Quand les forêts de Lavaux sont prises pour une grande décharge

IncivilitésMartial Vurlod, au chevet des forêts de six communes depuis vingt ans, y voit défiler toutes sortes de déchets.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les forêts de Lavaux sont composées en majorité d’épicéas, de sapins blancs et de hêtres. Mais il arrive qu’on y croise aussi des variétés plus exotiques, comme la laurelle ou le buddleia. Ou plus insolites, comme le canapé ou le pneu… Depuis vingt ans aux petits soins des 1070 hectares du triage de Lavaux (Bourg-en-Lavaux, Forel, Puidoux, Chexbres, Rivaz et Saint-Saphorin), le garde forestier Martial Vurlod a répertorié ces dépôts illicites, qui contreviennent à la loi forestière qui interdit «tout dépôt étranger à la forêt».

«On a au moins un canapé ou une cuisinière par an, témoigne-t-il. Et beaucoup de plus petits objets qui devraient être déposés à la déchetterie. Je vous ai gardé un tas que j’ai découvert hier!» En effet, au pied d’un arbre en bordure de chemin, des bidons de peinture, un vase, une petite étagère font mal dans le paysage. Martial Vurlod embarquera ces déchets dans sa voiture et les évacuera. Mais ce n’est pas son rôle. Le déblayage, et les frais qui vont avec, revient à la voirie de la commune territoriale.

Déchets de paysagistes

Car la plupart du temps, les dépôts sauvages sont massifs. En 2014, dans les hauts de Grandvaux, un garagiste a brûlé des dizaines de pneus pendant deux mois, avant d’être mis en fuite par la pose d’une caméra de surveillance pour la faune. À Villette, un appartement entier a été découvert, de la cuisinière au galandage. «On a mis une journée à tout débarrasser», se souvient le forestier. Une barrière rend désormais les dépôts impossibles. À l’instar des chicanes (photo) que Martial Vurlod vient d’installer près d’un champ pour empêcher le dépôt de cailloux. «En soi, les cailloux ne dérangent pas, mais si on les laisse, le lendemain il y a autre chose…»

C’est le cas un peu plus loin, sur le territoire de Puidoux, où le garde forestier nous emmène voir un amas de végétaux. «C’est sans doute un paysagiste qui a déchargé ici, pour éviter d’aller à la compostière. On voit même la forme de la camionnette!» Le rectangle compact de laurelles, de gazon ou encore de feuilles de palmier est là depuis une petite semaine. Plus bas, dans le talus, d’autres déchets végétaux secs montrent que le contrevenant n’en est pas à son coup d’essai.

Outre le coût (environ 3 heures à 2 personnes), qui reviendra à la commune – la compostière de La Coulette, à Belmont, facture entre 84 francs et 135 fr. la tonne –, ce genre de dépôts pose un autre problème. «Depuis quelques années, on est envahi de plantes néophytes, particulièrement invasives, qui menacent les essences locales et la biodiversité», s’inquiète Martial Vurlod. Certaines plantes, comme l’impatiente glanduleuse, peuvent provoquer des glissements de terrain, car leurs racines, peu profondes mais très couvrantes, ne retiennent pas la terre.

Et les modifications climatiques n’arrangent rien. «Au Tessin, certaines châtaigneraies sont envahies de petits palmiers. Avant, le gel les détruisait. Ce n’est plus le cas.» Certaines de ces plantes présentent en outre des dangers sanitaires. La berce du Caucase provoque par exemple des brûlures au 2e ou au 3e degré lorsqu’on la coupe.

Rarement punis

Punissables sur plainte, les responsables de ces dépôts sauvages sont rarement attrapés, même si la délation va bon train. «Il faudrait prendre les gens sur le fait. Ou avoir des preuves!» Martial Vurlod se souvient de cet homme qui avait oublié une poubelle au milieu du tas de déchets de garages laissés dans la forêt. «On l’a retrouvé grâce au numéro Cumulus qu’il y avait sur un ticket!» Le coupable a écopé d’une amende et a dû rembourser les quelque 700 francs estimés pour le déblayage.

À La Côte, c’est l’ingéniosité d’un autre garde forestier qui avait confondu un «recycleur» de vieux frigos. «Il avait inscrit son nom à l’intérieur avant de répondre à une petite annonce qui proposait un débarras à moitié prix. Il n’a eu qu’à ouvrir la porte lorsqu’il a retrouvé son frigo dans la forêt!»

Créé: 28.09.2018, 07h01

Littering

Comme des animaux!

«Dans les bois, les animaux ne salissent pas, les hommes oui! Nous vous prions de vous comporter comme les animaux.» C’est ce que disent les panneaux placardés par la Commune de Chexbres aux abords du stand du Frût pour lutter contre le littering – soit les petits déchets. Les autres refuges communaux affichent que «97% des personnes qui profitent de cet endroit de détente» se sont rendu compte «qu’il ne s’agit pas d’une déchetterie». C’est Martial Vurlod, forestier du triage de Lavaux, qui signe ces pancartes, même s’il admet que «dans les endroits très fréquentés, une autodiscipline s’est installée». Cette propreté à la suisse réserve pourtant des surprises. Ces derniers mois, il a vu fleurir des déchets colorés en bordure de chemins: des sachets pour crottes de chiens. «En forêt, la crotte sans le sachet ferait moins de dégâts», soupire-t-il. C.CO. (Image: DR)

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.