Un garage nommé désir

ArchitectureIl a fallu six ans pour trouver un destin immobilier à cette ancienne concession classée de Lausanne.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est l’histoire d’un coup de gueule poussé en chronique du samedi 20 juin. Contre la disparition progressive d’un certain type de patrimoine, notamment industriel, de l’univers lausannois. A titre d’exemple, un petit garage du début du XXe siècle dans l’ouest de la capitale affublé d’une pancarte «Bâtiment bientôt démoli». Sauf que non. Ou pas tout à fait en tout cas.

Au 145 de l’avenue de Morges, l’ancienne agence Ford va garder son enveloppe pour se transformer en locatif. «On y construira une boîte dans la boîte» assure l’architecte en charge Nicolas Tardin. A qui l’on doit, en face, les Jardins de Prélaz. Mais aussi la transformation de quelques anciens bâtiments, notamment à la rue Grand-Saint-Jean 4 (l’épicerie japonaise Uchitomi), à la rue du Grand-Chêne 6 (Restaurant Ma-Jong) et à la rue du Simplon 35 (le tout nouveau bar à vins Ta Cave).

Du béton comme du bois

Commençons donc par ce qu’on va garder de ce bâtiment recensé en note 3 – intérêt local – au patrimoine. D’abord ces piliers, sommiers dalles et toiture de béton nervuré de poutrelles. Qui donnent à cet espace une incroyable hauteur de plafond, et permettra de construire trois étages là où il n’y en a aujourd’hui qu’un seul!

Ces arches minérales, autant de charpentes toutes en courbes entrecoupées de vitres, donnaient à l’ensemble un petit air de Jean Prouvé avant l’heure, en version ciment. «A l’époque, poursuit Nicolas Tardin, la main-d’œuvre était bon marché. On faisait en béton ce qu’on savait faire en bois.»

L'adresse fut aussi coquine

On conserve également les façades extérieures. Le pavillon nord est reconstruit et le sud rehaussé. A l’intérieur de ces derniers, les moquettes rouges élimées aujourd’hui rappellent que l’adresse, dans les années nonante, fut aussi coquine. L’espace de 1,8 mètre entre les anciens et nouveaux murs permettra d’adjoindre coursives et balcon.

Côté ouest, on creusera dans la rue Couchirard pour aplanir la pente et laisser de la place aux jardins privatifs et au parking souterrain que l’on rejoindra via un ascenseur à voitures. Côté est, le plus sombre, on ajoutera des puits de lumière en sciant des ouvertures dans la toiture.

Vient ce qu’on va perdre, puisque les négociations avec les autorités municipales furent longues – six ans - et ont forcément abouti à un compromis. Notamment parce qu’un premier projet visait à construire 6500 m2 d’appartements si l’on avait reformé une zone contiguë avec le bâtiment voisin du 147-159. Celui géré par la Société Coopérative d’Habitation Lausanne (SCHL) et que certains surnomment plus ou moins affectueusement «les casernes». Sans cela, la servitude de hauteur a réduit les objectifs à 2500 m2, contre 1800 dans l’état actuel.

Adieu la brocante

On ne verra donc plus cet avant-toit arrondi un brin Art déco sous lequel sévissait encore fin juin un brocanteur vintage. Disparaîtront aussi les vitres extérieures en carreaux et la marqueterie en marbre, dont celle avec laquelle on a confectionné un STOP gravé dans la pierre. Itou pour ces vieux tubes qui donnaient aux radiateurs un air de nostalgie fait de barres latérales. Pour les pavillons, les tuiles seront remplacées par une toiture métallique de zinc-titane.

A l’intérieur, après deux ans de travaux, vous verrez donc 30 logements et une surface commerciale. Qui seront financés par Previva, le fonds de prévoyance des professionnels du travail social qui a déjà quelque 140 millions dans l’immobilier principalement dans le canton, mais également à Sion. Des appartements de 2 à 4 pièces, à la location, qui vont de 50 à 105 m2. Dont deux tiers seront des duplex.

Le chantier devrait démarrer pour la rentrée des vacances estivales. Nul peut-être ne se rappellera alors que l’endroit fut un garage, une gypserie, une compagnie de taxis et une autre d’ambulances.

Créé: 12.07.2015, 11h22

Lausanne et son patrimoine industriel, une histoire compliquée

Lorsqu’on demande à la déléguée à la protection du patrimoine bâti, pourquoi Lausanne est si pauvre en bâtiments historiques industriels, Martine Jaquet y voit une première raison: «Dans les années soixante, on n’avait pas le même regard sur la valeur de cette architecture. Aujourd’hui, par exemple, on ne détruirait peut-être pas les anciens abattoirs de la Borde, le long de la Louve.»

Mais surtout, «historiquement, Lausanne n’est pas une ville industrielle. C’est une cité qui était tournée vers la santé, le tourisme, l’éducation. Et qui, topographiquement, ne se prêtait pas non plus à la construction d’usines.»

C’est par exemple tout le contraire d’une ville comme Genève qui avait une industrie des voitures, des machines, en plein centre-ville, et qui a réussi à reconvertir ce patrimoine.

«Et il faut avouer qu’une ville comme Lausanne a certainement moins de sensibilité en la matière que ces consœurs alémaniques. Ici, on a parfois détruit quelques objets majeurs.»

Mais il subsiste par exemple, au Vallon, les anciens magasins de la Ville. Logés dans ce qui était à l’époque des écuries, des ateliers et des forges, les deux théâtres, du 2.21 et du Pulloff. On y a par contre rasé, avant que la mode ne veuille que l’on s’y intéresse, quelques habitats ouvriers. Ou la brasserie et la fonderie, dont l’activité est partie à Moudon en 1950. «Il y avait aussi la Tannerie Mercier, sous le pont Bessières, détruite vers 1960 ou, à côté, toute la zone populaire du Rôtillon, largement disparue aujourd’hui, notamment pour des questions d’hygiène.»

Reste donc la zone du Flon, qui contenait notamment un ancien port franc jusqu’en 1963 et que l’on surnommait «little Chicago» dans les années 1930, en référence à sa construction en damiers. Avec notamment l’ancien entrepôt fédéral, route de Genève 17, où séjourne le Café du Flon. Ou, plus à l’ouest, les deux entrepôts jumeaux de LO, bâtiments protégés datant de 1896, dans lesquels on trouve un brocanteur et des galeries d’art. Plus loin, le MAD, qui abritait auparavant la Maison Debrunner, avant qu’elle ne déménage en zone industrielle de Renens. «Mais, poursuit la spécialiste, Il s’agissait avant tout des lieux de stockage et non de production.»

Un peu plus à l’ouest encore, en passant par les halles de Sébeillon, on se retrouve sur le site de l’ancienne usine à gaz dont subsistent la boule et le Théâtre Kléber-Méleau. Quant aux abattoirs qui ont remplacé ceux de la Borde, ceux de Malley, les pioches sont à l’ouvrage pour achever leur destruction.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.