L'esprit hackeur au service de l’innovation

Demain la SuisseLe partage du développement technique s’impose en modèle de créativité à Renens. UniverCité et le FabLab sont à la pointe.

Vidéo: ROMAIN MICHAUD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Des appareils de recherche, souvent récupérés auprès d’entreprises, créent une atmosphère de laboratoire d’inventeur dans l’immeuble autrefois occupé par les Imprimeries Réunies Lausanne (IRL), à Renens.

Cacib SA, une société détenue à 60% par la Ville, a racheté l’ancien royaume de l’encre et du papier, abandonné par l’entreprise tombée en faillite en 2015. Il accueille aujourd’hui des chercheurs, des inventeurs et des entrepreneurs en plein décollage. Ils sont des dizaines à fréquenter les 2500 m de l’espace communautaire UniverCité, créé sur l’impulsion de la Fondation Inartis.

«Nous avons un rôle démocratique dans le domaine de la biologie et des sciences de la vie», affirme avec conviction Gustavo Santamaria, lab manager de l’Hackuarium, un des domaines d’activité chapeautés par UniverCité. C’est le nom d’une association à but non lucratif, fondée par des chercheurs de l’EPFL. Elle met à disposition des appareils de laboratoire recyclés et adaptés qui ne se trouvent en principe qu’à l’intérieur des grandes sociétés pharmaceutiques.

«Etre hackeur, c’est d’abord une manière de penser fondée sur la contribution»

La sonorité du mot «Hackuarium» fait songer au monde vivant aquatique. Mais il comprend aussi le terme «hackeur», communément associé à des geeks qui révèlent au grand public les failles des systèmes d’exploitation des ordinateurs et des smartphones. En réalité, le hacking est une philosophie technologique: «Etre hackeur, c’est d’abord une manière de penser fondée sur la contribution», explique Christophe Rouiller, administrateur d’UniverCité. «Tout ce qui est développé doit être ouvert. Hackuarium, c’est un «bio hackerspace» où les connaissances et compétences nécessaires aux projets de recherches sont partagées».

Des chercheurs ont ainsi accès à des outils qui, dans l’univers économique biotechnologique, coûtent des centaines de milliers de francs. «C’est la science ouverte à tout le monde. On peut parler de science citoyenne», souligne Rachel Aronoff, coprésidente d’Hackuarium.

Bioréacteur et robot

Des réalisations concrètes sortent de ce laboratoire alternatif. Par exemple un concept d’encre biologique qui permet de bannir la pollution des produits souvent utilisés dans les livres et les journaux. Ou encore un bioréacteur servant à analyser les liquides, au coût fortement réduit, destiné à une utilisation dans les pays en voie de développement. Sans oublier le robot du projet Octanis, développé en collaboration avec l’EPFL, qui explore les glaces polaires en employant des énergies renouvelables.

Afin de construire et de fabriquer ces appareils novateurs, un atelier est nécessaire. UniverCité abrite le Makerspace, ouvert à toutes les compétences. Par exemple celles de Marie Udry, initiatrice du projet «Les mots en partage». Elle y découpe, en carton, du matériel d’apprentissage du français et de la vie en Suisse destiné aux migrants accueillis dans des familles.

Cliquez pour agrandir l'image

Une partie des mots illustrés et des jeux iront au Cambodge. Elle a trouvé au Makerspace l’outillage et l’environnement indispensables à la mise en œuvre de son initiative: «Cet endroit permet de se réapproprier des outils qui n’étaient accessibles qu’à des entreprises. C’est un lieu fantastique où j’ai pu m’appuyer sur les compétences d’un chef d’atelier qui connaît tout», commente-t-elle. Etait-il impraticable pour elle de travailler chez elle ou de collaborer avec des entreprises? «Produire seule, c’était impossible. Donner à faire aurait été trop cher. J’ai même fabriqué un outil. Ici, on peut adapter les outils aux besoins», raconte-t-elle.

Enorme atelier

Le Makerspace est équipé de machines destinées à travailler le bois et le métal ainsi que d’imprimantes 3D. «C’est un énorme atelier à disposition des entrepreneurs comme du grand public», résume Christophe Rouiller. «N’importe qui peut y arriver avec une idée pour développer un prototype», ajoute-t-il. Un chef d’atelier guide le bricoleur, l’inventeur ou l’entrepreneur en herbe vers les outils ou les personnes qui peuvent lui apporter leur contribution grâce à leurs compétences. Le Makerspace n’est pas un lieu où «on donne à faire» son projet: chaque initiateur est aussi un réalisateur, dans un esprit d’échange de savoirs.

Un informaticien, qui n’y connaissait rien en mécanique, a ainsi mis au point un système doté d’une intelligence artificielle lui permettant de détecter la couleur des fraises mûres. Au fil des mois est né un appareil équipé d’un bras articulé testé dans les cultures espagnoles. Tout semble possible en ce lieu financé par des cotisations, par exemple 50 fr. par journée isolée ou un abonnement de 1200 fr. par an destiné aux assidus.

UniverCité, c’est aussi un espace de coworking technologique où se retrouvent des indépendants et des petites entreprises. Et un lieu ouvert sur le monde, où la société Be Curious se présente en «outil de production digitale au service des entrepreneurs et des innovateurs».

Dans le secteur de la santé, un millier d’entreprises romandes représentant 25 000 emplois y mettent en valeur leurs compétences dans le cadre de la Health Valley. UniverCité accueille également actuellement la 2e édition de MassChallenge Suisse, un concours international qui sert d’accélérateur aux 70 start-up participantes, venues du monde entier.

Cliquez pour agrandir l'image

Une nouveauté a été introduite cet été. Le programme «Adopt a start-up» invite les habitants à accueillir des entrepreneurs. Entre 30 et 40 participants sont ainsi logés chez l’habitant. «Nous voulons encore faire progresser les synergies entre tous ces programmes chapeautés par la Fondation Inartis. L’objectif est de consolider cette communauté composée de personnes qui créent de la valeur, ensemble», conclut Juliette Lemaignen, responsable des opérations de la Fondation Inartis. Un tel écosystème contribue à ce que la Suisse reste, à l’avenir, dans le peloton de tête mondial de l’innovation.


Demain: Le Val Müstair renoue avec son passé pour s’inventer un avenir. (24 heures)

Créé: 18.08.2017, 07h09

FabLab, le laboratoire citoyen où tout, ou presque, se fabrique

Il existe un millier de FabLabs dans le monde, et quinze en Suisse. Parmi eux, le FabLab Renens, indépendant d’UniverCité mais voisin et ouvert aux collaborations. Richard Timsit, informaticien retraité de l’EPFL et l’un des responsables bénévoles de ce laboratoire citoyen organisé en association à but non lucratif, passe bon nombre d’heures estivales au pavillon du FabLab à Bex & Arts.

L’exposition triennale de sculptures du Chablais se concentre sur le thème de l’énergie qui est aussi «transmission des savoirs, des connaissances et des tours de main». C’est à quelques mots près la définition du FabLab transmise par Richard Timsit: «Un modèle de partage des savoirs et des savoir-faire.»


Cliquez pour agrandir l'image


L’ouverture technologique, base de la philosophie des hackeurs, inspire le mouvement. Concrètement, le FabLab permet au concepteur qui s’y présente de réaliser son projet au moyen de technologies numériques.

L’imprimante 3D en est devenue l’icône. Tout est possible. Un foyer pour malvoyants a ainsi fabriqué en 3D les plans de ses bâtiments en construction dans les hauts de Lausanne. Le but est de permettre aux pensionnaires de découvrir leur futur lieu d’habitation, de la route à leur chambre, à l’aide d’un dispositif électronique qui communique les noms des occupants. Un langage s’est ainsi développé.

Comme le relève Richard Timsit, «un FabLab est un dispositif sociétal qui permet de faire quelque chose que l’industrie ne fait pas. C’est un marché de niche.»

Articles en relation

Partage intergénérationnel autour d’un appui scolaire

Demain la Suisse L’Association tessinoise du Troisième Âge (ATTE) propose depuis 12 ans une aide aux élèves en difficulté scolaire. Un échange d’expérience bilatéral. Plus...

Pionnière de l’autopartage, Mobility roule sur l’avenir

Demain La Suisse La coopérative veut devenir le premier prestataire national de services de mobilité individuelle. Et prendre sa place sur le marché de la future voiture autonome. Plus...

Les ordinateurs why! sont programmés pour durer

Demain la Suisse Pour contrer l’obsolescence programmée, la société basée à Prilly mise sur des produits faciles à réparer et prône le recours aux logiciels libres. Plus...

L’open science veut libérer et révolutionner le savoir

Demain la Suisse Frontiers, qui édite des publications en libre accès, bouleverse le modèle qui prévaut depuis des siècles dans la diffusion d’articles scientifiques. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.