Les élus lausannois s'offrent un prédébat pour 200 millions

BeaulieuLes élus ont devisé sur les déboires financiers de Beaulieu mardi soir. Ils devront s’y remettre en fin d’année «pour de vrai».

Il est prévu de démolir les halles nord de Beaulieu.

Il est prévu de démolir les halles nord de Beaulieu. Image: Marius Affolter

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Mardi soir, les difficultés de Beaulieu se sont de nouveau invitées dans les débats du Conseil communal. Les élus lausannois ont longuement devisé sur les déboires financiers du site. Alors même qu’ils devront s’y remettre en fin d’année «pour de vrai».

Les autorités ont en effet annoncé, le 31 août dernier, que la Ville de Lausanne allait fonder une société anonyme et reprendre la gestion totale du site. Une opération à 36 millions de francs, rien que pour le capital propre, et 25 millions de cautionnements. Ce après validation des élus, en fin d’année. Pour mémoire, une magouille géante a été mise au jour en fin d’année dernière. En son centre, les méthodes de comptabilité douteuses pratiquées par la fondation et par son secrétaire général, Marc Porchet. Ce dernier est, depuis, visé par une dénonciation pénale qui porte sur trois volets.

Face à ce plan de sauvetage de la Ville, l’UDC Fabrice Moscheni n’a pas voulu attendre le projet tricoté par la Municipalité. Il a posé une série de questions et émis des inquiétudes au sujet de l’affaire. Il a obtenu que les autorités y répondent en urgence. L’élu a fait ses calculs: depuis 2000, 81 millions de francs ont été perdus à Beaulieu, sur les 120 que comptait son capital de base. Lausanne seule y a mis 54 millions de francs.

«Est-ce que vous investiriez dans une telle entreprise? Qui perd 5 millions chaque année?» a-t-il demandé à ses collègues du Conseil communal. Il voit d’un mauvais œil que Lausanne uniquement soit aux manettes. Pourquoi le Canton de Vaud n’est-il pas resté dans l’affaire? Fabrice Moscheni est «perplexe». «Nous devrons être très, très attentifs à la fin 2018, pour éviter de créer un zombie», a-t-il prévenu.

Grégoire Junod rappelle avant toute chose que c’est en effet aux élus qu’il appartiendra de lancer Lausanne dans cette nouvelle version de Beaulieu. «Vous vous prononcerez sur tout!» Au sujet du gouffre financier souligné par l’UDC, Grégoire Junod lâche: «Oui, ce sont des sommes considérables versées depuis 2000. Et il y a eu une série de très gros problèmes. C’est normal que cela soulève des questions. Mais il faut faire la bonne analyse financière: il n’y a pas que du perdu.»

Le syndic donne l’exemple des halles sud, entièrement reconstruites avec l’argent évoqué. Il se souvient aussi que 70 millions ont dû être versés dès la création de la fondation afin d’éponger des dettes passées. «La fondation a eu très peu de ressources et s’est beaucoup endettée dans un modèle qui n’a jamais été capable d’amortir le financement des investissements réalisés. Nous avons eu une illusion. On s’est vendu un modèle qui est bénéficiaire et ce n’est pas le cas. Maintenant nous arrêtons de nous mentir. La Municipalité a un regard lucide sur ce qui s’est passé.»

Sur le retrait du Canton de Vaud, Grégoire Junod relativise: il renonce à une dette de 15 millions et activera des cautionnements à hauteur de 28 millions. «L’État prend aussi des risques», résume le syndic. Qui rappelle que jusqu’ici c’est Vaud qui a versé le plus d’argent dans le site de Beaulieu.

Mais, surtout, Grégoire Junod croit aux chances de son nouveau modèle. Pour lui, les différents acteurs présents sur le site sont de bons partenaires. Le Tribunal arbitral du sport, l’école de La Source et le théâtre «ont été bien pensés. Ils sont une vraie plus-value pour le site.»

L’hôtelier Jacques Pernet (PLR) souligne que si l’interpellation de l’UDC a du mérite, elle omet de prendre en compte les retombées économiques du futur Beaulieu sur la région. Congrès, formation, culture… «Beaulieu n’est pas une entreprise comme les autres. Ça fait partie des infrastructures de la ville. Comme, à la montagne, les remontées mécaniques. Ça a tout son sens que le site soit dans les mains de la collectivité publique.»

Membre d’Ensemble à Gauche, Johann Dupuis a interrogé le sens de la démarche de Fabrice Moscheni. «Quelle est votre intention? Vous voudriez tout vendre? Tout céder à des privés? Ce n’est pas possible, compte tenu des caractéristiques du site. La Municipalité n’a pas vraiment d’autre choix que de faire ce qu’elle fait.»

Le détail de ce grand changement de modèle sera connu à la fin de l’année, via un préavis que les élus auront tout loisir d’étudier. Le débat de ce mardi soir, qui a duré une grosse heure et quart, pourrait alors ne faire plus que figure de vague petite discussion.

Créé: 03.10.2018, 19h36

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