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La rampe qui se dresse sur la route du tram

Le Tribunal administratif fédéral donne un coup d’arrêt à la rampe Vigie-Gonin mais ne conteste pas sa nécessité. Conséquence: le tram Lausanne-Renens prend encore du retard.

Le Tribunal administratif fédéral (TAF) vient de reconnaître la validité du projet de tram entre Lausanne et Renens. Pourtant, le chantier ne peut pas commencer. Ou comment une décision de justice peut s’avérer paradoxale.

L’instance judiciaire confirme sur le fond la nécessité de cette ligne de tram et de ses mesures d’accompagnement. De quoi réjouir les autorités et les Transports publics lausannois (TL). Mais elle donne aussi le sourire à Guillaume «Toto» Morand en admettant partiellement le recours de son Association My Flon, sur la création d’une rampe routière entre la rue de la Vigie et l’avenue Jules-Gonin.

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L'édito: Un tramway nommé Kafka

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Le Canton, les communes concernées et les Transports publics lausannois ont ainsi dégainé une communication positive, jeudi en fin de matinée. Et titré leur communiqué sur le «feu vert au tram». Mais, dans les faits, ils «attendront la décision du TF», précisent-ils par écrit. Car recours au Tribunal fédéral il y aura. Reste à savoir combien, et avec quels effets sur le début du chantier.

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Alors, bonne ou mauvaise nouvelle pour le tram, cet arrêt? Comme souvent dans ce dossier byzantin qui erre dans les antres du pouvoir administrativo-judiciaire depuis six ans, la réponse n’est pas simple.

Ce n’est pas le tram qui pose réellement un problème au Tribunal administratif fédéral. Mais bien précisément la rampe routière entre Vigie et Gonin que les autorités ont prévue pour détourner le trafic de la route de Genève. Celle-ci sera fermée aux voitures sur le tronçon entre le Flon et le pont Chauderon avec l’arrivée du tram. Les juges ne contestent pourtant pas son utilité. Mais ils constatent que ce n’est pas un élément du dossier pour lequel l’Office fédéral des transports est compétent. Or c’est l’OFT qui, en mars 2016, avait délivré toutes les autorisations nécessaires à ce grand projet Axes forts. Avec, comme corollaire, le défrichement d’une partie de la forêt du Flon pour construire cette rampe.

«Cette liaison routière ne présente ainsi pas à suffisance, d’un point de vue matériel et spatial, un rapport nécessaire et étroit avec l’exploitation ferroviaire pour faire l’objet d’une procédure d’approbation des plans ferroviaire»

En effet, le TAF, sans contester la nécessité de construire cette liaison routière, relève qu’elle «vise en premier lieu à résoudre un problème de trafic routier», écrit-il dans son arrêt. Plus loin: «Cette liaison routière ne présente ainsi pas à suffisance, d’un point de vue matériel et spatial, un rapport nécessaire et étroit avec l’exploitation ferroviaire pour faire l’objet d’une procédure d’approbation des plans ferroviaires.»

Un raisonnement qui préoccupe hautement la conseillère d’État chargée des infrastructures, Nuria Gorrite: «Pour nous, c’est incompréhensible. Tous les projets ferroviaires ont des mesures d’accompagnement et la rampe Vigie-Gonin en est une pour le tram. Si cette décision devait être confirmée par le TF, ce sera une jurisprudence catastrophique. Bien des projets ferroviaires dans le pays seront freinés.» Les TL, maître d’ouvrage et seuls à en avoir la compétence, vont donc recourir contre cette décision. Le but est d’éviter de devoir relancer entièrement une procédure de construction de route qui pourrait prendre trois à quatre ans.

Autorités confiantes

Mais le tram ne se résume pas à la forêt du Flon. À l’autre bout de la ligne, on attend l’arrivée du tramway de pied ferme. La passerelle de la gare de Renens (le Rayon Vert), actuellement en construction, doit en effet venir s’arrimer au terminus du tram. «C’est sûr, tout ça freine et complexifie le chantier de la gare, lâche Tinetta Maystre, municipale à Renens. La mise en œuvre de la passerelle pourrait être retardée.»

Florence Germond, responsable de la mobilité à Lausanne, pense que les travaux peuvent encore se faire dans les temps: «Le délai d’un recours au TF est inclus au calendrier. Ce que nous avions moins prévu, c’est que les TL doivent faire ce recours!» Et si le TF suivait l’arrêt, forçant ainsi les TL à lancer une procédure uniquement pour la liaison entre la rue de la Vigie et l’avenue Jules-Gonin? Du côté des autorités, personne ne veut avancer un tel scénario. Pour l’heure, elles tiennent à leur procédure et ne veulent pas changer le package d’un poil. «Nous sommes convaincus que c’est un tout, que le projet est cohérent ainsi, martèle Florence Germond. D’ailleurs l’arrêt dit que la route est nécessaire.»

Oui, mais l’arrêt dit également que cette même route n’a pas reçu d’approbation: «Les plans de la liaison n’ont pas été formellement approuvés par l’OFT […], il ne saurait être considéré que l’OFT a octroyé une autorisation de construire pour cette liaison routière.» Même si le Tribunal fédéral donnait raison aux TL, il faudrait encore que cette rampe soit approuvée. Le tramway a encore du chemin à faire avant d’arriver au Flon.

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