Un ex-employé des pompes-funèbres se dit «trahi» par la Ville

LausanneAprès la fin des activités commerciales des croque-morts lausannois, l’un d’eux s’est retrouvé au chômage, malgré des «promesses» de réengagement.

Les coulisses des Pompes Funèbres Officielles de Lausanne, en 2016

Les coulisses des Pompes Funèbres Officielles de Lausanne, en 2016 Image: Florian Cella

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«Je me sens trahi et manipulé.» Jarod* a travaillé aux Pompes funèbres officielles de Lausanne dès 2012 et en contrat fixe depuis 2014. Avec ses huit collègues, il a appris la fin des activités commerciales de son service en juillet 2018. «On nous a dit que ça allait être réorganisé et qu’on aurait des nouvelles.»

En novembre de la même année, lui et trois de ses collègues sont informés qu’une procédure de licenciement est engagée à leur égard. Alors que cinq croque-morts ont été maintenus en poste. Les pompes funèbres ayant réduit leurs activités au service minimum ? les indigents et les levées de corps – les effectifs devaient être revus à la baisse, selon les autorités. «On nous a tout de suite dit qu’on serait replacés ailleurs à la Ville. C’est dommage, parce que j’adorais mon métier. Mais je ne me suis pas fait trop de souci, du coup.»

Deux versions des faits

Lui et deux anciens prestataires funéraires ont pourtant fini par être écartés du personnel de la Ville, dit-il. Une version des faits que le municipal responsable du dossier, le libéral-radical Pierre-Antoine Hildbrand, conteste (lire encadré). Leur procédure de licenciement s’est achevée le 30 septembre dernier, «le lendemain de mon anniversaire», souligne Jarod.

Jarod vient de retrouver un job dans le secteur privé. Non sans être passé, au mois d’octobre, par la case chômage. «J’ai été pénalisé parce que je n’avais pas fait de recherches en septembre. Mais je pensais être replacé à la Ville! Maintenant, j’ai trouvé quelque chose. Mais j’ai perdu 2000 francs de salaire mensuel et je bosse 12 heures par jour.»

À plus de 50 ans, Jarod l’admet: «La pilule est difficile à avaler.» Il dénonce l’attitude de son ancien employeur, mais aussi celle de Pierre-Antoine Hildbrand. «Jamais une fois il n’est venu nous voir. C’est tout de même lui, le chef, je trouve cela un peu léger.» L’intéressé rétorque: «Il aurait quand même été délicat de rencontrer cette personne pour la première fois dans le seul but de la licencier.»

Au-delà du dénouement, c’est le processus qui choque l’ancien employé de la Ville. «À aucun moment je n’ai eu le sentiment qu’on voulait nous recaser quelque part. On nous a traités exactement comme si nous étions des gens qui venaient de l’extérieur pour postuler.» Il dit avoir eu des entretiens, sans jamais que cela ne débouche sur quoi que ce soit. «Plusieurs fois, après mon entretien, on m’avertissait que le poste avait été remis à l’interne!»

Si le croque-mort salue le travail d’une collaboratrice des Ressources humaines du Service de protection et sauvetage, il est plus sceptique sur le reste de l’organigramme. «Elle écrivait aux autres pour des postes qui nous correspondaient et elle n’avait parfois même pas de réponse. C’est lamentable.»

«J’y vois du mépris»

Le sort de ces anciens employés a choqué l’élu d’Ensemble à Gauche Pierre Conscience. Il a posé une série de questions sur le sujet, qui seront discutées mardi soir. C’est dans le cadre de ses visites du service en tant que membre de la commission de gestion que la situation a attiré son attention. «J’y vois du mépris», résume-t-il. Une dizaine d’élus de gauche ont signé son interpellation. Ils s’inquiètent de façon générale de la fermeture de la branche commerciale des Pompes funèbres officielles, mais aussi de la retraite de ces anciens employés ou encore des moyens mis en œuvre pour parvenir à retrouver un poste aux croque-morts.

*Prénom d’emprunt


La Ville «a respecté le règlement»

«Personne n’est actuellement au chômage, il faut le dire d’emblée.» Malgré les critiques, Pierre-Antoine Hildbrand reste droit dans ses bottes. Et dit toujours assumer la fermeture de la partie commerciale des pompes funèbres de la Ville. Selon lui, il n’y a eu en fin de compte qu’un seul licenciement prononcé. Celui de notre témoin. «Et je me suis réjouis d’apprendre qu’il avait retrouvé un emploi.»

Quid des deux autres? «L’un d’eux a finalement pu bénéficier de sa retraite, dit le municipal PLR. Et pour l’autre, une solution est en voie d’être trouvée.» N’empêche, un employé à tout de même dû trouver un travail ailleurs et perdre une somme mensuelle conséquente. «Il a postulé à plusieurs reprises mais son profil de compétences n’a pas permis de l’embaucher, ce que je regrette, raconte Pierre-Antoine Hildbrand. Le règlement communal permet de licencier une personne dont le poste est supprimé. Parfois il n’y a pas d’autre solution, ce sont des choses qui peuvent arriver. Je ne peux pas lutter contre son sentiment d’avoir été trahi. Mais je suis persuadé que les RH ont fait leur travail au plus près de leur conscience.»

Il indique ainsi que les anciens employés des pompes funèbres n’ont pas été traités comme des candidats à l’emploi lambda. «Les RH leur ont évité les postes où ils n’avaient aucune chance et ont tout fait pour faciliter les choses où leurs compétences semblaient correspondre au poste.»

Créé: 23.11.2019, 08h00

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