Il faut sauver le cèdre de La Vaudoise

LausanneUn des trois cèdres centenaires du parc de l’avenue de Cour est malade. Il a dicté l’architecture du bâtiment de Tschumi.

Depuis le toit du bâtiment principal, on réalise mieux à quel point Jean Tschumi a dû prendre en compte le cèdre centenaire. Au sud de l'arbre, les espaces conçus par l'architecte pour les loisirs des collaborateurs.

Depuis le toit du bâtiment principal, on réalise mieux à quel point Jean Tschumi a dû prendre en compte le cèdre centenaire. Au sud de l'arbre, les espaces conçus par l'architecte pour les loisirs des collaborateurs. Image: Philippe Maeder

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Au tout début, ils étaient quatre. Dressés dans la «campagne du Cèdre» de la famille Bugnion, au sud de l’avenue de Cour, ces conifères du Liban conféraient à la demeure familiale d’été et à son pavillon de chasse une certaine idée de la majesté. Le tableau idyllique explique pourquoi, lorsque l’Etat de Vaud vend son terrain à la Mutuelle Vaudoise Accidents (MVA, devenue Vaudoise Assurances), qui veut y bâtir son siège, il exige que ces géants soient conservés. Aujourd’hui, alors qu’un des spécimens a déjà dû être abattu en 2000, un deuxième arbre est menacé. Des experts se pressent pour le sauver.

«Nous n’avons toujours pas trouvé d’explication évidente quant à la mort de l’écorce, indique Cédric Leuba, de Woodtli + Leuba SA, qui est au chevet de l’arbre depuis une quinzaine d’années. On observe son évolution, et on peut dire qu’il va un peu mieux qu’il y a trois ou quatre ans.» Ce qui est fait sur le cèdre n’est pas à proprement parler un soin qui vise à guérir, mais plutôt des gestes de prévention. «On parle de renforcement sanitaire et racinaire», précise Jonathan Christe, d’Histoire d’arbres à Aigle.

Huiles essentielles

Le spécialiste, formé à la méthode d’Eric Petiot, paysagiste français adepte des soins naturels aux arbres, dispense par exemple de la teinture mère de propolis, sorte d’antibiotique naturel, au cèdre malade. Mais aussi de l’huile essentielle de giroflier, via quatre petits perfuseurs de 30 ml, disposés tout autour du large tronc. «Cette perfusion propage une action de compartimentation, en créant des barrières mécaniques pour que la maladie ne se propage pas davantage, explique Jonathan Christe. C’est une méthode homéopathique.»

Quant aux racines, tout est fait pour rendre le sol riche en matières organiques, comme c’est le cas dans une forêt. Un tapis de lierre recouvre les alentours et de l’argile volcanique a été disposé au pied du tronc pour améliorer la conductivité des éléments nutritifs. «Aujourd’hui les conditions du sol sont idéales pour que l’arbre se soigne, se réjouit Cédric Leuba. Nous, tout ce qu’on peut faire, c’est l’aider.» Combien de temps lui faudra-t-il? «Ça, les arbres ne sont pas pressés!»

Plus de 150 ans

Déclarés «pluricentenaires» lors de l’échange de terrain, les cèdres de la Vaudoise ont plutôt quelque 160 ans, selon l’estimation des géomètres qui les mesurent chaque année. C’est vieux? «Un cèdre du Liban, comme un chêne, peut durer mille ans si on lui fiche la paix!» explique Cédric Leuba. Pour lui, il est forcément arrivé quelque chose à l’arbre, qui a permis à un agent pathogène de trouver une porte d’entrée. «Un choc mécanique, un feu? On manque d’historique…» Le quatrième cèdre, également malade, abattu dans les années 2000, se trouvait entre les deux arbres qui ornent la façade nord, plus proche du bâtiment. Il a sans doute souffert lors de la construction. «Les chantiers, c’est catastrophique pour les arbres», témoigne le paysagiste.

«Un cèdre du Liban, comme un chêne, peut durer mille ans si on lui fiche la paix!»

En plus des spécialistes, qui font office de consultants, Florian Voutat veille au bien-être du vénérable cèdre au quotidien. Le jardinier paysagiste est employé à 100% par la Vaudoise, et gère les 10 500 m2 de surface de jardin du siège lausannois, ainsi que les serres où sont requinquées les plantes d’intérieur des bureaux. «On favorise la biodiversité et les essences indigènes, comme la Ville. On a quelques fruitiers et 27 plants de chasselas. A terme, on aimerait pouvoir en tirer quelques bouteilles», explique le jardinier. Une production maison qui restera modeste, comme celle du miel tiré des trois ruches installées en 2016 sur le toit du bâtiment sud.

Pensé par Tschumi pour les collaborateurs de la Mutuelle, qui étrennaient en 1956 la journée de travail continue, le parc arborisé n’a jamais été clôturé. La campagne d’été des Bugnion, dont les cèdres et le pavillon de chasse sont les seuls vestiges, est aujourd’hui patrimoine vert des Lausannois.

(24 heures)

Créé: 22.05.2017, 11h46

Un bâtiment à 135° construit entre les cèdres centenaires

Une contrainte de taille est inscrite au concours qui invite quatre bureaux d’architectes à penser le futur siège de la Mutuelle Vaudoise pour les accidents: quatre cèdres majestueux, éléments exotiques fréquents autour des maisons bourgeoises de l’époque, sont enracinés depuis plus de cent ans dans la campagne qui porte leur nom et ne doivent en aucun cas être abîmés. Toute la presse se focalise sur ces arbres. C’est que le parc, à l’aube des années 1950, est encore à l’extérieur de la ville, dans un milieu naturel que personne ne veut voir «bétonner». Jean Tschumi ne s’en émeut guère et décale son bâtiment principal au sud par rapport à l’ancienne maison, pour laisser les trois arbres du nord respirer. Il relie le bâtiment sud avec un angle à 135 degrés pour contourner le quatrième spécimen. Il va même plus loin et conserve le pavillon de chasse des Bugnion, qui contraste avec son bâtiment avant-gardiste. L’équerre des cèdres, inscrite aux monuments historiques, est pensée comme «une révérence adressée à l’importance du paysage», dira Jean Tschumi.

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