Le brûlant débat sur le deal de rue rebondit au Conseil communal

PolitiqueLes élus lausannois ont discuté du problème durant deux heures, ne se rejoignant que sur la «sanctuarisation des écoles».

Johann Dupuis et Philippe Miauton lors du débat sur le deal de rue au Conseil communal de Lausanne.

Johann Dupuis et Philippe Miauton lors du débat sur le deal de rue au Conseil communal de Lausanne. Image: ARC / JEAN-BERNARD SIEBER

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Il était inévitable que la vaste polémique actuelle sur le deal de rue à Lausanne s’impose dans les débats de son Conseil communal. Mardi soir, cela n’a pas manqué. Plus de deux heures durant, les partis ont déroulé leurs positions sur la drogue, le deal, la prévention, la répression. Le tout dans un ping-pong allant de la protection des enfants à l’affaiblissement des réseaux de dealers en passant par la toute prochaine création d’un local d’injection.

Le débat s’est révélé aussi émotionnel que complexe. Il y a bien sûr les craintes et souvent la colère de parents, d’habitants, de voir des enfants confrontés à des vendeurs de drogue sur le chemin de l’école. C’est ce qu’a dénoncé la présidente du PDC Sandra Pernet il y a quelques semaines, rejointe depuis par le cinéaste Fernand Melgar. Et sur cet aspect-là de la problématique, tous les élus sont d’accord. La «sanctuarisation des écoles» est incontestée.

C’est plutôt sur les mesures prises depuis par la Ville que les fronts se sont durcis. La semaine dernière, le responsable de la sécurité Pierre-Antoine Hildbrand (PLR) annonçait une augmentation massive de la présence policière dans les rues. Une action jugée insuffisante ou carrément contre-productive. PS et PLR se sont d’ailleurs succédé en conférence de presse pour amener leur pierre à l’édifice.

Cibler la jeunesse

En plénum, le Centre – emmené par Sandra Pernet – s’est associé au PLC, à l’UDC et au PLR pour interpeller un autre membre du collège municipal lausannois: le popiste David Payot. En charge de l’École et de la Jeunesse, il a été interrogé parce qu’«aucune mesure spécifique à la jeunesse et plus particulièrement aux enfants en âge scolaire n’est détaillée ni même annoncée», disent les élus de droite et du centre. Les enseignants sont-ils sensibilisés? Une surveillance accrue des écoles est-elle prévue? Les parents sont-ils intégrés à la sensibilisation des enfants? Voilà quelques-unes des questions posées.

David Payot a détaillé le dispositif de prévention déjà existant autour des élèves. Psychologues, infirmières, profs, assistants sociaux… le panel d’adultes formés et présents existe, a-t-il relevé. Tout comme une série de campagnes de prévention. Il a aussi rappelé que la Municipalité pensait qu’il n’était «pas acceptable» que des dealers soient présents aux abords des écoles durant les horaires de cours. Il a cependant nuancé: «Les professionnels de la scolarité ne constatent pas de lien significatif entre le deal de rue et la consommation de substances psychoactives par des élèves.»

Johann Dupuis (Ensemble à Gauche) déplore, lui, une confusion «volontairement entretenue»: «Lutter contre le deal, ce n’est pas lutter contre la consommation de drogue», a-t-il martelé. Ainsi, au travers de mesures de répression, on lutte davantage contre un problème de sécurité publique, de bien-être de la population, pour l’image de la ville, voire pour le tourisme, dit-il en substance. S’appuyant sur les avertissements émis par les professionnels de la prévention, il a expliqué qu’il fallait veiller aux dommages collatéraux que ce type de politique peut engendrer. «Soit on arrête des dealers, soit on cherche à sauver des vies. Mais ce n’est pas la même chose.» Et de lister les problèmes qui peuvent découler d’un déplacement du deal dans des lieux moins visibles, à commencer par une péjoration des conditions des usagers de drogue et une dégradation des produits utilisés. Les Verts, par la voix de Vincent Rossi, ont soutenu le raisonnement. Tout en se déclarant insatisfaits des mesures prises jusqu’à maintenant. «Légalisation, réglementation et prise de contrôle. Tout le reste n’est que gesticulation en attendant mieux», a-t-il martelé en tapant du poing sur sa table.

Responsable du pan sécuritaire de l’action de la Ville, le PLR Pierre-Antoine Hildbrand refuse de ne concevoir l’accroissement de la présence policière qu’en termes de chasse aux dealers. Il vise aussi à «rassurer les personnes fréquentant la ville», dit-il. Le syndic, Grégoire Junod appuie: «Nous renforçons la mission préventive de la police, pas uniquement répressive.» Il a aussi souligné que les rares améliorations sur le front du trafic de rue observées à Lausanne ces dernières années n’avaient eu lieu que lorsque la présence de la police avait été augmentée de manière durable sur le terrain.

À la gauche d’avoir des idées

Le PLR Philippe Miauton a lui enjoint à ses collègues de gauche de faire des propositions, au lieu de se contenter de critiquer les agissements de celui qui a la responsabilité de la Police. «Oui, il y a plein d’autres choses à faire et vous avez des élus qui sont responsables dans ces autres domaines!» En ligne de mire, David Payot, toujours, mais aussi Oscar Tosato (PS). C’est en effet lui qui a la charge de mettre en œuvre l’ouverture cet automne d’un local d’injection.

Le président du PS, Benoît Gaillard, est intervenu sur un ton indiquant que son parti ne craignait pas les questions sécuritaires. «Si nous prenons au sérieux l’idée d’améliorer les conditions de vie pour les habitants de cette ville, alors il est impensable de jeter l’éponge face au trafic de rue – que ce soit au nom de l’inégalité sociale qui existe bien entre ceux qui s’y livrent et ceux qui le subissent, ou, pire, au nom de la difficulté à agir. Alors réfléchissons globalement et à long terme, mais ne nous empêchons pas pour autant de proposer aussi des mesures de terrain immédiates. Donner le sentiment que l’on abandonne les quartiers populaires, que l’on peut y tolérer le trafic de drogue, c’est risquer de fragiliser notre ville face aux propositions démagogiques et racistes.»

(24 heures)

Créé: 13.06.2018, 10h39

Un peu d'histoire

Le président du PLR Lausanne Philippe Miauton - qui regrette un manque «d’autocritique de l’ensemble des élus», n’a pas manqué de rappeler que la situation actuelle était «le fait d’une politique aveugle ces dernières années. Or, qui a fait la sécurité ces vingt dernières années à Lausanne? Pas le PS et les Verts, qui se sont bouché le nez. Mais toujours les minoritaires du POP ou du PLR!» À une exception près: lorsque l’actuel syndic socialiste Grégoire Junod a repris, durant quatre ans, la gestion de la police que Marc Vuilleumier (POP) ne voulait plus assumer.

Articles en relation

La police veut reprendre la rue laissée aux dealers

Lausanne Dans un contexte bouillant autour du deal, la Municipalité de Lausanne va renforcer la présence policière dans six secteurs chauds. Plus...

Le PLR hausse le ton contre le deal de rue à Lausanne

Drogue Le parti bourgeois veut plus de répression. Il a déposé divers textes auprès de la Ville et du Canton pour appuyer son plan d’action. Plus...

Les idées contre le deal fusent tous azimuts

Vaud Les partis montent au front dans le but de juguler le trafic de drogue dans la rue. Les socialistes ce lundi, le PLR mardi. Plus...

La manif contre le deal de rue réunit 300 Lausannois

Drogue Ils étaient des centaines à occuper le terrain des trafiquants de drogue ce mercredi, à l’appel de Fernand Melgar notamment. Plus...

Une nuit dans la mécanique bien rodée du deal de rue

Drogue La polémique sur les violences policières a remis le curseur sur les petits trafiquants dont le nombre ne faiblit pas, alors que la grogne enfle dans les quartiers. Décryptage. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.