L’enfant prodige a trouvé ses racines grâce au cirque

Emi VautheyPetite star de la télé à 14 ans, l’artiste a sillonné le monde, en scène avec le récit d’un amour né au Japon.

«Le soir de son départ, ma grand-mère a fait le souper et elle a dit bonne nuit en sachant qu’elle ne reverrait pas les siens le lendemain.»

«Le soir de son départ, ma grand-mère a fait le souper et elle a dit bonne nuit en sachant qu’elle ne reverrait pas les siens le lendemain.» Image: Christian Brun

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Peut-être bien qu’elle repartira, mais pas avant septembre. «En dix ans, c’est sans doute la première fois que je reste aussi longtemps ici.» Ici, c’est Renens et son école de cirque, où Emi Vauthey opère en quelque sorte un retour aux sources. C’est là que la jeune femme a fait sa première rencontre avec les arts circassiens, à l’âge de 7 ans. Vingt ans plus tard, la contorsionniste prodige vient de donner les dernières représentations de «Réversible», une tournée qui l’a menée sur les routes du monde pendant trois ans avec la troupe des 7 Doigts de la Main. Une page se tourne et là voilà qui coache de jeunes élèves de 16 à 17 ans pour un spectacle qu’elle a conçu et mis en scène. Présenté dès le 26 juin à Renens, «Ad vitam aeternam» marquera les 25 ans de sa première «alma mater».

Étoile filante sur M6

Devant la porte de l’école, la jeune femme désigne l’immeuble voisin, où elle vient de prendre un appartement avec sa sœur, Miki. «Je ne me rappelle pas la dernière fois que j’ai pris un bail.» Car c’est peu dire qu’Emi Vauthey est une fille de l’air, portée par un talent précoce, très précoce. À 5 ans, elle commence la gymnastique rythmique. «Ma mère faisait des réunions Tupperware avec une dame dont les filles pratiquaient ce sport. Et moi, j’ai toujours été souple.» Mais quand le cirque entre en piste deux ans plus tard, il prend inexorablement le pas sur les autres passions.

«Je devais avoir environ 7 ans quand je suis allée voir la «Trilogie du ciel» de Daniele Finzi Pasca. On m’avait dit que c’était du cirque, alors je m’attendais à voir un chapiteau. Mais c’était à Beaulieu et c’était tout autre chose. C’est là que j’ai vu à quel point cet art est ouvert.» Plus tard, elle gagnera des médailles en gymnastique, fera de la danse en sport-études et deviendra même la plus jeune élève de l’École atelier Rudra Béjart. C’est pourtant au cirque qu’elle brille vraiment, propulsée sur le petit écran à 14 ans.

Les chasseurs de prodiges de la chaîne M6 la repèrent en Suisse, à l’école de cirque, pour participer à la toute première émission de «La France a un incroyable talent». De castings en tournages, elle passe toutes les étapes. Jusqu’à la finale. «J’y étais en touriste sans savoir que ce serait un tel buzz.» Car, plus que tout, l’ado savoure l’excitation d’un voyage à Paris tous frais payés, sans parler des lumières sur le miroir de sa loge. Et quand la caméra s’arrête de tourner, les paillettes restent. La jet-set la veut pour animer ses soirées mondaines. Les contrats s’enchaînent, sous le patronage de sa mère, bien sûr. «On portait des robes de soirée. Je faisais des contorsions sur des voitures et sur des pianos. On a vu des choses incroyables toutes les deux, et on s’est beaucoup amusées.»

Le courage d’une grand-mère

Depuis, la maman poule, Yukié, s’est prise au jeu. Contaminée par la passion de sa fille, et non le contraire, elle a fini par prendre la direction de l’école de cirque. Raison de plus pour Emi d’y revenir régulièrement et de créer un spectacle anniversaire à la saveur toute particulière. «Je voulais évoquer ces moments où une étape se termine et où une nouvelle commence. Pour les élèves, c’est le début de cette boucle. Je les connais depuis des années et certains viennent d’être acceptés dans des écoles de cirque au Canada ou à Stockholm.» C’est sa propre histoire qu’elle raconte. Ses 17 ans marquent en effet l’envol pour le Québec et, surtout, le début d’une grande tournée avec le Cirque Eloize. C’est Jeannot Painchaud, chef de la création de la prestigieuse compagnie qui la repère. «On a vu son talent immédiatement. Elle avait ça dans le sang et elle savait ce qu’elle voulait. Je suis entré dans le métier à peu près au même âge et je sais qu’il faut un vrai courage pour se lancer si jeune.»

En atterrissant à Montréal, elle avoue qu’elle ne s’imaginait pas passer les dix années suivantes à parcourir une trentaine de pays, entre hôtels et aéroports. «Ça s’est fait en un claquement de doigts, mais j’étais prête. J’imagine que c’est dans mes gènes, cette envie de voyager et de me surpasser.» À travers son dernier spectacle avec les 7 Doigts de la Main, elle a eu l’occasion de s’en rendre compte vraiment. Pour «Réversible», chaque artiste de la compagnie a porté sur scène le récit de ses propres grands-parents. «Je connaissais un peu leur histoire, mais cette fois, j’ai dû vraiment m’asseoir avec eux pour parler. Ça a été une découverte pour tous.» Dans les années 1960, son grand-père, champion de judo, a lui aussi fait ses valises. Il avait 20 ans et c’était pour le Japon. Il en est revenu avec la grand-mère d’Emi, quand bien même la famille ne voulait pas de cette union. «Le soir de son départ, elle a fait le souper et elle a dit bonne nuit en sachant qu’elle ne reverrait pas les siens le lendemain. Elle a chargé sa valise sur un vélo et ils sont partis tous les deux pour l’aéroport.»

À 27 ans, Emi Vauthey glisse que c’est aussi bien de ne pas savoir ce que réserve l’avenir. Bref, elle ne se voit pas poser ses valises tout de suite. Pourtant l’envie de s’ancrer fait son chemin et elle a bien l’intention d’explorer encore ses racines, à travers le cirque bien sûr. Elle vient de créer sa propre compagnie: Okami, soit «louve» en japonais.

«Ad Vitam Aeternam» avec les élèves de classe préprofessionnelle et des artistes du Cirque Eloize et du Cirque du Soleil. Les 26, 27 et 29 juin, 20 h 30, à l’École de cirque de Renens. Informations sur ecoledecirque.ch. Billetterie sur monbillet.ch

Créé: 14.06.2019, 09h28

Bio

1992 Naît le 26 septembre, passe son enfance à Cugy et fait ses classes à Lausanne.

1997 Commence la gymnastique rythmique à l’âge de 5 ans puis, deux ans plus tard, rejoint l’École de cirque de Lausanne-Renens.

2003 Participe à son premier stage à l’École nationale de cirque de Montréal et remporte le titre de championne suisse jeunesse en gymnastique rythmique.

2006 Participe au télécrochet «La France a un incroyable talent» et parvient en finale.

2008 Intègre l’École atelier Rudra Béjart à l’âge de 16 ans.

2010 Rejoint la troupe du Cirque Eloize et part cinq ans en tournée internationale.

2016 Repart en tournée avec la compagnie Les 7 Doigts de la Main avec le spectacle «Réversible».

2019 Monte Okami, sa propre compagnie.

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