Comment les excès d'alcool coulent les nuits lausannoises

RixesLes bagarres se répètent. Faut-il interdire la vente d’alcool en début de soirée dans les petits commerces? Le débat pourrait resurgir au Grand Conseil

Les noctambules se retrouvent à la sortie des boîtes. Dès 4h30, de 100 à 200 fêtards désoeuvrés se rassemblent. C'est un ferment de bagarres.

Les noctambules se retrouvent à la sortie des boîtes. Dès 4h30, de 100 à 200 fêtards désoeuvrés se rassemblent. C'est un ferment de bagarres. Image: Chris Blaser

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Au centre de Lausanne, les week-ends se suivent et se ressemblent. Pentecôte n’a pas fait exception. Dès 4?h?30, la place Bel-Air, déjà occupée par les dealers, devient le point de chute des fêtards. On y trouve ceux qui commencent à sortir des boîtes et d’autres qui ont passé leur nuit alcoolisée dans les parcs et les parkings.

Porte-parole de la police municipale lausannoise, Jean-Philippe Pittet décrit le phénomène: «Une cinquantaine de personnes sont réparties en petits groupes qui forment des foyers de bagarre. Les policiers passent de l’un à l’autre pour calmer le jeu. Cela se passe sous les yeux d’une centaine de personnes moins impliquées, qui lancent des bouteilles sur les forces de l’ordre.» Cela dégénère parfois en bagarre générale, comme le 13 mai dernier.

Trop d’alcool facile
Les causes? Jean-Philippe Pittet pèse ses mots lorsqu’il évoque l’alcool massivement ingurgité. Il n’est pas le seul. Même les gérants de clubs, qui pourtant vendent des boissons alcoolisées, mais à un prix élevé, dénoncent la situation: «Tant qu’on peut en acheter un peu partout à moins de 10?francs jusqu’à 22?h, ça n’ira pas», relève Thierry Wegmüller, patron du D! Club et membre influent du pool des gérants de clubs.

Prohibition commerciale
Dans la ligne de mire, on ne trouve pas seulement les commerces de la gare, qui dépendent du droit fédéral, mais aussi les échoppes de quartier à caractère familial, qui ont le droit de vendre de la marchandise jusqu’à 22?h. Sans remettre en question les horaires d’ouverture, ne faudrait-il pas interdire la vente à l’emporter de boissons alcoolisées plus tôt dans la soirée? Genève a obtenu un effet positif avec une prohibition commerciale de 21?h à 7?h. Dans la tranche d’âge de 10 à 29?ans, les hospitalisations provoquées par une intoxication alcoolique ont diminué de 35% entre 2005 et 2007, selon une étude d’Addiction Info Suisse.

Le municipal popiste chargé de la Sécurité à Lausanne, Marc Vuilleumier, désigne lui aussi l’alcool consommé à haute dose, après un achat trop facile, comme un des principaux problèmes: «On pourrait empêcher la vente à partir de 20?h. Mais la base légale n’existe pas. Le Grand Conseil a refusé à deux reprises une telle proposition. L’autre solution, c’est d’empêcher ces petits commerces d’ouvrir si tard. Mais cela revient à les mettre en difficulté économique», relève-t-il.

Retour au Grand Conseil
Le débat pourrait bien être relancé au Grand Conseil. Députée dans un mois, la présidente des socialistes lausannois, Rebecca Ruiz, entend remettre l’ouvrage sur le métier, en espérant réunir une majorité urbaine non partisane: «Il faudrait interdire la vente d’alcool à l’emporter dès que la plupart des commerces ferment, à 19?h en semaine et à 18?h le samedi à Lausanne», affirme-t-elle. L’UDC Claude-Alain Voiblet déclare «partager ces préoccupations». Il s’inquiète en outre du risque de «hooliganisation» des nuits lausannoises, avec des gens qui viennent juste pour chercher la bagarre: «On peut craindre une évolution parallèle à celle qui a marqué le sport.»

Toujours à propos de l’alcool, les forces de l’ordre regrettent la disparition d’un article du règlement de police, qui permettait d’intervenir plus facilement auprès des fêtards en état d’ivresse sur la voie publique. Marc Vuilleumier envisage le retour de cette disposition, à faire avaliser par le Conseil communal. Quand? «Sans doute en même temps que les articles sur la mendicité», répond-il.

L’«heure blanche» en question
A côté de l’ivresse, c’est l’«heure blanche» – l’interdiction aux établissements vendant de l’alcool d’ouvrir entre 5?h et 6?h?30, introduite en octobre dernier – qui fait débat. Les patrons de clubs déplorent une concentration de noctambules désœuvrés, un phénomène qui s’intensifie avec la météo estivale. Le mot «échec» est lâché. Le pool des gérants défend une extension des heures d’ouverture pour permettre aux fêtards de terminer la nuit dans un cadre sécurisé.

Le municipal Marc Vuilleumier souhaite encore prendre du temps avant de tirer une conclusion: «J’ai eu jusqu’à maintenant des échos positifs. Mais peut-être que la situation va changer avec les beaux jours», admet-il, tout en maintenant son credo: «Nous comptons 40 établissements susceptibles de rester ouverts jusqu’à 5?h. Il faut améliorer la qualité et calmer les nuits lausannoises. Cela passera par des restrictions pour les moins professionnels.»


Qui sont les fauteurs de troubles du dimanche matin?

Qui sont ces jeunes qui sèment la pagaille au centre-ville de Lausanne? Lors de la première émeute de la saison, qui a vu s’opposer près de 200 fêtards à?une petite quarantaine de policiers le?dimanche 13 mai, il n’y avait pas eu d’interpellations car «le noyau dur des fauteurs de troubles s’était rapidement fondu dans la foule», selon la police.

Dimanche dernier, trois personnes ont tout de même été interpellées lors de cette nouvelle rixe. Deux d’entre elles ont été acheminées à l’hôtel de police pour des contrôles plus approfondis. Toutes seront dénoncées pour scandale sur la voie publique. Elles n’encourent que des amendes.

Selon un policier intervenu sur place, la grande majorité des personnes qui se tenaient dans le secteur de la place Bel-Air étaient de couleur, comme d’ailleurs les trois personnes interpellées. «Ces dernières n’habitent pas à Lausanne, mais ailleurs dans le canton. Elles ont de 20 à 24?ans», détaille Jean-Philippe Pittet, porte-parole de la police. Il s’agit d’un Suisse et de deux Portugais. On en sait un peu plus aussi sur le déroulement de?la récente rixe.

Lorsqu’une première bagarre a éclaté entre une vingtaine de?noctambules, deux policiers patrouillaient déjà à cet endroit. Ils ont appelé du renfort, se sont approchés des fauteurs de troubles et ont tenté de?les séparer en faisant usage de spray au poivre. Une fois les renforts de police arrivés, d’autres foyers de bagarre ont éclaté. Des centaines de badauds se sont alors massés tout autour. C’est de leurs rangs que les bouteilles ont été jetées sur les forces de l’ordre. «C’est le triple effet du groupe, de l’alcool et de l’anonymat», analyse Jean-Philippe Pittet. L.A. (24 heures)

Créé: 30.05.2012, 07h14

Dossiers

Taser

La présence d’armes à impulsion électrique a été signalée à plusieurs reprises lors des bagarres qui ont marqué les derniers week-ends.
Vrai ou faux? «Nous n’avons rien vu, mais il y a eu des affirmations de témoins. Cela nous incite à être attentifs», relève le porte-parole des forces de l’ordre lausannoises, Jean-Philippe Pittet. Il précise que les engins signalés ne sont pas à proprement parler des armes de la marque Taser, qui produisent des décharges à distance et s’utilisent comme des pistolets. Il s’agirait plutôt d’appareils qui agissent au contact avec la personne ciblée.
Quoi qu’il en soit, relève Philippe Jaton, à la police cantonale, il s’agit d’armes interdites à l’achat en Suisse. A moins de disposer d’une autorisation spéciale: ce genre d’engin était parfois utilisé pour le bétail. Il reste que l’on peut s’en procurer sur internet ou dans les pays voisins.

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