon-les-Bains (rue du Pré) et Delémont (JU).
3. 3 traces: La Chaux-de-Fonds (NE).
4. 2 traces: Nyon (rue Juste-Olivier), Neuchâtel, Estavayer-le-Lac (FR), Porrentruy (JU).
5. Une trace: Moutier (BE), Genève centre-ville.
6. Aucune trace: Montreux (Grand-Rue), Fribourg, Chêne-Bourg (GE),
Saint-Imier (BE),
Sion et Martigny (VS).

La Ville investit et songe à augmenter les taxes

Un habitant de Saint-Sulpice qui critiquait déjà le tarif élevé de l’eau lausannoise malgré une baisse imposée par Monsieur Prix en avril dernier ne manque pas de s’indigner: «Cette eau est la plus sale de Suisse romande», s’est-il exclamé après avoir vu l’émission de la Télévision romande. «Nous ne sommes pas passifs», répond le municipal Olivier Français. Mais la modernisation de la production et de l’épuration de l’eau aura un coût: 150 millions de francs pour la Step de Vidy, qui sera rénovée à l’horizon 2015, et 30 millions de francs pour l’usine de pompage de Saint-Sulpice. Il reste à évaluer l’impact financier de ce programme pour les consommateurs. Olivier Français rappelle le principe du pollueur-payeur et évoque une probable augmentation des taxes. Tout cela fait d’ores et déjà l’objet d’une consultation avec les communes affiliées au réseau lausannois. En attendant, A bon entendeur, avec son test, a écorné l’image de l’eau de la Ville. Au début de l’année, les citoyens étaient invités à en consommer davantage, pour une cause humanitaire. Il s’agissait de l’opération «Eau solidaire»: les habitants étaient encouragés, pendant six mois, à boire le précieux liquide en carafe dans des restaurants partenaires, pour le prix de 2 francs reversés à un projet d’aide en Mauritanie. Olivier Français continue à défendre l’eau de la Ville, qu’il juge «de bonne qualité»: «La présence des micropolluants est inquiétante. Mais les faibles quantités sont rassurantes. Dans les pays voisins, les volumes mesurés sont 100 fois, voire 1000 fois plus importants».

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.