L’épopée du Musée cantonal des beaux-arts

LausanneUne décennie sépare le naufrage de Bellerive à l’avènement de Plateforme 10.

Un nouveau quartier a été imaginé sur la friche ferroviaire du dépôt de la gare de Lausanne, sous l’autorité de Pascal Broulis, conseiller d’État.

Un nouveau quartier a été imaginé sur la friche ferroviaire du dépôt de la gare de Lausanne, sous l’autorité de Pascal Broulis, conseiller d’État. Image: FLORIAN CELLA

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le chancelier de l’État de Vaud avait vu juste. Fin 2008, au lendemain de l’échec dans les urnes du projet de Musée cantonal des beaux-arts (MCBA) à Bellerive, Vincent Grandjean avait estimé que ce rejet populaire équivalait à un retour en arrière de dix ans.

Pourtant, au soir du 30 novembre 2008, pas grand monde n’aurait misé un billet sur une inauguration lors de la décennie suivante. Les autorités ont remis rapidement l’ouvrage sur le métier. Pascal Broulis, l’homme fort du gouvernement de l’époque, a repris fermement le dossier. Le projet a été mené avec célérité. Les décisions ont été parfois prises de manière unilatérale. Mais l’écueil d’une nouvelle votation populaire a été évité.

Dans la foulée de l’échec de Bellerive, le gouvernement cantonal commande une analyse intitulée «Raisons du refus et conditions du succès» à l’Institut de hautes études en administration publique. L’enquête conclut que l’échec en votation est dû à l’emplacement au bord du lac, mais pas à l’idée d’un nouveau musée. Rassuré, le Conseil d’État lance un appel à candidature pour trouver un nouveau terrain et nomme un Groupe cantonal d’évaluation des sites, présidé par Bernard Decrauzat.

Le groupe présente le résultat de son travail le 30 septembre 2009. Parmi les onze candidatures, il retient en premier lieu le projet d’un bâtiment au-dessus du parking de la Riponne. En deuxième position, la halle CFF à Lausanne. Et, en troisième, il place le projet à Yverdon-les-Bains. Le même jour, le gouvernement cantonal convoque la presse en «urgence» à la Maison de l’Élysée pour annoncer que le MCBA se construira sur le site des CFF. Le gouvernement assume un choix «politique». Pascal Broulis, président du Conseil d’État d’alors, indique: «Même si le premier choix était plutôt la Riponne, cet emplacement semble trop risqué avec le nombre de problèmes et d’oppositions qu’a suscités la construction d’une simple fontaine sur cette place.» Cette décision provoque la controverse. L’actuelle présidente du Conseil d’État, Nuria Gorrite, alors syndique de Morges, réagit vivement dans «La Liberté»: «La broyeuse du Conseil d’État s’est mise route, en procédant dans l’urgence. Peut-être pour court-circuiter d’éventuelles réactions!» Bernard Decrauzat précise, lui, que «le groupe d’évaluation ne pouvait faire que des propositions».

Il faut aussi dire que l’idée de la halle aux locomotives est née avant même le naufrage de Bellerive. C’est en tout cas ce qu’a confié le responsable de la division valorisation immobilière des CFF, Laurent Staffelbach, à «24 heures» à la suite de l’annonce du Conseil d’État: «En octobre 2006, alors que les questions s’aiguisaient autour du projet de Musée cantonal des beaux-arts à Bellerive, une première conversation informelle avec les milieux proches du dossier a accrédité la possibilité d’une solution dans le dépôt des locomotives de la gare de Lausanne.» Sans que l’on sache vraiment qui sont les «milieux proches du dossier».

Transaction immobilière

Les 24'000 m2 de friches ferroviaires font donc l’objet d’une transaction immobilière entre les CFF et la Ville de Lausanne. Une bande de terrain constructible sur la plaine de Malley, évaluée à 34 millions, est échangée contre la parcelle de la halle. Vieux de plus d’un siècle, le dépôt de Lausanne est classé en note 2 au recensement architectural du canton de Vaud. Initialement, ses murs devaient être préservés et intégrés au nouveau MCBA. Mais le projet lauréat du concours d’architecture fait table rase du bâtiment classé. Un choix qui, à nouveau, génère une controverse. Le Tribunal fédéral y met fin à la veille de Noël 2015.

«En voyant l’espace mis à disposition, Pierre Keller a dit le premier qu’il fallait installer d’autres institutions sur le site»

Dans un premier temps, il s’agissait surtout de trouver un nouveau point de chute pour le MCBA. Mais l’idée d’un «quartier muséal» a germé très tôt. «Rendons à César ce qui lui appartient, raconte Bernard Decrauzat. En voyant l’espace mis à disposition, Pierre Keller a dit le premier qu’il fallait y installer d’autres institutions.» C’est pourquoi, en 2010 déjà, la demande pour les crédits d’étude pour le MCBA évoque la volonté de déménager sur le site le Musée de l’Élysée et le Mudac, afin de créer un «pôle muséal». Un terme utilisé par défaut durant des années avant que l’État n’organise un concours pour dégoter l’appellation «Plateforme10».

Dix ans de com’

Un élément cosmétique qui s’accompagne de changements institutionnels plus lourds. Les trois musées avaient des formes juridiques trop disparates pour pouvoir développer des synergies intéressantes. Les trois entités sont devenues – ou vont devenir – des fondations de droit public. À terme, elles seront toutes intégrées à la même fondation. Ces dix années, durant lesquelles un nouveau projet de musée a été imaginé et concrétisé, sont un condensé de bonnes idées, d’abnégation politique, de petites intrigues, de passages en force et surtout de beaucoup de com’. Merci pour le spectacle, maintenant place aux œuvres.

Créé: 05.04.2019, 06h47

Chronologie

Refus du peuple
Le 30 novembre 2008, les Vaudois refusent à 53,4% le projet d’un Musée cantonal des beaux-arts au bord du lac à Bellerive.

Chercher un site
En février 2009, un groupe d’experts est nommé par le Conseil d’État pour évaluer onze sites possibles pour accueillir le MCBA.

Halle aux locomotives
Le 30 septembre 2009, le groupe d’évaluation rend son verdict. Il estime que le site de la Riponne est le meilleur. Dans la foulée, le Conseil d’État dédit son groupe d’experts et annonce que le nouveau musée se construira sur la parcelle de la halle CFF aux locomotives. Les 24'000 m2 de la parcelle donnent vite l’idée aux promoteurs du projet d’y installer également le Musée de l’Élysée et le Mudac. C’est la naissance d’un quartier des arts.

Démolition et construction
En février 2016, la halle aux locomotives est démolie malgré son classement en note 2. Deux mois auparavant, le Tribunal fédéral avait rejeté les derniers recours. Cela marque le début de la construction du MCBA.

Plateforme10
En mai 2016, le Pôle muséal reçoit un nouveau nom. Il faut désormais l’appeler Plateforme10. Un baptême qui vise à donner une identité au futur quartier muséal.

Portes ouvertes
Le 6 et le 7 avril 2019, le nouveau bâtiment du MCBA ouvre ses portes au public. Mais seuls les murs seront à admirer. La première expo est prévue cet automne.

L'inauguration

Le programme

Journée officielle
Ve 6 avr. (12h30) discours, remise des clés (sur invitation).

Portes ouvertes
- «L’esprit des lieux»
Sa 6 (10h-22h) et di 7 (10h-20h),
avec des visites commentées par les architectes et toute l’équipe du projet, ainsi que des performances artistiques.

Artistes invités
Collectif Ajar,
Ensemble Batida,
Jérôme Bel,
Mio Chareteau,
Yan Duyvendak,
Ariane Epars,
Pierre Huyghe,
Christophe Jaquet,
Nicole Seiler, etc.

Dans le ventre du Musée cantonal des beaux-arts (Video: Fabien Grenon)

Le chantier du musée en accéléré

Articles en relation

«C’est le plus beau musée de Suisse!»

Interview Bernard Fibicher, directeur du MCBA bientôt installé dans «son» nouveau musée, dévoile ses plans. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.