Fâché, «Toto» Morand ne soutiendra plus la culture

LausanneEn conflit avec la Ville, l’entrepreneur ne sponsorisera plus les manifestations culturelles lausannoises.

L'entrepreneur s'insurge contre la façon dont la ville traite son association.

L'entrepreneur s'insurge contre la façon dont la ville traite son association. Image: Patrick Martin

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L’argent est décidément le nerf de la guerre. La preuve à Lausanne, avec Guillaume «Toto» Morand. En riposte à une action judiciaire lancée par la Ville de Lausanne, le fondateur des magasins Pomp It Up a décidé de fermer le robinet. «Je n’ai d’autre choix que d’arrêter toute forme de sponsoring de manifestations culturelles chapeautées par la Ville, cela avec regret», a ainsi écrit l’entrepreneur sur Facebook mercredi.

Pour comprendre ce coup de gueule dont le Théâtre de Vidy et le Festival de la Cité risquent de pâtir, il faut se replonger dans l’épais dossier du tram Lausanne-Renens. Pour mémoire, le projet prévoit la création d’une route au centre-ville – la fameuse rampe – entre Vigie et Gonin, qui condamnerait une bonne partie de la forêt du Flon. Des travaux conséquents qui doivent permettre de compenser la fermeture d’un bout de la rue de Genève, et ce afin d’y faire passer le tram.

Le projet a passé la rampe du Conseil communal comme du Grand Conseil et les crédits ont été débloqués. Mais le projet, embourbé entre oppositions et recours (du Lausanne Palace ou encore de la FNAC), stagne. Avec l’Association des acteurs économiques et sociaux du Flon, qu’il préside, «Toto» Morand s’est lui aussi opposé aux différentes procédures du chantier, dont celle qui vise à modifier le plan de quartier afin de légaliser la rampe. «Or l’association est attaquée par la Ville, qui l’accuse de n’être pas légitime pour pouvoir recourir», s’emporte l’ancien candidat au Conseil d’Etat. Il égrène les arguments qu’on lui aurait opposés, comme le fait que les commerces seraient trop loin de la forêt pour s’opposer à son défrichement ou que la protection des espaces verts ne figurerait pas dans les buts poursuivis par l’association.

Autant d’arguments qui font bondir l’entrepreneur, qui a donc décidé de porter le combat sur le terrain culturo-financier. «Vu la façon dont la Ville me traite, j’ai décidé de ne plus lui donner un franc», assène «Toto» Morand, qui chiffre le manque à gagner que son geste va entraîner. «J’ai donné au Théâtre de Vidy 10'000 francs il y a deux ans, puis 5000 à chaque nouvelle saison. Pour le Festival de la Cité, mon soutien oscille entre 30'000 et 40'000 francs.»

La manifestation lausannoise se prépare donc à boucler son budget de 2 millions de francs sans le soutien de «Toto» Morand. Ce n’est toutefois pas une nouveauté puisque l’entrepreneur n’a déjà pas financé les dernières éditions. «Je ne condamne pas la démarche», précise la directrice, Myriam Kridi, même si elle s’interroge sur un geste consistant à faire payer une décision politique à une manifestation financée à moins de 30% par la Ville.

A la Municipalité, avec sa double casquette de syndic et de directeur de la Culture, Grégoire Junod est la cible principale du coup de sang. «Le mécénat est quelque chose d’honorable, mais qui ne se marchande pas. Il doit être sans contrepartie, c’est ce qui le caractérise», rétorque l’élu, qui rappelle que le défrichement de la forêt sera compensé.

De son côté, Benoît Gaillard, président du PS lausannois, compte mettre le sujet sur la table du Conseil. «Je demanderai à la Municipalité si elle accepte d’être mise sous pression par ceux qui en ont les moyens. M. Morand a beaucoup fait pour la culture, c’est une chance, à moins qu’on utilise ce privilège pour servir son intérêt personnel», dénonce l’élu, qui n’a pas oublié que «Toto» Morand a déjà utilisé le même procédé. En 2006, il avait été dénoncé pour avoir tiré des fusées malgré l’interdiction. En réaction, il avait retiré son soutien au club de foot local. «Ce n’était pas le même cas de figure», répond l’intéressé, qui ajoute qu’il continue de sponsoriser le festival d’Epalinges, à hauteur de 30'000 francs.

Créé: 14.09.2017, 22h33

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