L’enquête sur la mort de Jon n’a pas avancé d’un pas

Drame de RomeTant en Italie qu’en Suisse, les investigations sur le décès d’un collégien vaudois lors d’un voyage scolaire font du surplace.

Qui a lancé dans le jardin de la pension romaine le couteau qui a mortellement blessé Jonathan?

Qui a lancé dans le jardin de la pension romaine le couteau qui a mortellement blessé Jonathan? Image: Keystone

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Cinq mois se sont écoulés et l’on ne sait toujours rien. Rien de ce qui s’est produit le 8 avril dernier, aux environs de 23h, dans la pension romaine où Jonathan Sanchez, 16 ans, appelé Jon par ses amis qui l’adoraient, a perdu la vie. Rien de ce qui a conduit le jeune Lausannois, scolarisé en 11e année au Collège de l’Elysée, à mourir d’un coup de couteau papillon en plein cœur dans la chambre qu’il occupait avec trois autres camarades qui, comme lui, participaient à une sortie de classe.

Plus précisément, Alain Meister, premier président du Tribunal des mineurs, après avoir ouvert, fin avril, une enquête pénale dans le canton de Vaud, n’en a pas encore tiré la moindre conclusion et reste sans nouvelles d’Anna Di Stasio, la procureure en charge des investigations à Rome. En l’état, il précise toutefois que l’instruction est de la compétence de l’autorité judiciaire italienne et qu’il attend, par l’intermédiaire de l’Office fédéral de la justice, une commission rogatoire de l’autorité en question.

La procureure aux abonnés absents

Pour sa part, Me Véronique Fontana, conseil de la famille Sanchez, ne parvient pas non plus, en dépit de son insistance et des moyens mis en œuvre (appels téléphoniques répétés, courriers et fax en nombre), à établir le moindre contact avec la procureure. A se demander si cette dernière existe bel et bien, puisque les services de la Procura di Roma sont allés jusqu’à lui affirmer qu’il n’y avait pas d’Anna Di Stasio au numéro qu’elle appelait (qui figure pourtant sur les documents officiels), que le numéro de dossier cité en référence dans ses lettres n’était pas le bon et qu’aucun renseignement ne serait donné par téléphone, à qui que ce soit. Enfin, l’avocate ne dispose toujours pas des résultats de l’autopsie réalisée en Italie à mi-avril, quelques jours après le drame.

La famille de Jonathan, détruite par la tragédie, éprouvée par l’interminable attente et dont les moyens pour faire valoir ses droits sont limités, doit également faire face au problème que lui pose le comportement de son ex-avocat italien. Le mandat de Marcello Marchianò a été officiellement résilié, par écrit, le 9 mai dernier: l’homme, pourtant, a continué à répondre aux médias au nom de la famille Sanchez et nous a affirmé, il y a quelques jours à peine, qu’il viendrait à Lausanne à mi-septembre pour la rencontrer, ce qu’elle dément de la façon la plus catégorique.

Plainte pénale

Quant à l’établissement des faits, l’état du dossier n’est pas plus avancé, en dépit d’une plainte pénale contre inconnu, déposée le 30 mai par Me Fontana auprès du Tribunal des mineurs. Depuis, l’avocate lausannoise est sans nouvelles.

Pourtant, selon nos informations, mis sous enquête par la justice italienne, les trois compagnons de chambre de Jonathan ainsi qu’un quatrième camarade, qui ont refusé de parler aux enquêteurs romains, se sont spontanément présentés à la police cantonale vaudoise lors de leur retour en Suisse et se sont attaché les services d’un avocat. Ils ont été entendus, sans toutefois qu’on les mitraille de questions, et leurs versions concordent dans les grandes lignes. Certes, ils ont largement eu le temps de s’entendre, mais rien ne prouve, à ce stade, qu’ils l’ont fait.

Ils affirment ne pas se souvenir avec précision de ce qui s’est passé le soir du 8 avril dans la pension Domus Nascimbeni, alors qu’ils rentraient et sortaient de la chambre qu’ils occupaient avec Jonathan. Le lit de ce dernier était le plus proche de la porte-fenêtre donnant sur un balcon qui surplombe le jardin où le couteau a été retrouvé. Ils disent néanmoins se souvenir que leur camarade était couché et jouait avec son couteau papillon, acheté le jour même dans un commerce de la capitale italienne. Deux autres de ses compagnons en avaient fait de même. L’un d’eux se souvient avoir soudain entendu Jon s’exclamer: «Merde, pourquoi j’ai fait ça!»

Le garçon se serait alors levé pour aller chercher une serviette afin d’éponger le sang qui coulait de sa poitrine. Peut-on y parvenir alors qu’une lame de plusieurs centimètres vient de vous transpercer le thorax? Il est permis d’en douter… Le premier des trois enseignants qui accompagnaient les vingt élèves à s’être précipité dans la chambre pour prendre Jonathan blessé dans ses bras, au pied de son lit, a-t-il été interrogé par la police? Quels sont les souvenirs qu’il garde de la scène qui s’offrait à sa vue? Quels ont été les derniers mots de Jonathan? Pour l’heure, sa famille, qui aurait pourtant le droit de savoir, l’ignore inexplicablement.

Voyage à Rome

«L’Italie doit désormais sauvegarder les preuves puis transmettre le dossier à la Suisse pour instruction et jugement, martèle Me Fontana. Le président Alain Meister a les moyens de l’exiger. C’est ici que le for doit être établi, parce qu’il est évident qu’aucun des camarades de Jonathan ne retournera en Italie, quel que soit le résultat de l’enquête de la procureure Di Stasio. Je me bats donc pour faire avancer les choses, et peut-être faudra-t-il, pour finir, que je me rende à Rome. Mais comment le faire avant d’avoir pu décrocher un rendez-vous formel avec une procureure qui se comporte comme un fantôme?»

Créé: 11.09.2014, 16h19

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