Les élus disent non à un reçu pour les interpellations de police

PoliceA Lausanne, la gauche radicale propose l’introduction de cette mesure. Elle n’a été suivie que par les Verts.

Image: FLORIAN CELLA -A

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Hasard de l’ordre du jour, les élus lausannois devaient discuter mardi soir d’une idée touchant aux pratiques policières. Dans un contexte de révélations quant au décès d’un homme à la suite d’une interpellation du corps lausannois. Personne ne s’est cependant risqué à évoquer cette affaire dans le cadre du débat.

Pierre Conscience (SolidaritéS) s’est fait le porte-voix d’une pratique déjà présente en Espagne et aux États-Unis qu’il souhaiterait voir appliquée à Lausanne. Son postulat: que chaque personne interpellée se voie remettre un reçu à l’issue de son interaction avec la police. «Un document qui attesterait du lieu, de la date, ou encore du matricule du policier.»

«Un reçu donnerait les informations nécessaires pour contester une pratique policière»

La démarche permettrait, selon lui, de «donner les informations nécessaires pour contester une pratique», au moyen de la trace écrite que laisserait le reçu. Celui-ci pourrait aussi servir de base statistique aux actions de la police. Pierre Conscience a précisé que sa démarche ne visait pas à stigmatiser la police et ses pratiques. Avant d’ajouter que «comme dans tout métier, il est possible qu’il y ait des excès et des abus». Claude Calame (Ensemble à Gauche) a souligné qu’un rapport du Collectif Jean Dutoit a mis en lumière des abus via «trente témoignages de remarques racistes, de pratiques humiliantes» ou encore de confiscation de papiers d’identité. «Voire de violences.» Pour lui, avec cette mesure, «il y va de la défense des droits élémentaires de la personne».

Les Verts ont suivi la gauche radicale. Xavier Company voit dans la remise d’un reçu un moyen d’informer chacun de ses droits, mais aussi, pour la Municipalité, de «légitimer le travail de la police» et d’améliorer sa transparence. Sans compliquer inutilement son travail et sans que cela soit forcément une expression de la «défiance» à l’égard du corps lausannois.

La droite s’est opposée à l’idée, rejointe par le Parti socialiste lausannois. Ce qui a permis d’atteindre une majorité pour rejeter la proposition. Matthieu Carrel, chef du groupe PLR, estime que la mesure est inutile, puisque le Canton remplit déjà une base de données des interpellations. Il rappelle aussi que les élus lausannois avaient déjà rejeté cette initiative il y a quelques années.

«Quand il y a faute, il y a le pouvoir judiciaire, voire administratif, pour s’en occuper»

Le policier et élu PLC Nicola Di Giulio s’est montré agacé par les «sempiternelles attaques contre la police» de Pierre Conscience. Il voit dans ces reçus l’octroi d’un genre de «laissez-passer» qui protégerait potentiellement de nouveaux contrôles. Il indique aussi que des voies administratives et judiciaires existent pour se faire entendre face à la police, qui, il le concède, ne «peut pas être parfaite».

Le socialiste Benoît Gaillard appelle d’ailleurs à cesser de vouloir nier que des contrôles «ciblés» ont lieu et qu’il est impossible de s’en passer. Les reçus ne pourraient en outre pas empêcher des «contrôles répétés ou injustifiés».

Le municipal de Police Pierre-Antoine Hildbrand a conclu le débat en insistant sur la lourdeur administrative que suppose la remise de reçus, mais aussi sur le fait qu’il vaut mieux encourager «ceux qui se sentent victimes» à adresser des plaintes par les voies déjà existantes. Il a aussi ajouté qu’il estime cette démarche comme n’étant «pas bienveillante à l’égard de la police».

Créé: 18.09.2018, 22h11

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